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« Gourbification »
Point de mire
Publié dans La Presse de Tunisie le 17 - 07 - 2011


Par Abdelhamid Gmati
Des personnalités connues, d'autres moins connues, de nombreux cadres, techniciens, professionnels, des syndicalistes, des citoyens lambda, travailleurs ou chômeurs, même le Premier ministre, lancent des appels publics ou s'expriment de plusieurs façons pour dire leurs inquiétudes. Pourquoi ? Y a-t-il péril en la demeure ? Risque-t-on une guerre ou serait-on menacé par la famine ? Rien de tout cela. On nous dit même, de temps en temps, de bonnes nouvelles, que les exportations sont en hausse, que le tourisme n'est pas si catastrophique qu'on le croyait, que les examens se sont bien passés, qu'il n'y a pas de retard dans le versement des salaires et des pensions, que des recrutements sont en cours dans la fonction publique et ailleurs, que les hôteliers ont baissé leurs prix, que nos concitoyens à l'étranger reviennent nous soutenir, que Ramadan approche et que la grande bouffe ne souffrira pas de baisse…Alors ? Les observateurs, aux yeux scrutateurs, décèlent un phénomène rare, voire unique : la «gourbification» du pays. Après avoir entamé et conduit une politique de «dégourbification» (avec plus ou moins de succès) pendant des décennies, on se rend compte que depuis quelque temps, on procède au phénomène inverse. Et sur plusieurs plans:
- Le plus apparent est celui de l'habitat, bien sûr, appelé aussi «taudification». Certes, on a toujours eu à déplorer cet habitat «spontané» mais avec la révolution, cela s'intensifie avec en plus l'occupation de logements d'entreprises publiques (Snit et Sprols), de particuliers, de terrains agricoles transformés en terrains d'habitation, etc. On croyait pourtant que le taux des familles tunisiennes propriétaires de leurs logements était de 80 %. Encore un chiffre à réviser. On s'attendait à une amélioration qualitative, mais c'est le contraire qui se passe. A chacun son gourbi. La loi et les règlements n'existent plus et chacun s'approprie ce qui ne lui appartient pas.
- Il y a ensuite celui qui touche au commerce. Un petit tour à la Médina nous révèle des commerces traditionnels fermés, remplacés par des commerçants ambulants, exposant des marchandises de toutes sortes, à même le sol ; cela s'étend à toute la capitale, particulièrement au centre-ville dont les artères sont occupées par ce commerce parallèle. La municipalité et le gouvernement ne semblent pas pouvoir s'y opposer. Plus aucune règle n'est respectée. Au grand désespoir des commerçants ayant pignon sur rue et payant loyers, impôts et taxes.
- La gourbification intéresse aussi l'économie et les entreprises. Les grèves, les sit-in bloquent ou ralentissent les activités d'entreprises nationales et privées. Cela coûte cher et nuit à l'économie. On a même risqué de plonger le pays dans le noir, en bloquant la production de gaz. On va même jusqu'à prendre des villes et des villages en otage, avec ces grèves générales qui se succèdent (Ben Guerdane, la dernière en date). On croyait combattre le chômage en commençant pas le réduire et on se retrouve à l'aggraver. Les chômeurs créent du chômage et contraignent les travailleurs à perdre leurs emplois. Le monde à l'envers. D'autres, vraisemblablement manipulés par diverses parties, rêvent de la révolution permanente et veulent perpétrer les manifestations et les sit-in. Comme ce «Kasba 3», avorté.
- La Haute Instance etc. n'en finit pas de faire des siennes et de se mettre en instance. Après avoir réussi à créer les conditions nécessaires au bon déroulement des élections de la Constituante, elle se perd dans les méandres de discussions hors de propos, imposés par des parties aux intentions inavouées (et probablement inavouables). La normalisation avec l'entité sioniste fait-elle partie des préoccupations du Tunisien ? Et y a-t-il un Tunisien qui doute de son identité ou qui se sent menacé dans son arabité ou dans sa religion ? La dernière revendication folklorique de cette instance est de demander des comptes au gouvernement qu'elle veut contrôler. Au nom de quoi ? Cette instance n'est ni parlement ni assemblée élus ; ce n'est qu'un regroupement de personnes faisant des propositions à soumettre au gouvernement et au président de la République. Sans plus. Et au fait : qui sont ces personnes ? Qui les a choisies ? Elles représentent des partis politiques, des organisations, un syndicat et des indépendants. Et alors ? Chaque parti politique n'est représentatif que de son bureau directeur, en l'absence de scrutin. Idem pour les associations et les autres personnalités. Quelle légalité et quelle légitimité ? On avance «la légitimité révolutionnaire» ; encore faut-il la définir et établir qui l'octroie. Jusqu'à plus ample démonstration, ce n'est qu'une expression qui cache l'illégalité et l'usurpation de pouvoir. Une gourbification de la vie politique.
- Et dans la même veine, on empêche des partis légaux de tenir leurs réunions ou des manifestations culturelles et artistiques…Et n'oublions pas les restrictions aux autres libertés dues surtout à des poilus mal fagotés. En contradiction avec leur chef qui n'hésite pas à affirmer «qu'il n'interdirait pas la consommation d'alcool ni n'empêcherait les femmes de bronzer en bikini». Ceci, il l'a dit à un journal londonien. Faisons-lui confiance, il dira le contraire à un autre journal, qatari par exemple.
- On ne sait trop ce que fait la justice. Beaucoup de poudre aux yeux pour amuser la galerie avec l'arrestation puis la libération de diverses personnes de l'ancien régime (les magistrats aussi sont, pour nombre d'entre eux, de l'ancien régime), l'arrestation d'anciens footballeurs célèbres pour usage de stupéfiants (malgré les tests négatifs)…Ceci pour cacher la libération de personnes convaincues d'actes de violence, de destructions, d'agressions sur des hommes de culture et sur des avocats…Gourbification.
- Le secteur de l'information n'est pas en reste. Quand on pose des questions à un invité sur un sujet donné, on est supposé aller chercher de l'information de première main et on doit donc écouter la réponse. Sur certaines de nos chaînes, dès lors que la réponse ne correspond pas à ce qu'on veut obtenir, l'interviewer interrompt cavalièrement l'interviewé, lui coupe la parole, sans ménagement et passe à autre chose. Le téléspectateur, lui, attendra l'information et l'avis de l'expert ou du responsable invité. C'est paraît-il la nouvelle (dés-)information. Gourbification.
Dans ce ratissage par le bas, on comprend l'inquiétude des uns et des autres. Le fait même d'en prendre conscience pousse à l'optimisme. Mais le constat ne suffit pas, il faut agir, multiplier les initiatives et soutenir les actions positives.
Des gourbis, y compris ceux de l'esprit, il y en a toujours eu. Mais on peut toujours les réhabiliter en dotant la Tunisie de fondements solides, résistants à toutes les intempéries.


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