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Calculs politiques et mauvaises tentations
OPINION
Publié dans La Presse de Tunisie le 26 - 01 - 2011


Par Raouf SEDDIK
La multiplication des manifestations, pour des raisons qui sont assurément de plus en plus sujettes à interrogations, ne devrait pas étonner outre mesure. La chape de plomb qui a pesé sur le peuple pendant de longues années, chacun a besoin de sentir qu'elle a bel et bien disparu d'au-dessus de nos têtes. Et une des façons de s'en rendre compte, c'est de s'emparer d'un slogan dont on pense qu'il a une résonnance révolutionnaire et d'aller manifester en pleine rue, au nez et à la barbe des forces de l'ordre.
Mais comment faire la différence avec ce qui relèverait de revendications s'enracinant vraiment dans le mouvement populaire et qui se prolongeraient au-delà du renversement du dictateur ? Et comment, aussi, s'assurer qu'un tel « enracinement » n'est pas provoqué et que son illusion n'est pas simplement entretenue par des parties qui joueraient à travers cela leur propre carte ? On voit bien à quel point le pacte peut être intéressant, entre le manifestant à qui on offre la possibilité de donner un sens et un enjeu de taille à sa manifestation, et celui qui distille les revendications et qui se voit servi par une foule faisant office de puissant porte-voix.
Les jeunes venus de Sidi Bouzid, de Kasserine, de Menzel Bouzaïene, Rgueb, Thala et autres, à qui la révolution tunisienne doit tant, sont bien en droit d'avoir aussi leur part de présence sur les places publiques qui symbolisent l'Etat et leur part de revendications à satisfaire. D'autant que cela permet aux habitants de la capitale de bien se rendre compte de qui ils sont : oui, avec leurs mines dont on devine qu'elles ne respirent pas l'aisance, ce sont bien eux qui ont allumé les premiers feux en répondant au feu. Les jeunes et moins jeunes dans les grandes villes du pays se sont contentés alors de saisir le flambeau.
Et, parce que la dette est énorme envers ces jeunes, ceux qui sont venus à la capitale comme ceux qui sont restés chez eux, il importe que le pays se mette rapidement au travail et que l'activité économique reprenne son rythme normal. C'est la condition pour que, dans un deuxième temps, soient engagées les actions qui permettront de canaliser le dynamisme économique dans les régions du pays qui en ont été les plus privées jusqu'ici. Ce serait doublement justice : d'abord parce que tous les Tunisiens ont également droit au développement et à la prospérité et, ensuite, parce que ce sont ces régions les plus déshéritées de notre pays qui nous ont, pour ainsi dire, offert les premiers coups de butoir contre l'ancien régime et les premières secousses qui ont fait vaciller sur ses fondements cette dictature dont nous subissions tous les jours l'ombre tutélaire et dégradante. Or, s'acquitter d'une telle dette voudrait que nous nous donnions les moyens, tous ensemble, de transformer le quotidien de ces compatriotes de façon concrète et effective.
C'est cette urgence qui est à vrai dire la plus grande. Si elle ne doit certes pas étouffer les échos tardifs de la révolution et de ses exigences, elle ne saurait non plus être mise au second plan par cette autre urgence, qui est celle de la course politique que l'on voit déjà se mettre en place et où chacun a le souci de prendre place dans le paysage du débat public et de se rendre le plus visible aussi, en mettant en œuvre ses stratégies et en cherchant au besoin à tirer profit des derniers vents de révolte pour se donner un surcroît de légitimité populaire.
Il nous appartient tous, nous Tunisiens, de juger le moment venu les différentes formations politiques qui se présenteront, si Dieu le veut, au scrutin dans six mois au plus tard, non pas seulement sur la base des promesses qu'elles auront faites, mais aussi sur la base du sérieux qu'elles auront mis, en cette période transitoire, à la fois à incarner l'esprit de la révolution tunisienne et, aussi, à contribuer à l'effort qui consiste, sinon à recréer les conditions du retour à l'activité économique, du moins à ne pas l'entraver.
Ce sera pour elles toutes un test décisif, qui suppose l'aptitude à résoudre l'équation suivante : accompagner le redressement du pays sans cesser d'être critique, prendre à son compte par ses actions et ses déclarations la réponse du pays à l'appel de ceux de ses enfants par qui est parti le mouvement populaire, tout en continuant à défendre âprement la singularité de choix politiques déterminés en tant qu'ils constitueraient la réponse la plus pertinente sur le long terme et d'une façon plus générale. Bref, ne pas jouer la carte du pire en escomptant recueillir pour soi les fruits du mécontentement et de la colère ! Ce jeu, sachons-le, nous mènerait très probablement à une situation pire que celle que nous quittons et, pour cette raison, il sera dénoncé sans ménagement.
Bien sûr, une question se pose ici qu'il faut évoquer : c'est celle de l'équité dans la compétition face aux urnes. Des craintes peuvent exister que l'ancien parti au pouvoir, malgré son implication dans la détérioration antérieure de la situation, recueille finalement le fruit de cette période de redressement parce que, jugera-t-on, les éléments les plus importants du gouvernement provisoire sont issus de ses rangs. La perspective d'un second souffle du RCD grâce à la réussite de l'action gouvernementale fait surgir le spectre d'un parti réactivant à nouveau ses réseaux et opposant aux autres partis une puissance de moyens face à laquelle le combat serait nécessairement inégal.
Est-ce ce scénario qu'entrevoient certaines personnalités, en particulier au sein de la centrale ouvrière, et qui les pousse eux aussi à exiger que soient expulsés du gouvernement les ministres ayant appartenu au pouvoir précédent ? Et à tirer profit du vent de liberté pour téléguider les manifestations populaires, en surfant aisément sur le capital d'antipathie que le RCD a accumulé dans les villes et les villages quand ses représentants se livraient au commerce des faveurs et au népotisme ? Or si cette crainte est en effet fondée, la solution que ces personnalités préconisent est loin de l'être. Car si, par hypothèse, et comme d'aucuns semblent le suggérer, ces ministres sont incompétents, et que se vérifie à leur sujet l'accusation selon laquelle, en tant que « symboles » de l'ancien pouvoir, ils ne sauraient être différents du visage calamiteux de ce passé qui fut dominé par le RCD et dont on a enfin tourné la page, alors le gouvernement d'union nationale, grâce à son ouverture, sera une occasion en or au profit des autres formations politiques pour apporter la démonstration de leur incompétence et de recueillir à partir de là le bénéfice électoral de cette démonstration. Il est donc impératif de les maintenir au sein du gouvernement en ce contexte précis : de la sorte, on se sera prémuni contre le risque d'avoir été injustes envers eux en les écartant sans les juger sur pièce et dans la transparence. Mais si, comme on peut le penser, ces ministres sont compétents et inspirent la confiance des différents partenaires économiques, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur, et que, à ce titre, ils constituent un facteur de réussite du gouvernement provisoire, vouloir les déloger, c'est travailler contre l'intérêt du pays et pour l'intérêt particulier de sa formation, ce qui ne saurait être accepté.
En revanche, il appartient à l'ensemble des formations, sans doute avec l'aide de la commission récemment mise en place et qui est chargée des réformes politiques, de veiller premièrement à ce que les conditions de l'équité soient garanties de telle sorte que chacun qui a contribué à l'effort d'accomplissement des desseins de la révolution et de redressement du pays puisse, sans préjudice pour les autres, en recueillir les justes dividendes le jour des élections et, deuxièmement, que le risque de retour d'un parti qui deviendrait tutélaire soit supprimé pour toujours. Plus on avancera sur cette voie salutaire, plus le besoin de recourir à la rue, et à la manipulation douteuse des masses, sera rendue superflu, pour le bien de tous.


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