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Printemps arabe, le retour du politique
La lettre du jeudi
Publié dans La Presse de Tunisie le 28 - 07 - 2011


Par Pr Khalifa CHATER
Les opprimés écrivent l'histoire. En s'insurgeant contre les despotes, ils délégitiment leurs régimes. Ils ouvrent des perspectives de changements aux acteurs politiques. Produit de la dynamique interne, les mouvements populaires du printemps arabes ont réhabilité le citoyen. Il a désormais repris l'initiative, formulé ses revendications et explicité ses attentes. Il a, désormais, le libre choix de ses représentants pour inscrire, dans les actes, ses volontés. L'avenir du pays, son projet de société et ses institutions dépendront du choix des urnes et des dirigeants qu'il choisit. La gouvernance dépendra, dans une large mesure, de cette dialectique. Peut-elle instituer la liberté, l'ambition prioritaire mise en avant par l'opinion publique…?
L'émergence des populations comme acteurs politiques et la promotion de leurs habitants, comme citoyens, à la faveur du printemps arabe, sonna le glas de l'état de dépolitisation et d'apathie, des régimes de dictature. Après leur long retrait de la sphère politique, les populations ont investi la scène, contesté et exclu leurs dirigeants, leurs agents et leur clientèle. La reconstruction de l'espace politique redevient leur prérogative et leur priorité. Fait d'évidence, ce retour du politique s'inscrit comme un processus de “normalisation”, en tant que sociétés démocratiques. Il implique la prise en main de leur destinée, le choix de leurs projets de société et la reconstruction de leurs alliances régionales ou internationales. L'exercice électoral leur permettra également le choix des équipes dirigeantes à même d'assurer l'application de leurs options, par la réalisation de compromis, sinon de consensus, dans l'exercice du pouvoir.
Difficile gageure, il s'agit de construire des “sociétés civiles citoyennes”, assurant la participation à la législation, au gouvernement et à la juridiction, c'est-à-dire, selon la définition de Cornelius Castoriadis, à prendre en charge “la gestion collective mais aussi l'auto-institution permanente et explicite de la société” (Une société à la dérive, Points, essais, éditions du Seuil, pp. 24 et 78). Dans le contexte actuel de l'élaboration ou de la révision des constitutions, le rôle des citoyens dans «l'institution de la société» est primordial. L'élaboration d'un projet global transgresse les peacemeal reforms, c'est-à-dire les réformes partielles, pour améliorer le système. Ayant engagé leurs révolutions par leurs propres initiatives, privilégiant leurs dynamiques internes, les sociétés du printemps arabe doivent créer, inventer et adapter les institutions qui devraient les régir. La quête de sens, l'écoute des attentes et, en premier lieu, des exigences démocratiques des temps nouveaux mettraient à l'ordre du jour des débats généraux novateurs, fort opportuns, pour réussir la phase institutionnelle décisive. Cette approche éviterait tout placage institutionnel et permettrait d'instaurer des garde-fous, pour sauvegarder les postulats de la démocratie, de la modernité, de la culture de la paix et de la solidarité. Dans cet ordre d'idées, les mots d'ordre des révolutions arabes relatives à la bonne gouvernance et aux revendications d'émancipation et de bien-être social ne doivent pas être occultés.
Depuis la chute du communisme, les politiques affirment volontiers que le néolibéralisme constituerait la seule perspective. La majorité des partis politiques, y compris ceux des pays qui ont opté pour l'élection préalable d'assemblées constituantes, s'inscrivent dans cet idéaltype. Notons, cependant, que les entrepreneurs ont participé à la mise en cause des régimes en Egypte et surtout en Tunisie et dénoncé les positions dominantes sinon les monopoles de fait exercés par les mafias familiales dans le monde des affaires. Fussent-ils culpabilisés par un certain sentiment populaire spontané — dans la logique de lutte de classe —, ils font valoir leurs revendications et demandent de mettre fin au “ règne des inspecteurs”, système quasi institutionnalisé de harcèlement bureaucratique des entreprises. Nous ne sous-estimons point le rôle de cette minorité influente. Mais il faut relativiser leur impact, dans ces révoltes des régions rurales misérables, qui ont déclenché la contestation. Il faudrait, en effet, répondre à la désillusion et à la lassitude de ceux qui attendent un rapide passage aux actes, une satisfaction urgente des demandes sociales et politiques. La tentation du populisme, conséquence du malaise social, peut être mise à l'ordre du jour par des acteurs qui promettront une redistribution des richesses. Fait d'évidence, l'adoption de programmes sociaux ciblés par les gouvernements de transition, sommés de traiter les questions d'urgence, rappelle la nécessité d'accroître le rôle de l'Etat dans l'économie nationale. Certains politiciens estiment cependant que la fragilisation de l'économie diffère nécessairement la réponse aux revendications collectives dans les différents secteurs et que la construction de la relève, après la remise sur pied des nouvelles institutions, n'est pas aussi aisée et aussi rapide. Dans le court terme, on ne peut que traiter les contentieux et répondre aux urgences. Une bataille entre démocrates et populistes peut donc marquer les campagnes électorales et davantage les affrontements underground.
En tout cas, les inscriptions des partis, gauche, centre ou droite, selon les repères de la lutte idéologique d'antan, semblent plutôt formelles. La définition employée pour définir le processus de formation des partis en Tunisie comme un “recyclage des vieilles idéologies”, par le caricaturiste Lotfi Ben Sassi (La Presse Magazine, 12 juin 2011), est approximative, selon les exigences de l'art caricatural. Elle ne correspond pas à la configuration du paysage politique du printemps arabe, en dépit des survivances de certains partis de l'ère prérévolutionnaire. Plus que sur les choix socioéconomiques, les partis s'opposent davantage sur la redéfinition de l'identité, la lecture des référentiels et le choix de projet de société moderniste ou passéiste. Ils divergent essentiellement sur la question de la prise en compte ou non de la dimension religieuse. La classe politique se positionne par rapport à cette “nouvelle radicalité”, qu'elle appréhende. Le lancement, en Tunisie, du “Pôle Démocratique Moderniste”, un groupement de partis politiques et d'initiatives citoyennes indépendantes, exprime une volonté de rapprochement, dans le cadre d'une “peur” d'une remise en question des acquis du projet bourguibien.
La classe politique, qui a réactualisé son discours, ou révisé ses références, ne se présente point comme un bloc monolithique. Elle est traversée de vents contraires, fussent-ils réguliers ou fluctuants ! Les positions s'affrontent ou se rapprochent au sein d'un mouvement multiforme, porté par une puissante volonté de changement, dans une compétition pour le choix du projet de société et la prise du pouvoir. Les diagnostics qui parlent de “démocratie sans démocrates”» ou de la fin en Egypte du “dictateur et non de la dictature” (Mamoun Fendi, Ach-Charq al-Awsat, 12 juin 2011), traduisent l'empressement des acteurs du conflit. Même en période révolutionnaire, il faut “donner du temps au temps”, prendre en ligne de compte la pesanteur politique et, bien entendu, les rapports de forces internes et externes.
Les régimes en reformation doivent répondre aux sollicitations et aux peurs de leur environnement. Fait d'évidence, dans l'aire arabe, c'est la contre-révolution externe qui est plus opérante, plus grave et plus agressive. Elle tente de limiter les ambitions de la dynamique interne, de peur d'une exportation de la révolution. Vu ces considérations, la réflexion élaborée des acteurs de la reconstruction de l'espace politique, dans l'aire du printemps arabe, inscrit nécessairement les exigences démocratiques fondatrices et les perspectives de redéfinition des rapports Nord/Sud, qu'elles ouvrent. Elle doit être engagée, en l'absence de “prêt à penser”, de “programmes clés en main”, sans oublier que nous vivons l'ère post-idéologique. Elle doit répondre aux défis, imaginer et mettre en œuvre, Mais le débat doit nécessairement soumettre à la critique les différents paradigmes dominants. Nous y reviendrons.


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