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Il n'y a pas d'amour heureux
Vaine tentative de définir l'amour de Hakim Belabbès
Publié dans La Presse de Tunisie le 24 - 09 - 2014

Dans nos sociétés, dès que l'amour surgit entre deux êtres, les femmes se perdent dans la mathématique de la virginité qui leur coupe les ailes et les hommes se saignent aux quatre veines pour subvenir aux besoins du mariage.
Le film pose une vraie question qui ne cesse de tenailler le monde arabe au plus profond de son intimité. Pourquoi ne sait-on pas parler d'amour? Pourquoi à chaque fois qu'il y a une histoire d'amour et de mariage, il y a le spectre d'une foule de contraintes qui surgit : l'argent, la virginité, le terrible veto des parents qui optent toujours pour le mari qui a la plus large assise financière... Pour ne citer que ce genre de contraintes.
D'abord, le synopsis : «Un couple d'acteurs, Hamza et Zineb, partent dans les montagnes de l'Atlas pour vivre les rôles qu'ils doivent jouer dans un prochain film, La légende d'Isle et Tisselt, de deux amoureux dont les larmes ont formé les deux lacs qui portent leurs noms.
Zineb traverse une crise amoureuse, déçue par celui qu'elle pensait être l'homme de sa vie. Hamza, lui, vient de rater son mariage et s'interroge sur les grandes décisions de son existence.
L'espace et les gens que rencontrent Hamza et Zineb leur montrent que l'amour qu'ils pensaient unique pouvait avoir plusieurs autres formes. Ils mettent leurs sens à l'épreuve de l'air, des nuages, de l'eau, du tonnerre, de tout ce qui fait la vie ordinaire des nomades qu'ils rencontrent...
Le film, tourné dans les montagnes ocres du Maroc, là où les choses se sont passées dans la légende, part sur la recherche de cette histoire d'amour par la reconstitution via une idylle entre un berger et une fille d'un homme riche. Ce dernier refuse la main de sa fille au berger, bien entendu. Mais comme on le dit souvent, «ceci n'est qu'un prétexte» et si le réalisateur avait continué à scruter cette histoire dans des décors naturels marocains somme toute très charmants, il aurait raté le point central de ce film. Mais ce point, sur lequel Hakim Belabbès semble insister, est surtout d'ordre linguistique : dans le monde arabe, on a du mal à exprimer nos sentiments même si on en a des bons... Les mots nous échappent, la honte et le regard impitoyable de la société nous scrutent... Le discours qui semble anéantir l'envol de nos sentiments semble se résumer à cela malheureusement pour une femme : «Ma virginité est tributaire de l'amour que je porte pour un homme et qui doit finir par m'épouser "et pour l'homme" il faut beaucoup d'argent pour se marier». Le mariage et son spectre effrayant demeurent la dent malade de nos sociétés et toute velléité émanant de Cupidon est inévitablement vouée à l'échec. Il y a ce constat qui tombe comme un couperet et qui semble dire que d'une génération à une autre, et ce, depuis « » et « ». Le monde arabe demeure l'esclave d'une espèce de sort qui lui a été jeté. La délivrance ne semble pas proche!
L'originalité de ce film, présenté dans le cadre des JCE, tient aussi de son genre. En effet, il s'agit d'un genre hybride entre la fiction et le documentaire (sans être un docu-fiction) et qui fait des délimitations classiques. Le réalisateur déclarera : «J'aurais pu faire une histoire des plus simples qui obéit aux canons du genre, mais ce n'était pas mon objectif : le cinéma est aussi un espace d'essai où chacun apporte un peu du sien». Le film aura eu le mérite de nous confronter à la question : qu'est-ce qu'il y a après le documentaire et la fiction.


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