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Par-delà le bien et le mal
Hannah Arendt de Margarethe Von Trotta
Publié dans La Presse de Tunisie le 02 - 09 - 2013

On lui reproche son arrogance, sa froideur et son ignorance des choses. Elle explique qu'«essayer de comprendre n'est pas pardonner».
Sorti en France en avril 2013 et classé dans la catégorie des films indépendants, Hannah Arendt, réalisé par l'Allemande Margarethe Von Trotta, avec dans les principaux rôles Barbara Sukowa, Axel Milberg, Janet McTeer, nous livre un témoignage intéressant, un fragment poignant de la vie et de la philosophie de Hannah Arendt, philosophe juive d'origine allemande, et professeur de théorie politique.
Ses œuvres phare sur Les origines du totalitarisme, La crise de la culture et la condition de l'homme moderne, sont enseignées et étudiées dans le monde entier. Son livre Eichmann à Jérusalem qui constitue une synthèse du procès de ce criminel de guerre nazi, et où elle a exposé sa thèse sur «la banalité du mal», a été publié suite au procès que le magazine américain The New Yorker lui a demandé de couvrir. Le film qui brosse la personnalité courageuse et déterminée de Hannah a révélé le cheminement de la pensée de la philosophe grâce auquel on a pu discerner le passage d'une idée à une théorie. La reconstitution de l'époque plonge le spectateur dans un cadre et un décor parlants. En effet, on voit l'époque des séminaires de la philosophe, ses relations avec ses étudiants, on saisit aussi l'époque du procès du bourreau nazi qui se déroulait en 1961 à Jérusalem et se donnait comme un spectacle imposant que le monde entier regardait et suivait avec intérêt.
Les oiseaux s'exilent pour se perpétuer
Dans le film, l'écartement et l'isolation sont mis en images et en scène avec trois déchiffrements différents et profonds. D'abord, la philosophe, qui a quitté l'Allemagne pour s'installer en France puis se réfugier en Amérique, a vécu l'exil, l'exclusion et l'écartement. En Amérique, qu'elle qualifiait de «paradis», on voit que l'exil de Hannah l'a beaucoup aidée à fonder une pensée essentielle pour l'analyse ; cet exil, loin d'être réprobateur, a surtout soutenu une distance et un recul bénéfiques par rapport aux faits et aux événements vécus par la juive, mais aussi et surtout à acquérir un esprit critique et une analyse objective forte qui l'excluent de toute victimisation. «La pensée naît d'événements de l'expérience vécue et elle doit leur demeurer liée comme aux seuls guides propres à l'orienter», notait-elle. Ainsi, dans la solitude de cette étudiante préférée de Heidegger, qui fut aussi son amant jusqu'à la mort du précurseur de la philosophie postmoderne, on accompagne Hannah dans l'accouchement de ses idées. L'écart est subséquemment perçu à travers l'exil de la femme dans son monde philosophique, un monde qui, loin de la dénaturaliser, la rend forte, courageuse et digne d'une pensée humainement riche. Cela étant, cet exil permet la «cuisson» alchimique de l'idée qui se développe en pensée ; quand la pensée et l'idée sont en mouvement, le corps est là, presque inerte, il est toujours allongé sur un canapé, ou assis sur une chaise, les yeux à peine fermés.
La réclusion et la claustration sont perçues également à travers cette remise en scène de la cage de vitre d'Eichmann; par le biais de la bande originale du procès, on a vécu réellement ce fragment historique. La monstruosité de ce personnage l'encellule dans une geôle très significative : il incarne le mal absolu.
Généalogie et apologie du mal
Adolph Eichmann faisait partie d'une escouade de la terreur hitlérienne. Ce criminel du 3e Reich incarne la terreur : il s'est chargé de la déportation des juifs d'Europe vers les camps de concentration, et de leur extermination systématique et bureaucratique. Accusé de crime de guerre et de crime contre l'humanité, ce bourreau, sans scrupules, entièrement dévoué aux SS, pense que la population juive doit périr et n'a pas le droit d'exister. Ce programme de destruction est à l'origine d'un nazisme terrifiant et absurde et qui continue actuellement d'exister sous d'autres formes.
La généalogie du mal est donc assujettie à des personnes instrumentalisées, incapables de réfléchir, de penser, d'imaginer et de sentir l'autre. D'où leur apologie du mal qui va jusqu'à éprouver du plaisir à détruire l'autre. Ainsi, «c'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal», soutenait Hannah Arendt. En effet, le fondement de sa pensée sur la théorie de la «banalité du mal» met en relief que cette machine infernale crée et légifère des fonctionnaires-instruments et parvient à détruire la volonté des êtres. Le mal devient alors «banal». Quand Hannah a vu Eichmann, elle n'a pas vu en lui le monstre qui incarne le mal, mais plutôt un pantin, un «clown», «un fonctionnaire banal» qui n'a fait qu'«exécuter les ordres» et qui a arrangé personnellement, même après l'ordre qu'on a donné d'arrêter les exterminations, une dernière «marche de la mort» vers Auschwitz.
L'approche de Hannah a été jugée scandaleuse par son entourage. Son traité philosophique et sa lecture du procès ont été controversés, et on le voit dans le film à travers les lettres qu'elle reçoit tous les jours. On lui reproche son arrogance, sa froideur et son ignorance des choses. Cependant, Hannah explique dans le film qu'«essayer de comprendre n'est pas pardonner».
La comédienne a réussi son personnage : le regard, le silence, la déambulation, la sensibilité, la fermeté, le sourire qui se dégageaient de cette grande dame montrent une philosophe qui nous a offert un traité philosophique au service de la réalité historique et de notre réalité actuelle. En s'isolant, à la fin du film, quand elle a été accusée de nazisme, le spectateur a bien deviné que cet acte qui est loin d'être un acte de lâcheté, est perçu comme un acte de préparation au face-à-face. En effet, —en s'éloignant des accusations, des lettres condamnatrices et hostiles et des jugements des autres surtout par rapport à ce qu'elle a dit à propos des conseils juifs les «Judenräts» qui ont collaboré avec les autorités nazies, à son retour à l'université, on voit une femme déterminée, très sûre d'elle-même, et soutenant dans une conférence sa thèse avec fierté et dignité.
En somme, avec la pensée percutante de Hannah, le film est d'une actualité poignante : l'apologie du mal, qui gagne du terrain dans le monde, est dénoncée «philosophiquement» par Hannah, dans sa conférence comme dans ses articles, elle invite, à lire, à relire l'Histoire de l'humanité pour que d'autres criminels, comme Eichmann, ne naissent pas. Les exécutants et les compositeurs du mal qui, au nom d'une loi, d'une idéologie et d'une religion, vont jusqu'à exterminer l'autre, car on leur a juste demandé d'appliquer les lois, car on leur a demandé de tuer l'Autre différent de nous, car on leur a inculqué qu'un acte pareil est signe d'honneur et de vaillance et non d'extrémisme ou de fanatisme... Ces syndromes existent malheureusement et persistent encore, d'ailleurs, notre actualité regorge d'exemples : en Syrie, en Palestine, en Egypte, en Tunisie, en Libye... Et dire que «c'est un malheur du temps que les fous guident les aveugles» (William Shakespeare)!


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