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Quand l'élève parle, l'enfance se tait
Théatre : Retour sur Peter Pan de l'Ecole normale supérieure
Publié dans La Presse de Tunisie le 07 - 03 - 2013

Le toucher du livre est sensuel, il met en scène un effleurement qui inaugure une co-naissance et une connaissance se révoltant contre les gestes automatiques du clavier de l'ordinateur, donc du système forcé qu'on nous impose. Par leur posture et leurs attitudes, les filles appellent à arracher la sensation à la pensée: le percept doit être saisi contre le concept.
Le théâtre universitaire est un théâtre éducationnel, expérimental et académique. Composite, il réclame une approche pluridisciplinaire où philosophie, littérature, cinéma, sociologie et psychologie, bref, toutes les disciplines qu'on enseigne à la faculté sont en parfaite fusion et confusion créatrices. C'est une approche qui déclare et affiche une liberté créatrice, particulièrement par rapport aux textes littéraires et philosophiques. Cette forme, ou encore cette pratique, est souvent encadrée par un professeur, un amateur ou un professionnel de théâtre.
Ce n'est pas le cas d'un groupe de jeunes filles de l'Ecole normale supérieure de Tunis qui a voulu se libérer et de l'emprise du professeur pédagogue et de la construction du personnage, ou plutôt de la composition du personnage usuel, à travers leur pièce de théâtre, Peter Pan (*), écrite en français et donnée en représentation au 4e Art, dans le cadre des Journées des découvertes théâtrales.
Leur exercice s'est démarqué de la façon courante de la construction de la pièce. Ce collectif de jeunes a écrit et crié haut et fort la liberté du verbe sur la scène du texte. Ces vives artistes ont préféré le texte aux gestes et ont défendu, par leur choix esthétique, le verbe comme mouvement de la pensée. En fait, c'est une libre adaptation de quelques textes de grandes figures littéraires et théâtrales, une pléiade d'artistes dont les œuvres ont bouleversé le paysage intellectuel de leur époque. Les étudiantes de l'Ecole normale supérieure sont «anormalisées», chacune est venue avec un livre à la main, un livre où chaque page relate une vie anormale, un parcours déroutant.
La glaise du monde
Commençons par le commencement, c'est-à-dire par la genèse. Le fruit défendu est celui de la jouissance. L'étymologie du mot fruit tire, d'ailleurs, son origine du mot fructus, qui signifie jouir de. L'eau qui existe dans chaque fleur, dans chaque fruit et dans chaque corps, est une eau qui représente la naissance et la reproduction. C'est ce qui explique et justifie l'existence de la terre, de la nature et de l'homme. La nature dans cette pièce est assimilée à une mère qui enfante, puisqu'elle inspire l'homme et à un Dieu puisqu'elle contribue à la création. Conforme à elle-même, la nature demeure encore le mystère du monde. Créatrice, l'artiste est son enfant; il suit son tissage.
Ainsi, la belle scène de l'érotisation du corps avec le livre a fait naître un enfant : l'enfant de la nature. Le toucher du livre est sensuel, il met en scène un effleurement qui inaugure une co-naissance et une connaissance se révoltant contre les gestes automatiques du clavier de l'ordinateur, donc du système forcé qu'on nous impose. Par leur posture et leurs attitudes, les filles appellent à arracher la sensation à la pensée: le percept doit être saisi contre le concept.
Et si on réformait ?
Le groupe des normaliennes tisse un nouveau rapport avec la scène littéraire, philosophique et théâtrale de la vie. Il prône un esprit critique qui tend, tantôt vers l'anarchie, tantôt vers la réforme. C'est par le biais de la projection de quelques extraits du film L'école est finie (crève salope) de Jules Celma, qu'on voit que seule la réforme est apte à fracturer toutes les formes de l'ordre, du catalogage et de la hiérarchie. Ces formes-là veulent à tout prix inventer un modèle, un corps et un esprit clonés, une peau trouée par des stigmates de gens dont le pouvoir est corrompant et putréfiant, sous des gants de velours et d'or.
L'enfance est, quant à elle, déclarée. Nietzsche ne pensait-il pas que «l'enfance, est innocence mais aussi négligence. C'est un recommencement, un jeu, une roue libre, un premier mouvement, un Oui Sacré». Les petits monstres que sont les enfants, sont les seuls à sentir le monde candidement, à l'approcher et à l'arpenter avec des pas de monstres, puisqu'ils montrent avec des doigts artilleurs que tous ceux qui règnent et renient leur existence menacent l'harmonie créatrice du monde. Ces doigts réclament inlassablement leur chute.
Famille... je vous hais
Quand l'enfant grandit, on doit le gronder, on doit l'élever pour faire de lui un bon élève. La famille est à l'image de l'Etat, elle encadre, elle ceint, elle ficelle. La boule de fil est présente sur scène; on voit comment on ficelle, noue et attache. La famille moralise son enfant, comme l'Etat moralise le peuple. Les premières installations des coutures sont claires : elles révèlent comment le réprimer, comment le mouler, le serrer, l'ajuster, comment faire de lui le fameux modèle conforme aux règles qu'annoncent les doctrines étroites! L'enfant est cette boule à zéro ; c'est ce crâne rasé, agacé et lassé, qui sera rembourré et bourré d'instructions. On va le mettre en boule, c'est-à-dire l'enrager, le ronger de complexes pour, enfin, lui faire perdre la boule et le rendre fou (ou forcené), car il n'acceptera pas le pacte —celui du troupeau— qu'on lui inflige. De surcroît, les jeunes normaliennes ont exprimé, grâce au recours cinématographique, d'autres images néfastes de la discipline et de la pédagogie qui corrompent l'enfant. Ainsi, le moralisme, l'éducation et l'institution ne sont que des expressions du pouvoir et du contrôle de l'un sur (et contre l'autre), celui du loup sur la brebis, celui de l'instituteur, de l'instructeur, de l'inspecteur, du tuteur, de l'éducateur, du formateur et, en fin de compte, du fouetteur de ces enfants fauteurs de troubles ! L'enfant, qui voit en son tuteur son tueur, n'a pour seule arme que son amour anarchique pour la vie. La boule de fil sera décousue, dénouée, car cet enfant se défendra par son innocence, quand les adultes se protégeront par leur malice. L'enfant veut rêver avec l'autre, l'adulte veut démolir l'autre.
Les suicidés de la société
Quelle est donc la vocation et le devoir de l'écrivain et de l'artiste ? Le cœur de l'artiste bat avec celui du monde et de ses malheurs. L'écriture, qui est une respiration de l'artiste, est aussi une conspiration contre le temps, l'oubli, les désillusions, la solitude et la mort.
Le suicide social interpelle un voyage vers l'ailleurs, tout en préservant l'innocence de l'âme, car «la plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence», disait Heiner Müller. Avec ces artistes qui dénoncent l'aliénation, on pense que chacune est habitée par son enfer, chacune n'est que la somme de sa propre tragédie. Ainsi, à travers cette adaptation libre des textes de ces artistes, on a Boileau, le poète du désordre et de l'excès, de l'amertume et de la parodie, Artaud qui, avec son théâtre de la cruauté, et dont la vie fut une œuvre, a laissé libre cours aux entrailles de son corps, un corps dont l'œuvre est l'expression d'un génie et d'une folie indissociables de sa conception de l'art, Ionesco dans sa conception absurde du monde et du langage humain, Cocteau, cet artiste complet dont le talent est cristallisé grâce à son génie poétique et, enfin, Lautréamont qui, surréaliste avant l'heure, fut un des poètes révolutionnaires de la littérature française, un poète du délire, du mal et de la cruauté.
(*) Peter Pan est dédiée «à tous ceux
Qui crevèrent d'ennui au collège
Ou qu'on fit pleurer dans la famille,
Qui, pendant leur enfance,
Furent tyrannisés par leurs maîtres
Ou rossés par leurs parents»(Jules Vallès, L'enfant)
Texte et mise en scène : Cyrine Fekih et Azza Mouelhi
Interprétation : Aïsha Khalfaoui, Asma Ben Abid, Azza Mouelhi, Cyrine Fekih, Imen Mourali.


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