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Soudain, l'abjuration!
Dossier — Jihadisme (suite et fin) - Gouvernement — Ansar Echaria
Publié dans La Presse de Tunisie le 25 - 05 - 2013

Indulgence, laxisme, impunité, solidarité, querelles conjoncturelles et rapides réconciliations, les relations entre les islamistes au pouvoir et Ansar Echaria n'auront connu, depuis le 23 octobre 2011, que des nuages passagers. Aussi, la fermeté qu'a mis, dimanche 19 mai, le gouvernement à interdire leur meeting à Kairouan et à réprimer leur colère à Ettadhamen sonne-t-elle comme un reniement. Quels sont ses véritables raisons et qu'est-ce qui explique son timing ? Est-il aussi irrévocable qu'il le paraît ?...
Dimanche 19 mai, le dispositif sécuritaire spectaculaire déployé sur les autoroutes et les grands parcours pour interdire le 3e meeting du groupe salafiste jihadiste Ansar Echaria à Kairouan, les tirs de sommation et les bombes lacrymogènes lancées à Ettadhamen pour contenir la frustration annoncée de ses partisans qui a pris des allures de guerre de banlieues, se présentent à première vue comme une démonstration de force. Son objectif explicite serait de faire, enfin, valoir la loi et la primauté de l'Etat de droit via son institution policière. Bilan : un mort, quinze blessés et deux cents arrestations.
Mais, au-delà de l'adhésion unanime de l'ensemble des Tunisiens et de la classe politique « rassurés » par le recours à la force policière contre un ennemi commun enfin nommé et désavoué par ses protecteurs d'hier, cette démonstration retentit surtout comme un revirement brutal, dont on ne sait s'il constitue un tournant définitif ou une manœuvre tactique. Pourquoi maintenant et pourquoi l'avoir ajourné?
Des mines du Chaâmbi au meeting de Kairouan, l'ombre d'Al Qaïda ...
La menace terroriste des groupes salafistes jihadistes ne date pas des révélations volcaniques de ce mois d'avril 2013, ni des explosions mortelles des mines du Mont Chaâmbi. Errouhia, Jendouba, Le Kef, Douar Hicher, Mnihla, Ben Guerdane, et jusqu'à Bab El Khadhra dans le centre-ville... Les révélations sur le trafic d'armes depuis la Libye, via les caravanes salafistes de solidarité et la contrebande ordinaire, les découvertes de caches d'armes multipliées depuis l'assassinat de Chokri Belaïd, ainsi que les nombreuses arrestations effectuées dans les rangs des salafistes jihadistes ont marqué l'année 2011-2012 et ce début de 2013. Toutefois, le silence entourant le cours interminable des enquêtes et l'opacité entretenue par le gouvernement autour de ces affaires, de l'identité des suspects et leur appartenance à la mouvance internationale, l'ajournement indéfini d'un traitement rigoureux et transparent de la violence religieuse (physique et verbale) ne laissaient aucunement présager pareil tournant dans la politique du gouvernement et cette soudaine résurrection de l'institution policière jusque-là paralysée par l'absence de directives politiques.
Pour les observateurs de la vie politique et sécuritaire en Tunisie, les évènements tragiques du Chaâmbi, concrétisant, pour la première fois, la présence, la violence et l'action effectives d'Al Qaïda en terre tunisienne suffisent objectivement à expliquer ce tournant sécuritaire. Ils seront appuyés par la guerre déclarée aux forces de l'ordre et la découverte d'un plan d'attaques terroristes contre des intérêts tunisiens. Pour d'autres, c'est l'importance populaire acquise, sous le règne islamiste, par le groupe Ansar Echaria et sa défiance vis-à-vis du parti Ennahdha ainsi que les exigences du dialogue national qui auront dicté à ce parti la nécessité de se prononcer enfin clairement sur la question du salafisme jihadiste. «Le gouvernement sera sans concessions avec ce groupe terroriste en relation directe avec Al Qaïda qui prend position dans les montagnes, défie l'Etat et veut faire de la Tunisie une terre de Jihad... », déclarait, le week-end depuis la capitale qatarie et Al Jazira TV, le chef du gouvernement Ali Laârayedh justifiant l'interdiction du 3e meeting d'Ansar Echaria à Kairouan.
Les offensives de Ghannouchi, Laârayedh, Dilou, Khadémi et le silence embarrassé d'Ennahdha
Mais bien avant les premières déclarations du chef du gouvernement à Doha, c'est le chef du mouvement Ennahdha qui, lors d'une conférence de presse tenue mercredi 15 mai à Tunis, anticipait sur la décision du gouvernement et annonçait lui-même l'interdiction du meeting d'Ansar Echaria à Kairouan, contredisant d'avance ceux qui voudront simplement croire à l'hypothèse de la neutralité du ministère de l'Intérieur et à un simple recours à la force des lois. Aucune allusion aux activités terroristes d'Ansar Echaria, Ghannouchi évoquait juste le caractère illégal et défiant de la rencontre de Kairouan et la nécessité pour l'Etat d'exercer sa souveraineté. Mais contrairement aux habitudes du parti au pouvoir, aucune position ne sera publiquement adoptée par son Conseil de la choura et aucun de ses radicaux ne se prononcera sur cette question décisive, ni avant ni après le dimanche 19 mai. Son porte-parole attendra le jeudi 23 mai pour soustraire le mouvement à toute forme de responsabilité et toute nécessité de prise de position dans cette affaire. « C'est une problématique de sécurité qui concerne le gouvernement et relève de la souveraineté de l'Etat dans laquelle le parti Ennahdha n'a pas à s'impliquer», déclare-t-il en réponse aux accusations locales et internationales des Ansar Echaria et autres tentacules d'Al Qaïda au Maghreb et dans le monde arabe, accusant directement le parti Ennahdha de faire front avec la police contre l'islam.
Il faut rappeler que les propos du porte-parole d'Ennahdha succèdent aux déclarations sans ambiguïtés faites de lundi à mercredi par Rached Ghannouchi, Ali Laârayedh, Samir Dilou selon lequel il n'est même pas autorisé «de faire de la Tunisie musulmane une terre de prédication wahhabite» et enfin par Noureddine Khadémi, ministre des Affaires religieuses connu pour ses prêches enfiévrés à la mosquée El Fath et son appartenance à la mouvance salafiste. Mais en ce jeudi 23 mai, la première apparition locale du chef du gouvernement s'emploie quelque peu à arrondir les angles. Lors d'une conférence de presse, il dilue ses propos de Doha se retenant de définir Ansar Echaria de groupe terroriste et l'appelle «à s'inscrire dans la logique de l'Etat de droit avant qu'il ne soit trop tard...»
De son côté, le groupe Ansar Echaria décide d'annuler la protestation prévue dimanche 26 mai devant le siège d'Ennahdha à Kairouan et son porte-parole entendu pour appel à la violence contre les forces de l'ordre est remis en liberté.
Ainsi, multipliant les déclarations, et nuançant les discours entre membres de gouvernement et membres de parti, Ennahdha joue à nouveau à capitaliser d'un côté les points positifs d'un bras de fer sécuritaire réussi avec les jihadistes et tente d'esquiver, comme mouvement islamiste, toute responsabilité de rupture irrévocable avec un important allié de «la grande famille islamiste». Posture double qui confirme pour certains le peu de disposition de ce parti de s'inscrire volontairement dans la logique de l'Etat de droit et l'hypothèse bien plus lourde d'une forte pression étrangère qui ne date ni pas d'aujourd'hui, mais remonte plus loin que Chaâmbi et Kairouan.
Tout commençait en mars 2013...
«Entre le précédent et le nouveau gouvernement, il y a un changement de ton... Nous voulons être bien plus fermes, et plus décidés. Nous ne ferons aucune concession sur la sécurité des Tunisiens. Il n'y a pas de contradiction à respecter la loi et à utiliser la force dans les limites de la loi face à ceux qui ont profité de la faiblesse des institutions de l'Etat ou qui ont pensé que l'Etat est faible... », déclarait au journal Le Monde du 26 mars, Ali Laârayedh, fraîchement nommé à la tête du nouveau gouvernement après un an et demi d'exercice au ministère de l'Intérieur. Il désignait les jihadistes.
Le même jour, devant l'Assemblée nationale constituante, le nouveau ministre de l'Intérieur Lotfi Ben Jeddou annonçait «la mise en place par le gouvernement de cellules de crise chargées de faire le suivi des activités liées à l'extrémisme religieux et au terrorisme... ». Pour ceux qui ont suivi l'actualité de ce début du mois de mars, l'annonce du ministre de l'Intérieur fait écho à la proposition du général Carter Ham, commandant des forces américaines en Afrique (Africom) qui, mettant en garde contre les menaces d'Aqmi et des organisations terroristes en général sur l'Afrique du Nord, déclarait «la création sous l'égide de l'Africom de cellules de crises pour contrer le terrorisme...», précisant que «le développement socioéconomique, la bonne gouvernance et l'éducation sont les solutions les plus efficaces». Durant le même mois de mars, le chef du mouvement Ennahdha décrètera que «le vrai jihad demeure celui de combattre le sous-développement».
En attendant que ce « jihad »-là porte ses fruits, le salafisme jihadiste ou quiétiste, on ne sait, continue à gagner du terrain parmi de larges franges d'une jeunesse désœuvrée, à arborer la même tenue, le même drapeau, le même discours de persécution, le même fil invisible entre la prédication et la violence, la piété et la délinquance, la même « police des mœurs », les mêmes œuvres de charité, les mêmes caravanes humanitaires, le même esprit de conquête... Le tout à la faveur du vide sécuritaire et de la pénurie de services sociaux qui touchent nos quartiers...


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