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« Qu'émerge, enfin, une culture médiatique autonome ! »
Interview : Larbi Chouikha (universitaire-journaliste)
Publié dans La Presse de Tunisie le 18 - 01 - 2011

Professeur à l'Institut de presse de Tunis, collaborateur à Attariq Aljadid et dans des publications scientifiques françaises, telles que l'Année du Maghreb, publiée par le Cnrs, Larbi Chouikha est plutôt connu comme défenseur de longue date de la liberté de la presse en Tunisie. Il est également militant à la Ligue tunisienne des droits de l'Homme (Ltdh). A ce titre, il participe à la rédaction de plusieurs rapports d'évaluation — nationaux et internationaux — portant sur l'état des médias et de la liberté de communication en Tunisie. Dans cet entretien, qu'il a bien voulu nous accorder avant le départ de Ben Ali, mais qui reste d'actualité, il scrute pour nous l'évolution du paysage médiatique tunisien et analyse les pesanteurs qui freinent la libéralisation effective de ce secteur.
Qu'est-ce que des médias fonctionnant selon les codes et la déontologie du métier journalistique, que nous pourrions résumer dans une quête de la vérité, peuvent-ils, à votre avis, ramener à une communauté ?
La libre expression et la libre circulation des informations, des idées, des opinions — fussent-elles minoritaires — constituent l'essence même de notre citoyenneté. Interdire ou entraver l'exercice de cette liberté fondamentale, revient à renier à l'individu le droit d'exister comme citoyen à part entière !
L'état de crise économique et sociale que traverse notre pays actuellement a révélé un autre problème de fond : celui de la crédibilité de ses médias. Pensez-vous que cette remise en question soit bénéfique ?
Ce qui me gêne et m'embarrasse énormément avec l'émergence de cette nouvelle volonté politique affichée le 13 janvier dernier, c'est que depuis les années de l'Indépendance et aujourd'hui encore, c'est qu'à chaque crise de légitimité qui frappe et menace même les structures de l'Etat, l'information, les médias et les journalistes suscitent subitement l'intérêt de tous, y compris celui des décideurs eux-mêmes qui ont beaucoup à se reprocher. On commence par fustiger le journaliste comme s'il disposait d'une véritable autonomie dans ce système opaque marqué par l'absence souvent d'une structure réellement représentative et autonome. On sermonne une presse vile et mesquine qui se distingue souvent par ses attaques contre des personnes respectées sans se demander qui la manipule à sa guise et comment elle arrive à se déployer ainsi et en toute impunité. On s'en prend à la formation des journalistes sans s'interroger sur ces directeurs d'instituts parachutés contre le gré des enseignants, et qui n'ont de compte à rendre qu'à ceux qui les ont nommés. On décrète l'ouverture de l'audiovisuel aux privés et dans le même temps, on accorde des autorisations aux uns et on les refuse — sans raison — aux autres, selon des logiques de clientélisme l'Etat et dans l'opacité totale... En même temps, on s'étonne que la presse n'assume plus sa fonction critique, que notre information se discrédite, que notre image à l'étranger se ternisse, que la formation de nos journalistes batte de l'aile, que les journalistes et les enseignants de l'Ipsi ne s'investissent plus et sont démotivés... On ose aussi vilipender nos concitoyens qui s'abreuvent et s'expriment dans les médias des étrangers…
Et, à chaque crise structurelle, comme c'est, précisément le cas aujourd'hui, une période d'éclaircie brille sur les médias, le temps pour que les structures de l'Etat se revigorent à nouveau mais pour retomber aussitôt sur les mêmes pratiques et schèmes d'antan. Et à cette période d'ouverture politique de courte durée succède une longue période de fermeture et de verrouillage
Par quoi expliquez-vous cet état de cause ?
Depuis l'aube de l'Indépendance et jusqu'à nos jours, l'information est perçue par nos différents pouvoirs politiques comme un appareil qu'ils régentent à leur guise et l'utilisent souvent comme un instrument de propagande. Certes, des évolutions s'esquissent de temps à autres en faveur d'une plus grande liberté mais celles-ci sont toujours dictées d'«en haut», c'est-à-dire qu'elles sont impulsées par le pouvoir politique dans des situations caractérisées par des crises structurelles aiguës qui l'affectent directement ! Par conséquent, toutes les « ouvertures démocratiques » observées ici et là, sont loin d'être irréversibles. De surcroît, en l'absence de traditions démocratiques bien ancrées dans notre société, toute mobilisation publique massive — y compris, des journalistes eux-mêmes — en faveur de la libre expression et pour la promotion d'espaces totalement indépendants de l'Etat, demeure extrêmement limitée. Certes, on observe ces dernières années, des signes encourageants qui émanent de la profession et qui méritent d'être salués, comme, l'avènement du Syndicat des journalistes tunisiens, ses prises de positions publiques pour la défense des journalistes et de la liberté d'expression qui se sont multipliées avec beaucoup d'audace pendant ces derniers évènements, les rapports courageux rédigés par des journalistes de La Presse portant sur les conditions de vie et de travail dans leur entreprise,… et j'ajouterai aussi, l'action insufflée par les titres de l'opposition réellement indépendante qui essaient — tant bien que mal — d'impulser un débat contradictoire dans le pays, et surtout, de briser quelques tabous !
Quels sont ces tabous à votre avis ?
Toutes ces actions et initiatives audacieuses de la profession et des médias sont circonscrites dans le temps, car, le principal obstacle à l'épanouissement de notre presse résulte de cette mainmise pesante et étouffante de l'Etat et du parti au pouvoir — et de ceux qui s'expriment en leur nom — sur les rouages de l'information et de la circulation des idées. Que ce soit le droit de faire paraître un titre, d'émettre ou de diffuser une station de radio-télévision, d'accéder aux sources de l'information, de mettre en circulation le journal via les sociétés de distribution, de tirer profit de la manne publicitaire, des abonnements, de bénéficier des subsides de l'Etat…. ; dans tous les cas, le propriétaire d'une publication se trouve assujetti à un "code de bonne conduite" non écrit, constitué de variables — explicites mais aussi implicites - dictées par des contingences politico-personnelles du moment. Tout directeur de journal — quelle que soit la nature de la publication qu'il dirige — doit nécessairement être à l'affût des interprétations possibles qui découlent de l'application officielle et effective de ce code, à ce moment précisément. Il doit, ce faisant, faire preuve de beaucoup de flair pour naviguer dans ces eaux troubles. Et tout risque de « dérapage » entraîne de très lourdes sanctions, et les exemples multiples et variés abondent dans ce sens et touchent même des dirigeants de la presse officielle…. Dans un tel environnement, les notions de "privé" et de "public" ou encore, de presse "indépendante" ou "d'opposition", se trouvent diluées dans cette étatisation rampante de la société.
Quelles alternatives, dans ce cas ?
Si aujourd'hui, la volonté est de faire évoluer ce secteur en stimulant le débat d'idées, un large consensus devra se constituer autour de l'idée que les médias, et par voie de conséquence, la liberté de communication et d'expression, ne peuvent se mouvoir ni s'épanouir dans un espace public fortement étatisé. Autrement dit, la revendication démocratique d'une séparation effective de l'Etat-parti de la société et de la prééminence de l'individu, s'inscrit dans le droit fil de l'autonomisation du secteur des médias de l'emprise de l'Etat. Elle devrait de même stimuler la prise de conscience — tant parmi les journalistes que parmi les décideurs politiques eux-mêmes — sur la nécessité de promouvoir ensemble, une « culture médiatique autonome »
Dans cette perspective, il devient urgent d'envisager la création d'une instance de la communication qui soit réellement l'émanation de la société, à qui il reviendra le droit d'organiser et de protéger ce secteur contre toute forme de mainmise, y compris l'accès à l'audiovisuel. Elle veillera scrupuleusement à la protection de la liberté de communication, à l'éthique et à la déontologie qui découlent de l'exercice de cette liberté. Elle statuera sur tout abus ou manquement commis tant par l'Administration que par des personnes privées. Certes, une réflexion sérieuse doit être menée collectivement et sans exclusive pour savoir ce qu'il convient d'entendre par « structure publique» indépendante dans un espace public fortement étatisé.
Quelle serait sa composition, et surtout, comment lui garantir son autonomie ?
Faut-il rappeler que dans plusieurs pays, à commencer par le Maroc, des instances de régulation de l'audiovisuel se déploient activement, en toute autonomie du pouvoir politique ! Cela montre qu'il est possible d'envisager le regroupement, dans une même instance, des professionnels, des représentants des publics et autres acteurs sociaux reconnus pour leur rayonnement, leurs compétences et surtout, pour leur indépendance d'esprit. Une chose est sûre : pour que ces éclaircies qui surviennent en situation de crise ne soient plus éphémères, il importe d'accepter et de concrétiser l'idée que le monde de la communication et de la presse ne peut s'épanouir et se développer que dans un espace démocratique où l'Etat coexistera avec la société et non, dans une société complètement absorbée par l'Etat. Et s'il existe, aujourd'hui, une réelle volonté de changement dans ce secteur vital de notre vie citoyenne, sa première manifestation devra se cristalliser, d'abord par la suppression du régime des récépissés pour la presse, en permettant à toute personne qui en a fait et qui en fera une demande de se voir accorder – aussitôt — le droit de publier son journal. Il convient de même de mettre à l'écart ces responsables et personnes qui ont porté tort à la profession. A propos de l'audiovisuel, il importe de revoir complètement ce système inique d'octroi des autorisations, en confiant cette tâche à une instance de régulation autonome, représentative et transparente. Pour la formation des journalistes, il convient d'accepter et d'appliquer le principe — qui doit être généralisé à toutes les écoles et institutions universitaires —, que, seuls les enseignants de l'Ipsi sont habilités à désigner leur directeur par voie d'élection libre et ouverte ! J'espère, par ailleurs, que toutes les barrières de blocage des sites internet seront définitivement levées. Evidemment, il ne s'agit là que des premiers signes à même de nous amener à jauger le fond et la réalité de cette volonté politique. Mais encore une fois, rien ne dit que cette ouverture — décidée par les mêmes personnes, dans les conditions de crise qui les affectent — ne soit pas éphémère, tant qu'on n'apporte pas toutes les garanties nécessaires et indispensables pour qu'elle perdure. Dans ce cas, le changement de personnes, des structures et des dispositions, doivent préluder à l'émergence d'une culture médiatique autonome que j'appelle de tous mes vœux!


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