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Lecture dans les premières pages d'une révolution : le choix
OPINIONS
Publié dans La Presse de Tunisie le 17 - 02 - 2011


Par Youssef SEDDIK
Le monde et les politiques tunisiens en particulier ne cessent de mal lire cet événement colossal qui vient de se produire, dès l'autodafé sur la place publique de Bouazizi.
Le tout premier aboutissement de cet événement, le 14 janvier, a été le départ d'un dictateur devenant de plus en plus insignifiant, grâce à l'alphabet commencé par le sacrifice du jeune bouzidien. Ceci n'a fait que clore le prélude d'une écriture historique, dont les pages se gravent frénétiquement depuis. Des observateurs géopoliticiens de gros calibre ont si bien lu ce prélude qu'ils en ont parlé en des termes qui nous ont paru alors relever de l'emphase et de la rhétorique : "La première déchirure dans la mondialisation", disait Hubert Védrine, "le tout premier pas trébuchant" dans le système solidement implanté par Sykes-Picot, criait sur le plateau d'une chaîne internationale Emmanuel Todd, pour que tout cela finisse dans la standing ovation célébrant la Tunisie révolutionnaire au Congrès des Etats-Unis.
Le mouvement accéléré de l'histoire a vite confirmé la réalité du séisme politique annoncé par ce qu'il faudra bien appeler désormais la révolution tunisienne. D'abord des événements immédiats en Algérie vite refoulés dans une latence pleine d'un proche enfantement, puis l'Egypte : même scénario, même tentative futile d'un vieux monde qui refusait vainement de mourir, même triomphe du peuple abattant enfin le colosse devenu veule à quémander une survie impossible. Dès ce premier instant égyptien, l'idée que la Tunisie était l'inspiratrice a fusé de partout à travers Tahrir Square. Ni l'euphorie engendrée par la fuite de Ben Ali ni l'attitude à la fois sage, honorable et patriotique de l'armée ne justifient que la classe politique tunisienne ait montré dès le premier tracé de cet alphabet une si grande indigence à lire et surtout à montrer qu'elle a renoncé à son vieil alphabet à elle, redondant, conciliateur, fait d'intrigues et d'alliances, de retenue et de prudence, désormais bousculé et rendu caduc par un abécédaire simple, clair, tranchant et faiseur d'événements dépassant le territoire géographiquement modeste de notre pays.
Souvenons-nous : Ben Ali était encore là, s'accrochant à un siège effectivement éjecté par son auditoire, de Bizerte à Ben Guerdane, de Sakiet à Sfax quand quelques-unes de ses victimes politiques d'il y a une heure se montraient sur les plateaux, fiers du trop peu qu'ils ont obtenu, prêts à le prendre au mot et à composer sous sa présidence le premier gouvernement d'une mesquine victoire. D'un revers de main, la jeunesse tunisienne et tout le peuple ont rejeté cette perspective, réclamant le départ pur et simple et de l'homme et de son système. Déjà ce refus et la volonté révolutionnaire qui l'a produit auraient dû disqualifier pour longtemps une petite opposition de parure qui, désormais, ne sait pas lire le texte dicté clairement par les Tunisiens libérés. Et pourtant, les personnages-résidus de l'ancien régime, tout comme les oppositions tolérées ou persécutées de la veille, ont continué à agir comme si de rien était, faisant et défaisant des équipes gouvernementales, nommant des gouverneurs et des commissions, construisant leurs communiqués avec l'alphabet tout aussi compliqué qu'embrouillé, celui-là même décidément remplacé dans la conscience de tous les Tunisiens par cet autre b.a.-ba dénué de tactique et de jeu politicien.
Décisions, décrets, nominations se sont succédé comme autant d'actes de gouvernance responsables ne trouvant néanmoins aucun écho dans l'espace d'une révolution en marche. On a beau justifier par leur compétence, leur bonne foi et la "propreté de leurs mains" les ministres de Ben Ali maintenus après son descellement, cela n'est guère passé dans l'écoute d'un pays tout entier qui n'entend plus cette langue. Exit Grira, Morjane, pour répondre à ce refus net et implacable: le pays n'y a vu qu'une vaine concession. "Je n'ai rien, semblait-il dire, contre ces personnes physiques. C'est leur statut de symbole, la sémantique même de leur présence, qui dit que là-haut, là où l'on croit maîtriser la révolution, la discipliner et l'assagir, on n'a rien compris à ma demande !".
La nervosité de ce qu'on appelle "la rue" était à son comble quand on a maintenu au fil de cette concession le ministre de l'Intérieur nommé par Ben Ali dans la précipitation de ses ultimes jours de pouvoir. C'est à ce moment précisément que la classe politique, regroupée elle-même dans la hâte et l'imprécision juridique, a montré qu'elle rompait tous les fils du dialogue avec la population. Il n'en est de preuve meilleure que l'abandon plusieurs jours après de ce même ministre, Ahmed Friaâ, par ailleurs bien sous tous les rapports comme on dit.
Pendant que le pays perdait des jours précieux, "là-haut", on feignait de comprendre le profond et têtu désir de la révolution: rompre purement et simplement avec un passé que les gens simples, c'est-à-dire tous les Tunisiens soulevés, n'avaient ni le temps, ni l'envie, ni, pour la plupart, la compétence de théoriser dans l'exposition "académique". Ils criaient ce même désir, ici positivement en se constituant en comité de vigilance, en gérant le vide du pouvoir là où ils pouvaient, là négativement, en incendiant des lieux symboliques, cellules du RCD, ou demeures de personnalités corrompues, ou, pire, en arrêtant sauvagement le travail et en mettant en avant des revendications impossibles à satisfaire, dans l'immédiat du moins. En même temps, ils affinent cet aleph de l'exigence principale. Rompre avec tout le passé, revenir à la courte liste de leur volonté radicale de changer, la réactualisant à chaque fois. En finir avec le parti, le RCD hier au pouvoir, espace de tous les maux selon cet aleph net, avec un Premier ministre déshabillé au fil des jours de ses derniers haillons de crédibilité, avec des commissions correctement contestées (électorales et juridiques, anti-corruption et celle de l'enquête sur les abus de pouvoir avant la chute de Ben Ali), ambiguës, composées dans l'empressement, avec une liste de gouverneurs rejetée dès que publiée, etc.
Deux figures dans le gouvernement enfin mis en place et à peu près conforme montrent à elles-seules l'alternative déjà visible : soit un temps d'errance difficile à évaluer, aux issues nécessairement tragiques, soit une conciliation possible entre le pays en révolution et un exécutif provisoire censé l'accompagner dans sa marche vers la délivrance.
Soit le choix brisé par une rapide et impitoyable contestation, celui du ministre des Affaires étrangères, obséquieux devant une France officielle malhabile à notre égard, incapable curieusement pour un homme comme Ahmed Ounaïes, d'exprimer une seule idée distincte lors des quelques jours de son ministère, soit celui dessiné jusqu'ici — touchons du bois — par le ministre symétrique, l'actuel ministre de l'Intérieur, admis et même admiré si tôt que nommé par un pays qui ne le connaissait guère, parce que clair, humain, répondant sans qu'on l'interroge aux tumultes de l'espace révolutionnaire menacé de toutes parts par les démons du vieux monde.
Pour conclure et en fait de vieux monde, il est urgent, tragiquement urgent, que tous nous sortions de la crise. La crise, disait Antonio Gramsci, "c'est lorsque le vieux agonise et que l'enfant n'est pas encore là". Qui n'entend pas les cris de notre mère patrie, le craquèlement de tout son corps avant un enfantement rendu imminent dès la chute de Ben Ali, en même temps que les râles de ce passé agonisant qui refuse toujours de mourir ?


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