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La paix en Afghanistan aux calendes grecques
Chronique du temps qui passe
Publié dans La Presse de Tunisie le 24 - 06 - 2010


Par Hmida BEN ROMDHANE
L'une des règles de base de la guerre est que les belligérants s'emploient à couper les sources de financement et d'armement de l'ennemi. C'est un effort fondamental que les parties en conflit sont tenues de déployer, si elles veulent abréger la durée de la guerre et s'assurer la victoire.
Mais ce n'est pas une chose facile à réaliser, tellement les sources de financement des conflits dans le monde sont innombrables, complexes et difficiles à identifier, surtout quand il s'agit de guérillas et de mouvements insurrectionnels. Les Etats-Unis, par exemple, ont toutes les peines du monde à suivre la trace de l'argent utilisé par Al Qaïda. C'est parce qu'ils ne sont pas arrivés à identifier pleinement les canaux utilisés par l'argent destiné à cette organisation terroriste, que des attentats, parfois très dévastateurs, sont toujours commis un peu partout dans le monde.
Et précisément, c'est en répondant à l'attentat le plus dévastateur de l'histoire du terrorisme, celui du 11 septembre 2001, que les Etats-Unis ont déclenché leur guerre contre l'Afghanistan, renversant en quelques jours le régime des talibans établi alors à Kaboul. Neuf ans après cette intervention, les Etats-Unis et leurs alliés de l'Otan sont englués jusqu'au cou dans le bourbier afghan.
Spécialistes, experts ou simples citoyens, tout le monde est étonné face au puzzle afghan. Comment se fait-il que les armées les plus puissantes du monde accumulent-elles les échecs et les revers face à une insurrection composée de va-nu-pieds ?
Plusieurs raisons ont été avancées : la désastreuse intervention en Irak qui a permis aux talibans de se réorganiser; l'incapacité des forces étrangères de gagner la confiance des populations locales; les bavures à répétition qui ont fait des centaines de morts parmi les civils, facilitant substantiellement la tâche des insurgés en termes de recrutement...
Une autre raison fait aujourd'hui l'objet d'un grand débat dans les instances politiques et les médias américains. Une raison qui montre le degré d'absurdité atteint par la guerre d'Afghanistan. Non seulement les Etats-Unis n'ont pu assécher les sources de financement des talibans, mais ils viennent de se rendre compte que, sans le vouloir bien sûr, ils financent eux-mêmes, depuis Dieu sait combien de temps, l'insurrection qu'ils tentent d'étouffer.
Selon l'enquête du sous-comité de la sécurité nationale de la Chambre des représentants, «l'argent du contribuable américain fait son chemin jusqu'aux talibans». Les compagnies de transport afghanes qui approvisionnent les bases américaines et celles de l'Otan, ne pouvant assurer la sécurité des convois, ont recours systématiquement à la pratique des pots-de-vin qu'ils versent aux chefs de guerre. Ceux-ci, à leur tour, versent une partie de l'argent aux talibans en contrepartie de leur promesse de ne pas attaquer les convois.
D'après cette enquête, les sommes en question sont faramineuses. Elles atteignent 4 millions de dollars par semaine. De prime abord, ce montant paraît très élevé. Mais quand on sait le montant du contrat qui lie les transporteurs afghans au Pentagone et qui s'élève à 2,1 milliards de dollars, quand on sait qu'il y a deux cents bases militaires à travers tout le pays à approvisionner, quand on sait que pas une seule route empruntée par les convois n'est sécurisée, on comprend qu'une somme aussi grande soit versée chaque semaine. On comprend aussi le désir des talibans d'empocher une partie de cet argent, d'autant plus précieux qu'il provient directement de l'ennemi qu'ils combattent.
Honnêtement, il est difficile de blâmer les transporteurs qui n'ont aucun autre moyen d'assurer la sécurité des convois qui circulent jour et nuit sur les routes dangereuses d'un pays anarchique. Les enquêteurs de la Chambre des représentants ont mis le doigt directement sur la plaie : «Le vrai problème réside dans le fait que l'armée américaine paie les transporteurs pour la distribution des approvisionnements à travers l'Afghanistan, mais leur laisse l'entière responsabilité de protéger les convois».
Ce qui étonne en fait, ce n'est pas que les transporteurs afghans soudoient les seigneurs de guerre et les commandants de milices privées, mais que les stratèges du Pentagone n'aient pas prévu que dans un pays aussi anarchique que l'Afghanistan, il y a seulement deux moyens de protéger les convois d'approvisionnement : soit l'escorte armée, soit les pots-de-vin. Les transporteurs ne pouvant se procurer une escorte armée pour chaque convoi, il était donc inévitable qu'ils aient recours aux pots-de-vin.
Cette énième bourde américaine en Afghanistan n'a pas seulement pour conséquence de contribuer au financement de l'insurrection par l'argent du contribuable américain, mais elle est en train de semer les graines de futures instabilités et de futures anarchies qui ne manqueront pas d'éclater dès le départ des troupes américaines et de l'Otan. Comment peut-il en être autrement quand de nombreux seigneurs de guerre et de commandants de milices sont assis sur des fortunes qui se comptent en millions de dollars ?
Dans un pays où l'anarchie fait rage depuis plus d'un tiers de siècle, on peut être sûr que les seigneurs de guerre ne démobiliseront jamais leurs milices pour se transformer en investisseurs et en agents économiques. Ils continueront à défendre leur fief, comme le prévoient les enquêteurs de la Chambre des représentants, bien après le départ des troupes étrangères. Et la paix en Afghanistan dans tout ça ? Renvoyée aux calendes grecques.


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