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Pourquoi le dialogue avec l'islam politique peut être une chance ?
Commentaires de La Presse
Publié dans La Presse de Tunisie le 03 - 02 - 2011


Par Raouf SEDDIK
Le retour dans son pays du leader historique du mouvement Ennahdha, après de nombreuses années d'exil, marque à l'évidence une ligne de partage dans le cours de notre vie intellectuelle. Jusque-là, l'ordre dictatorial s'invitait énergiquement dans le débat et forçait un point de vue sur le projet politique des islamistes qui était un rejet et une réprobation sans nuance. De la sorte, ce projet restait à la marge et les arguments dont il peut se prévaloir ne pouvaient pas donner lieu à un échange réellement serein.
Cette marginalité l'excluait de la place publique mais, il faut le souligner, alimentait en sa faveur un sentiment de sympathie auprès de tous ceux qui désapprouvaient tout à la fois la dictature et ce qu'ils considéraient comme une occidentalisation indue ou excessive de notre culture tunisienne. Ce qui signifie que l'asphyxie au niveau des médias nationaux était largement compensée, chez beaucoup de nos concitoyens, par un accueil spontané dans leur sphère privée.
Nous sommes arrivés ainsi à une situation où toute une frange de la population a trouvé dans la religion musulmane un lieu de repli à partir duquel elle a affirmé son refus de l'ordre établi, sur le plan aussi bien politique que culturel. La question qui se pose ici est la suivante : ce projet de l'islam politique, en faisant l'objet d'un partis-pris dont la dimension affective n'était pas absente — car tel est le mode d'adhésion au sein de la sphère privée —, et en étant d'autre part réquisitionné, pour ainsi dire, afin de servir à l'expression d'un refus de l'ordre établi très marqué sur le plan identitaire, ce projet, disons-nous, jouissait-il des meilleures conditions pour se développer dans sa dimension proprement intellectuelle ? Il est clair qu'il existe autour de ce projet ce qu'il faut bien appeler des «crispations» qui ne rendent pas aisé l'échange à son sujet.
Parce que la Tunisie est le premier pays de culture arabo-musulmane qui fait son entrée hardiment, et avec l'aide de Dieu, dans l'expérience démocratique, parce qu'il offre donc un espace de débat désormais libéré de la surveillance administrative de toute forme de pouvoir tutélaire, le projet de l'islam politique dispose maintenant, et pour la première fois, de conditions qui lui permettent de s'exprimer autrement que sur ce double mode que nous venons d'évoquer : celui d'un parti-pris affectif et celui d'une revendication identitaire. Il va donc pouvoir faire valoir sa légitimité et sa validité dans le cadre d'un échange démocratique. Il va aussi avoir la chance de répondre à ceux qui le soupçonnent, à tort ou à raison, de ne pas être capable de respecter le jeu de l'échange et de sombrer rapidement dans la violence d'une attitude partiale où l'engagement en faveur du projet politique défendu ne parvient pas à se démarquer de la sphère de la certitude intérieure, celle de la foi.
Le mouvement d'Ennahdha, quelles que soient les options politiques et philosophiques qui sont les siennes, ne fait pas seulement son entrée à l'intérieur d'un espace affranchi de la dictature, ce qui lui permet de se faire connaître sur la place publique sans crainte : il pénètre aussi un champ magnétique où l'échange est général et où chaque pôle joue un rôle qui, du point de vue du jeu démocratique qui a été plébiscité par le peuple à travers sa révolution, est soit positif soit négatif, soit d'animation intellectuelle des forces, soit d'engourdissement idéologique et de tentation dogmatiste, soit d'ouverture audacieuse du débat, soit de rétrécissement dans la culture de la peur, soit d'enrichissement dans la consécration d'une liberté éclairée soit d'appauvrissement dans le retour à des attitudes rigides et frigides, soit d'exploration enthousiaste de la vérité et de partage, soit d'affirmations péremptoires et d'imprécations plus ou moins murmurées contre autrui…
Chacun est libre de penser ce qu'il veut de la viabilité du projet politique d'Ennahdha en tant que tel. Mais il faut dire que l'entrée en scène de ce projet et le fait qu'il s'expose au débat démocratique et qu'il se place — ce qu'on souhaite en tout cas — sur le terrain de l'échange serein, cela peut être très bénéfique. Chercher à le décrédibiliser en le poussant dans ses retranchements et en lui faisant répéter ses attitudes d'agressivité idéologique qu'on a pu lui connaître par le passé n'est pas un calcul judicieux, à notre avis. Nous y perdons au change. Nous avons au contraire besoin que l'Islam, comme projet de vie communautaire, soit correctement défendu et que, à la faveur de l'échange, il développe sa pertinence propre en tant que projet voué à répondre aux attentes de l'homme éclairé d'aujourd'hui, aux exigences d'une vie moderne, démocratique, ouverte sur le monde et sur les croyances d'autrui, susceptible de faire de nous des hommes et des femmes qui, sans tourner le dos à tout un pan de notre passé, avons des choses à dire aux autres peuples en toute amitié… Bref, qu'il renonce de la sorte à l'image calamiteuse qu'on lui a collée et qu'il s'est aussi collé à lui-même au fil du temps, pour nous faire accéder à une dimension plus riche de son contenu, qui nous réconcilie avec l'esprit de son enseignement tout autant qu'avec le reste du monde.
Même si on n'adhère pas à un tel projet dans son ensemble, on devra bien reconnaître alors qu'il aura contribué à introduire dans le débat démocratique qui anime notre pays une tournure plus faste et plus salutaire. Et, parce que sa contribution au débat aura prouvé qu'un pays arabo-musulman est en mesure de se donner à lui-même et au monde la preuve qu'il est possible d'assumer pleinement son passé islamique sans faillir au jeu démocratique, en y apportant au contraire de la nouveauté, une touche originale, personne ne songera plus à discuter même le bien-fondé de la présence d'un tel mouvement sur la scène politique.... A vrai dire, et par-delà la tendance bien connue des sympathisants du mouvement en question à s'affirmer sur le mode d'une sorte de défi, il faut insister sur le fait qu'il y a ici une grande responsabilité dont il s'agit de s'acquitter honorablement face à l'histoire : faire passer au projet politique de l'Islam l'épreuve, foncièrement pacifique, de la civilisation, de la grande civilisation. Cela est tout sauf facile et, encore une fois, cela va bien plus loin que de réclamer le droit de porter le voile ou la barbe ou de se livrer à telle ou telle surexposition identitaire dans l'espace public.


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