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Un miroir aux alouettes?
Bureau de l'emploi des cadres et du travail indépendant La parole aux jeunes chômeurs
Publié dans La Presse de Tunisie le 10 - 07 - 2012

Un technicien supérieur en assistanat de direction voué au travail de femme de ménage, un technicien en informatique qui se convertit en simple ouvrier, dans l'espoir de monter une boulangerie, des situations fort répandues dans notre société qui témoignent d'un sérieux problème à caractère aussi bien économique que social. Le diplôme, décroché avec peine, devient un document invalide, facultatif. Parmi eux, Amel avoue regretter de ne pas avoir pris le chemin le plus court, celui de la formation professionnelle et avoir, ainsi, accéléré son accès à l'autonomie économique. Un avis que partagent tant d'autres cadres qui voient la vie se faufiler entre les doigts, alors qu'ils croulent encore sous l'effet du chômage.
Ils y entrent comme motivés par un espoir spontané et en ressortent, quelques minutes après, la déception collée aux traits du visage. Ces jeunes diplômés depuis des années, endossent malgré eux une carrière relativement imposante dans le «secteur stérile» du chômage.
Après avoir eu, à de maintes reprises, à surmonter, la peur au ventre, les dures épreuves du parcours universitaire, mus par la volonté juvénile de réussir dans la vie, les jeunes diplômés de l'enseignement supérieur ont vu, progressivement, leurs rêves voler en éclats.
Le bureau de l'emploi des cadres et du travail indépendant, relevant de l'Agence nationale de l'emploi et du travail indépendant, les accueille journellement, sans pour autant apaiser leur mal existentiel, celui d'accéder au droit à l'autonomie économique et de s'intégrer dans la vie active. Le déplacement jusqu'au bureau de l'emploi ponctue leur quotidien, ravivant, à chaque fois, le même sentiment de frustration, la même amertume; celle d'un jeune cadre qui ne trouve pas les fruits de son mérite, ceux d'un citoyen en marge du développement économique.
Il est 9h30. La porte d'accès au bureau de l'emploi des cadres et du travail indépendant, situé à la rue du Koweït, est animée par un va-et-vient constant. Les jeunes diplômés encore au chômage y affluent tant pour se renseigner sur les éventuelles offres d'emplois disponibles que pour marquer leur présence afin de pouvoir, toujours, bénéficier des rares chances d'être sollicités. Mlle Zahra Ghazouani, 28 ans, est technicien supérieur en assistanat de direction, et ce, depuis 2009. Elle se souvient de la première demande d'emploi, déposée au bureau et qui remonte à trois ans; une demande renouvelée depuis sans résultat fiable. «Depuis l'obtention de mon diplôme, je ne cesse de consulter le bureau de l'emploi dans l'espoir de trouver un travail qui me convient et qui va de pair avec ma formation. Une requête qui semble dure à atteindre. Il m'arrive même de venir tous les jours, mais mes déplacements sont infructueux. La seule fois qu'on m'a appris la bonne nouvelle d'une offre qui me sied, elle avait l'effet d'une mauvaise surprise. Je pensais pouvoir travailler dans une entreprise et je me suis trouvée face à un charlatan, un guérisseur qui recherchait une secrétaire voilée pour rehausser son image de marque», nous confie-t-elle.
Trois ans de chômage, ponctués par de petits boulots qui ne correspondent pas au profil de ce jeune cadre. «Je me suis trouvée dans bien des cas contrainte à des boulots subalternes, comme serveuse dans un restaurant ou dans un café. J'ai même travaillé comme femme de ménage...», siffle-t-elle, le sourire amer. Elle ajoute: «Me déplacer jusqu'au bureau de l'emploi me stresse et m'angoisse de plus en plus. Pourtant, je continue à m'y rendre». Par ailleurs, et outre la non-disponibilité d'offres d'emplois valables, le bureau de l'emploi ne semble point fournir aux jeunes l'info dont ils ont besoin. Zahra donne l'exemple du nouveau formulaire concocté par le ministère de l'Emploi et qui vise à actualiser les informations personnelles des candidats; un formulaire complètement ignoré par les responsables du bureau de l'emploi.
Chômeuse, jusqu'à quand?
Mlle Nabiha Zini s'impatiente pour donner son avis. Plus qu'un avis, il s'agit d'un cri réprimé, une sourde plainte, un appel anéanti pour trouver une solution radicale au problème du chômage. Nabiha a 37 ans. Elle est maîtrisard en commerce international depuis 1999; une date qui en dit long sur ses années de chômage. «La maîtrise en commerce international semble fort sollicitée. Mais en réalité, et faute de pistons, l'embauche s'avère impossible», fait-elle remarquer. Nabiha a déjà tenté l'expérience du travail dans des sociétés privées, mais l'expérience a été, à chaque fois, envenimée par l'esprit d'exploitation sans pitié des employeurs et par les diverses formes de harcèlement et de corruption. «Je ne comprends toujours pas pourquoi l'on ne dote pas le secteur privé d'une réglementation à même de préserver le droit des employés et leur garantir un climat de travail sain», s'exclame notre interlocutrice. Elle est venue ce matin au bureau de l'emploi non pas à la recherche d'une information sur les éventuelles offres et encore moins pour se renseigner sur le résultat du concours en date de 2011. «L'info est toujours défaillante. D'autant plus que la situation nationale en matière d'emploi demeure floue: jusqu'à nos jours, aucun signe des résultats du concours 2011, ce qui n'est pas normal », souligne-t-elle. Le seul motif pour lequel se déplace Nabiha au bureau de l'emploi est celui de marquer sa présence afin de bénéficier de la bourse «Amal»; une bourse fixée à 200 DT et qui, selon ses dire, a été interrompue.
Manifestement, plus on cumule les années de chômage, plus l'espoir en l'insertion professionnelle s'émousse. M. Nasr Rhimi, 34 ans, a obtenu sa maîtrise en mathématiques en 2004. Bien que cette filière soit des plus difficiles, elle n'assure point une embauche garantie. «Les matheux chômeurs sont aux alentours de 6.000, en Tunisie, ce qui traduit l'impasse dans le secteur de l'emploi. Personnellement, j'ai travaillé dans les lycées privés, mais cela n'a rien de stable. Aujourd'hui, je viens pour bénéficier de nouveau de la bourse de chômage «Amal». En fait, j'ai passé des mois sans en bénéficier à cause d'un projet que je comptais monter et qui est tombé à l'eau. J'ai pensé à créer une superette, mais j'ai laissé cette idée qui me taraudait l'esprit depuis 2009, découragé par les dépenses relatives à la paperasse, mais aussi tenant à travailler dans mon domaine de formation. Aujourd'hui, je n'attends rien de la stratégie d'emploi car elle s'est avérée inefficace. Le bureau de l'emploi n'est autre qu'un bureau de faux espoirs. Je me sens dépaysé dans mon propre pays. La seule issue probable consiste en les offres de la coopération technique», explique notre interlocuteur.
L'initiative personnelle?
Pourquoi pas!
Mlle Amel Kouki, en revanche, ne perd pas l'espoir en des lendemains meilleurs. Ayant un niveau Bac+3 en langues appliquées et multimédias, décroché en 2007, elle a tenté l'expérience professionnelle en tant qu'infographiste sous le système SIVP, ainsi que dans un cabinet d'avocat. Dans le premier cas, elle a été exemptée de sa fonction à la fin du contrat précité. «Je n'ai rien fait pour être mise à la porte. L'employeur usait du système SIVP qui lui convenait bien. D'ailleurs, beaucoup de jeunes diplômés souffrent de cette mentalité d'exploitation sans pitié», note-t-elle. Elle a quitté son poste dans le cabinet d'avocat il y a six mois. Depuis, elle s'est présentée à trois entretiens qui n'ont pas donné d'avis favorables. «La plupart exigent des années d'expérience professionnelle et la proximité du domicile, ce qui n'est pas évident», indique-t-elle. Malgré ces heurts, Amel ne lâche pas prise. Elle tient sans doute son courage de son nom, «Amel» qui veut dire espoir. «Je suis en train de réfléchir sur un projet; probablement une imprimerie. Je dispose déjà de l'espace chez moi. Il me reste le montage financier pour faire l'acquisition des équipements», nous confie-t-elle. Elle ajoute, confiante et enthousiaste: «Il ne faut jamais perdre l'espoir en des lendemains meilleurs».
Tout comme Amel, M. Akrem Gasmi, 28 ans, Bac+2 en informatique, a de l'ambition; celle de monter un projet rentable, à savoir une boulangerie. «Depuis 2008, date de l'obtention de mon diplôme, j'ai travaillé comme ouvrier. Il y a quelques mois, j'ai été recruté dans une société privée et je travaillais les samedi et dimanche comme caissier dans une boulangerie. Actuellement, ma situation dans la société privée n'est plus rassurante. En revanche, j'ai remarqué qu'un projet fondé sur la consommation quotidienne (boulangerie) marche à merveille. C'est pourquoi je m'active dans ce sens; j'ai d'ailleurs suivi une formation dans ce domaine, établi l'étude du projet et je compte m'adresser à la BTS pour l'obtention d'un crédit», nous indique notre interlocuteur. Que fait-il donc au bureau de l'emploi? Akrem s'y rend pour régulariser sa situation par rapport à la société privée dans laquelle il travaille. Pour lui, il a cessé depuis longtemps à croire en l'efficacité des prestations du bureau de l'emploi. Selon ses propos, les offres qui lui ont été adressées auparavant étaient toutes à côté de la plaque. Ce jeune diplômé se méfie désormais de la fonction publique. «Depuis la révolution, il n'y a plus de concours dans la fonction publique. D'autant plus que ces concours fixent une limite d'âge décourageante, à savoir 35 ans; ce qui est encore plus frustrant», note-t-il. Et d'ajouter que l'Agence nationale pour l'emploi des cadres et du travail indépendant a promis aux jeunes bénéficiant de la bourse «Amal» une formation à même de faciliter leur insertion professionnelle, une promesse, selon ses dires, non tenue.


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