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Ennahdha et les corps intermédiaires
Opinions
Publié dans La Presse de Tunisie le 07 - 05 - 2012


Par Abderrazak BEN AMAR*
Il faut le dire dès le départ, depuis son accès au pouvoir avec ses deux alliés: le CPR et Ettakatol, Ennahdha, parti majoritaire de la fameuse Troïka, est entrée dans une relation conflictuelle interminable avec les corps intermédiaires. Nous avons un gouvernement qui multiplie les alibis pour se présenter comme harcelé et accablé sans répit, comme il le prétend, par la machine terrifiante d'une opposition qui est allée jusqu'à comploter contre sa sûreté avec des corps intermédiaires non moins maléfiques. Ceux-ci, toujours selon Ennahdha, ne cessent de larguer leurs critiques et leurs accusations contre le gouvernement actuel, cible de toutes les attaques, avant même qu'il ne commence à exercer le pouvoir. Et Ennahdha ne daigne donc pas se taire et porte l'étendard d'une contre-attaque souvent agressives et mobilisatrice du «peuple» qu'on a engagé dans un duel qui n'est vraiment pas l'une de ses préoccupations?
Mais d'abord précisons ce que sont les corps intermédiaires dont Montesquieu dit qu' «ils étaient les garants de la liberté face à la monarchie». Ils sont nombreux et efficaces dans leurs actions même si le degré de leur militantisme reste, bien entendu, tributaire des détenteurs du pouvoir et des choix des régimes politiques pour lesquels ils prétendent opter. Mais ils demeurent toujours incontournables même si l'on est dans les régimes les plus démocratiques.
Trois instances agissantes
On peut distinguer trois types de corps intermédiaires ou d'instances agissantes de la société civile :
- D'abord les organisations politico-sociales, les partis politiques en dehors de la majorité, les syndicats et le patronat.
- Puis les organisations professionnelles sectorielles (chambre de commerce, ordre des avocats, ordre des notaires, ordre des médecins, ordre des pharmaciens...)
- Ensuite, les associations, la Ligue des droits de l'Homme, l'Association des femmes démocrates, ou encore, et toujours à titre d'exemple, l'Association des magistrats tunisiens...
- Enfin, toutes les instances des médias publics ou privés : la presse écrite, audiovisuelle et électronisque.
On peut dire que c'est le principe d'indépendance qui régit leur action : lequel principe auquel s'attachent toutes ces instances et pour lequel elles luttent avec opiniâtreté contre les tentatives d'embrigadement menées par le pouvoir en place.
En effet, les corps intermédiaires se présentent comme une force qui fait pression sur les pouvoirs publics pour défendre les libertés et les intérêts de la Nation et des particuliers. Il est important de préciser que des associations comme la Ligue des droits de l'Homme, ou l'Association des magistrats tunisiens par exemple, motivées par le bénévolat, bannissent toute forme de récompense matérielle ou d'ascension politique.
Faut-il préciser encore que la légitimité, leurs membres l'ont acquise par leur fibre humaniste qui les place toujours en contact avec les citoyens et leur permet d'avoir une parfaite connaissance de leurs préoccupations et des injustices dont ils sont victimes.
Un pilier pour la démocratie
Dans les sociétés évoluées, les corps intermédiaires représentent le pilier de la démocratie. C'est grâce à leur action que les citoyens exercent leurs droits à la citoyenneté, la libre appartenance aux partis politiques ou aux associations, les activités formatives auxquelles ils participent, la culture politique que cette dynamique fait proliférer; tout cela permet au citoyen de vivre vraiment sa citoyenneté et de savoir choisir ses élus locaux et nationaux. Voilà ce qu'Ennahdha n'a pas pu comprendre, croyant à tort que du moment que le gouvernement actuel est élu démocratiquement, elle a toute latitude d'action légale de décider seule du sort de la Nation. C'est à partir de là que commence le long épisode d'affrontement et de conflit entre Ennahdha et certains corps intermédiaires dont l'Ugtt, qui a vu ses locaux profanés et sa cause disqualifiée parce qu'elle a refusé de se plier à la volonté du pouvoir qui a du mal à comprendre la nécessité de la distance que le syndicat devra prendre par rapport au gouvernement. On a également l'Association des magistrats tunisiens qui n'a pas encore trouvé de réceptivité auprès du gouvernement qui continue à ignorer ses revendications dont l'assainissement de la magistrature demeure la principale. On ne peut pas ne pas citer les actes de violence portés à certaines personnalités politiques indépendantes ou de partis de l'opposition qui sont catalogués comme responsables de la crise sociale qui sévit encore dans le pays.
Le gouvernement et El Watania 1
Pire encore, la violence aveugle n'a pas épargné le président de la Ligue des droits de l'Homme lors de la manifestation du 9 avril à l'occasion de la célébration de la fête des Martyrs. Venons-en maintenant aux médias: le bras de fer entre le gouvernement et la chaîne publique El Watania I illustre bien cette volonté d'Ennahdha de mettre au pas la télé nationale: Rached Ghannouchi et Ameur Laârayedh ont voulu l'acculer à choisir entre deux possibilités, ou à verser dans l'information partisane ou privatiser la chaîne, et l'Etat ne la fera plus bénéficier des deniers publics. Et le scénario du «peuple» «sit-inneur» réapparaît pour revendiquer cette privatisation. Une véritable mascarade arrêtée grâce à la bravoure et à la redoutable riposte des agents de la télévision. Enfin ni l'un ni l'autre des deux choix n'ont été exaucés.
Et El Watania accomplit sa noble fonction comme il se doit. Mais disons-le clairement, pour le gouvernement, il ne s'agit que d'une trêve car la bataille reprendra sur d'autres fronts mais aussi et surtout contre l'information et la liberté d'expression parce que sa stratégie de mise au pas des instances démocratiques semble bien tracée par un régime qui ne peut plus cacher sa détermination à endiguer la transition démocratique. C'est pourquoi tous les acteurs de la société civile, tous les citoyens sincères devront relancer incessamment ces corps intermédiaires pour qu'ils jouent leur rôle dans cette étape préélectorale déterminante pour les partis de la Troïka mais aussi décisive pour la révolution tunisienne dont le processus restera irréversible.
Eviter l'anarchie et la discorde
Ennahdha, qui joue actuellement le leadership dans cette coalition, devra être consciente du danger de ce retournement qui mènerait le pays vers l'anarchie et la discorde. Elle ne doit pas oublier que la liberté était la principale revendication de la révolution qui a évincé le dictateur. Les élections du 23 octobre 2011 ont accouché d'une créature théocratique relativement majoritaire qui, étant ce qu'elle est, devra, au lieu de privilégier le religieux, plutôt faire prévaloir la liberté. Et là elle serait en harmonie avec les attentes des citoyens qui étaient privés de toute forme de liberté aussi bien sous Bourguiba que sous Zaba.
On ne peut plus cacher nos craintes de voir dans l'avenir un changement de la dictature politique déchue par une dictature théocratique. La Troïka, si elle le veut bien, est appelée à desserrer l'étau et laisser la vie politique fonctionner normalement sans instrumentalisation de la religion ou de toute autre valeur à des fins politiques d'une seule frange, alors que cela appartient à tous les Tunisiens. Sinon il y aura plus de tension entre le gouvernement et les corps intermédiaires dont la lutte se poursuivra suivant des modalités plus poussées. Que le gouvernement comprenne cette vérité: sans journalisme libre, sans information publique ou privée, travaillant suivant son éthique et non suivant ce que l'appareil politique lui dicte, il n'y aura jamais de démocratie.
Je suis triste quand j'apprends aujourd'hui, 3 mai, au moment où je rédige cet article, que le tribunal de Tunis vient de condamner le directeurde Nessma TV à une amende de 2.400 dinars et ses deux collaborateurs à 1.200 dinars chacun. C'est un coup dur porté à la liberté d'expression en Tunisie, le jour où le monde entier célèbre la liberté de l'information:
Instrumentalisation de la justice
C'est la honte pour notre Tunisie qui venait de faire tomber l'une des plus implacables dictatures. Par contre, les auteurs d'agressions qui ont ciblé la famille Nabil Karoui ont écopé d'une amende de 9 dinars !
De tels jugements, inattendus et étonnants de par leur iniquité, se multiplient ces derniers jours et provoquent la consternation même du corps de la justice:
— Un non-lieu accordé aux accusés de l'affaire des zones bleues de Sfax.
— Un verdict de vingt ans de prison ferme à chacun des deux policiers accusés de la mort du jeune Slim Hadhri, tué d'une seule balle !
On comprend qu'on a affaire à une justice qui met les textes juridiques de côté, comme c'était le cas dans le passé pour prononcer des jugements politiques.
Voilà ce qu'on appelle: instrumentalisation de la justice.
Même si certains juges choisissent parfois des solutions médianes pour lesquelles normalement ils ne sont pas sollicités, il y a d'autres qui ont prononcé des verdicts à l'envi contre les liberté. Toutes ces raisons et d'autres nécessitent la dynamique des corps intermédiaires et la vigilance des citoyens pour sauver les libertés et la démocratie en Tunisie.
* (Enseignent à la retraite)


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