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Que reste-t-il de nos forêts ?
Opinions
Publié dans La Presse de Tunisie le 21 - 05 - 2012


Que reste-t-il de nos forêts ?
Par Mohsen KALBOUSSI*
Les dégradations subies par notre espace boisé n'ont cessé de s'amplifier ces deux dernières années, notamment après l'affaiblissement des instances de contrôle des milieux forestiers et espaces boisés revenant à l'Etat. En effet, nous assistons dans de nombreuses régions à un accroissement alarmant de la coupe des arbres et arbustes, destinés notamment au charbonnage, particulièrement dans certains secteurs du nord-ouest de la Tunisie. Cette région est pourtant le «poumon» du pays, dans le sens où elle comprend les zones les plus boisées, couvertes par des forêts naturelles ou des plantations sylvicoles remontant aux années 1960.
Les délits de coupe n'ont jamais cessé dans le temps, mais les proportions qu'ils prennent sont inquiétantes à plus d'un titre. Dans les années passées, les coupes concernaient essentiellement le maquis (sous-bois) qui peut avoir le temps de se régénérer, compte tenu des conditions favorables de l'environnement, notamment l'importance de la pluviosité. Elles étaient surtout localisées et peu étendues dans l'espace. Depuis l'année dernière, nous avons constaté que les coupes ne concernaient pas uniquement les arbustes (bruyère, filaire, lentisque, arbousier...), mais s'étendaient à des arbres de nature et dimensions variables (chêne-liège, chêne zeen, aulne, frêne, pins, eucalyptus...) et ne sont plus localisées dans un seul secteur, mais sont, au contraire, étendues dans l'espace.
Les techniques utilisées pour couper la végétation se sont également perfectionnées et sont devenues de plus en plus destructrices. De la hache, les «bûcherons» sont passés à la tronçonneuse, ce qui leur permet de couper plus en moins de temps (technique, il est vrai, non généralisée). Les années passées, ils coupaient le maquis sans détruire la totalité de la couverture végétale, donnant l'impression que les tiges coupées étaient mortes sur pied, et les laissaient sécher sur place. Actuellement, ce sont les tiges des arbres qui sont coupées, séchées également sur place, puis mises dans des charbonnières. Ces dernières étaient toujours placées discrètement, notamment loin des axes routiers et des pistes accessibles facilement, en plus avec de faibles densités. Actuellement, l'on s'étonne de la densité des charbonnières dans certains secteurs, tellement les coupes sont intenses et importantes. Les coupes étaient également éloignées des axes routiers, mais on ne s'étonne plus de voir de nombreux arbres coupés juste au bord de la route, ce qui laisse penser qu'ils sont transportés loin des lieux de coupe.
Les coupes sont tellement préjudiciables que certains secteurs, épargnés auparavant, sont sujets à des coupes parfois sévères. Cela est d'autant plus préjudiciable que ces coupes atteignent quelques réserves naturelles, notamment celle de Aïn Zana. En effet, cette réserve abrite la plus importante collection tunisienne de chêne afarès, une espèce endémique de l'Algérie et de la Tunisie, c'est-à-dire qu'elle n'existe au monde que dans ces deux pays. Dans ce secteur, ce sont les jeunes arbres de chêne zeen qui sont coupés, mais la hache peut atteindre les sujets pour lesquels la réserve a été créée.
Dans un autre registre, mais affectant également la diversité biologique végétale tunisienne, objet d'appétits prédateurs irresponsables, citons le cas de la fougère royale, une très belle plante localisée en Tunisie uniquement le long de quelques cours d'eau du nord-ouest. En effet, la réserve naturelle de djebel Khroufa, à la limite entre les gouvernorats de Béja et Jendouba, abrite une importante population de cette espèce, localisée le long de deux cours d'eau. Cette espèce pourrait constituer une curiosité en soi (couleur agréable à voir et dimensions impressionnantes pour une fougère dont les frondes (feuilles) peuvent dépasser un mètre de long !), tellement la possibilité de la voir en Tunisie est difficile et l'espèce, localisée dans certains secteurs. Une récente visite à cette réserve nous a permis de constater que la plupart des sujets ont été arrachés et ne subsistent comme témoins de leur présence que quelques moignons qui peinent à repousser. Cette plante aurait été attachée par des pépiniéristes, afin de la vendre aux visiteurs de la région.
Un phénomène semblable s'est produit dans la région de Bou Hedma, notamment l'année dernière. Cette région est surtout marquée par l'aridité, et seul un grand arbre arrive à pousser spontanément : le gommier, une espèce d'acacia qui a une forme de parasol et qui pousse sous des conditions d'aridité extrême. Cet arbre a en effet été victime de coupes sévères qui ont touché un grand nombre de sujets, surtout dans les environs du parc qui porte le même nom.
Il y va sans ajouter les défrichements que subissent de larges pans de nos forêts naturelles...
Les solutions alors ?
Difficile question, surtout lorsqu'on propose d'organiser la population en structures qui porteraient leurs revendications à l'administration, surtout que l'expérience des années précédentes a montré qu'une telle approche a été mise en place sous forme de GFIC (Groupements forestiers d'intérêts collectifs). Ces structures étaient noyautées par les représentants du parti au pouvoir et n'ont pas résisté au soulèvement populaire et à la dissolution du RCD. Ceux qui ont beau nous marteler par les discours sur l'approche participative ne doivent que se taire...
La solution idéale serait de sensibiliser la population, afin qu'elle s'approprie l'espace et le défende, surtout que sa survie dépend du maintien de la forêt elle-même. Cela ne peut être envisagé sur le court terme, mais devrait être initié par les nouvelles structures associatives qui devraient être soutenues financièrement par l'administration forestière et le ministère de l'Environnement.
Le plus urgent étant de stopper les graves atteintes portées à l'espace forestier. Ceci ne peut être atteint que par un accroissement de la présence des forestiers sur le terrain et la verbalisation de ceux qui auraient commis de graves délits et ne risqueraient pas de s'arrêter s'ils n'étaient pas sanctionnés.
Il va sans dire que l'ouverture de chantiers permet de résorber partiellement le chômage endémique de ces régions, d'autant plus que dans de nombreux secteurs, c'est l'administration forestière qui est le seul employeur. L'orientation des projets de développement vers les zones les plus défavorisées des milieux forestiers contribuera certainement à diversifier les activités de la population et réduire la pression sur le milieu naturel.
Il y a également la possibilité d'accorder à la population le droit —rémunéré— de l'exploitation de certaines ressources, dont la carbonisation du maquis. Cela devrait être bien cadré afin d'éviter les dérives. Cette dernière solution est imposée par la réalité du terrain, car il vaut mieux cadrer l'exploitation de l'espace que de la laisser se produire de manière anarchique comme c'est le cas de nos jours.
Sur le plan politique, les organismes politiques se doivent d'écouter ces populations et les raisonner, pour que nous ne nous retrouvions pas un jour devant une situation où les dégâts seraient irrémédiables et la situation à jamais irréversible ! Conserver ces espaces revient à un engagement des générations actuelles envers celles qui vont venir. Que chacun assume ses responsabilités devant l'Histoire, et ne se voile la face devant une réalité de plus en plus alarmante.
*(Universitaire)


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