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Tabarka, pourquoi ?
Tabarka Jazz Festival 2013
Publié dans La Presse de Tunisie le 13 - 09 - 2013

L'édition 2013 de Tabarka Jazz Festival aura finalement lieu avec une version très light de ce qu'on attendait pour la reprise de ce festival vieux de plus de 40 ans.
Faut-il rappeler que le Tabarka Jazz Festival est un festival particulier qui ne ressemble en rien aux autres rendez-vous culturels du paysage qu'organisent le ministère de la Culture et ses délégations. C'est un festival qui a toujours été étroitement attaché à un projet touristique pour l'essor de la ville de Tabarka et, par ricochet, pour celui de toute la région du nord-ouest et c'est pour cela que ce sont toujours le ministère du Tourisme et d'autres protagonistes de ce secteur qui se chargeaient de son organisation.
C'est sous le slogan «Ne bronzez pas idiots» que ce festival créé en 1973, est devenu un rendez-vous artistique de renommée internationale, un produit artistique certes mais d'une grande valeur pour le tourisme, puisqu'il a fait de Tabarka non seulement une destination balnéaire mais aussi artistique. Une belle et intelligente manière de diversifier le produit de la région et qui incitait les touristes à venir nombreux à Tabarka surtout au cours de la période du festival pour profiter du soleil et assister à des concerts de haute facture.
Après de longues années d'interruption, le festival a repris de plus belle en 1997, l'Office du tourisme y a mis le paquet, des voyages organisés ont été mis en vente et des packages séjour et billets pour les concerts ont attiré d'innombrables touristes et une belle affluence des touristes algériens, le tourisme intérieur a aussi connu un grand essor.
Les noms d'artistes de la trempe de Billy Paul, Barbara Hendricks, Kool & The Gang, Lucky Peterson, Bernard Allison, Diana Krall, Miles Davis, Manu Dibango, Léo Ferré, Dizzy Gillespie, Keith Jarrett, Michel Jonasz, Miriam Makeba, Charles Mingus, Claude Nougaro, Ahmad Jamal, The Temptations, Youri Buenaventura et Césaria Evora y étaient le fer de lance de cette opération marketing appelée «tourisme culturel».
A partir de 2006, les difficultés ont pointé du nez : suite à des querelles intestines, le torchon a commencé à brûler entre l'ancien maire de la ville et Mourad Matahri, promoteur de spectacles dont la contribution a fait les beaux jours du Tabarka Jazz Festival. Notons également qu'à partir de 2006, le festival fait face à des problèmes d'organisation. Il est annulé en 2008 à la dernière minute et remplacé l'année suivante par le Festival international de Tabarka qui laisse une place d'importance au jazz. Après deux nouvelles années d'absence, le festival est prévu du 1er au 15 juillet 2012, à l'initiative de l'association à but non lucratif Arcade, avant d'être annulé en raison de complications administratives et d'absence de soutien des autorités. De nombreux artistes célèbres ont participé à ce festival tels que Al Jarreau,
Le festival perd pied avec de nouvelles années d'absence pour finir en 2009 en programme annexe du festival d'été de la ville de Tabarka.
Aujourd'hui, l'on veut reprendre le festival mais les organisateurs n'ont pas pu retrouver les mêmes soutien et enthousiasme du partenaire d'antan, à savoir le ministère du Tourisme, frileux à cause d'une crise du secteur qui perdure depuis la révolution d'autant plus que rien dans le programme proposé n'est susceptible de relancer le tourisme dans la région.
On est très loin des programmations denses des années 2000, et de toute la dynamique qu'elles suscitaient; le budget est revu à la baisse et on lésine à s'engager dans des dépenses qu'on trouve excessives pour un programme aussi léger.
Que va apporter cette mini-édition 2013 du Tabarka Jazz Festival, avec Liz Mac Comb en fin de carrière et des artistes tunisiens incapables d'attirer des touristes avec une notoriété aussi relative d'un Sofiène Safta ou d'Ahmed Mejri.?
Tabarka Jazz Festival est un label de qualité touristique qui émulait de belles autres destinations dans le monde grâce aux artistes qui venaient animer ses soirées, un festival qui dynamisait toute la vie économique de la ville, ses hôtels, ses restaurants, ses cafés, son transport et son aéroport (actuellement mis en veilleuse avec des vols réduits à moitié), un festival qui ramenait beaucoup de devises au pays. Tabarka est aussi un label de haute facture.
Des artistes méconnus des scènes internationale et locale ne réussiront pas à lui redorer le blason.


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