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« Douira ou M'ra »...raccourci fantasmatique des sans papiers ! Pas qu'eux
Publié dans Leaders le 26 - 07 - 2011

Sans papiers et bénévoles associatifs apprenons aussi à nous connaître. A force de présence, de partage de l'adversité, de quotidienneté faite d'espoirs et de désillusions, une réelle complicité s'est construite. Elle continue à se forger paradoxalement en dépit des non-réponses à leurs demandes, au travers de moments furtifs d'échanges d'idées, de « rires rageurs » ; soulignant l'attitude inique des autorités françaises ou la vacuité de la diplomatie tunisienne.
Nous ne cessons d'entendre ces derniers temps cette simple petite phrase qui résume bien toutes les espérances -en condensé- du reste du petit groupe de sans papiers, -certains ont renoncé, d'autres se sont évaporés dans la nature-,… « Douira ou M'ra ».
« Douira » dans le sud tunisien signifie « petite maisonnée », quant à « M'ra » il désigne -à force de pudeur difficilement dissimulée- la compagne, celle avec laquelle « on va vivre ».
Cette simple petite phrase, nous a questionnés… au point de décider de vouloir en écrire quelques lignes.
De proche en proche nous en sommes arrivés le plus naturellement du monde à évoquer la vie, nos vies, celles faites, celles à faire.
A quoi peut-on rêver quand on a 25-30 ans et que l'on vient de zones déshéritées où l'on a laissé sa famille et ses proches… simplement: à Douira ou M'ra….disent-ils.
Evitant de tomber dans une réflexion psychanalytique ou philosophique digne du café du commerce, on est toutefois surpris puis saisi par la fulgurance de l'image, le condensé explicite d'une recette du « bonheur », d'une fin et des moyens indissolublement réunis.
Ce simple énoncé renferme, -selon eux- toutes les contradictions de leurs « vies » et les conditions mêmes de leurs dépassements. Ils disent « cette vie là » nous a toujours été refusée.
La Tunisie d'hier nous a enfermés dans une logique « solvabilité monétaire » précarisée. Nos formations imparfaites, parfois diplômes à l'appui, ne nous ont « ouvert » aucun des présupposés de l'ascenseur social. Au pire un chômage de longue durée, au mieux un emploi précaire sous rémunéré. Entre les deux, parfois aussi quelques « petits boulots » illicites permettant de joindre les deux bouts.
Leur constat est amer : « pas de revenus récurrents, pas d'alternative ».
La moindre rémunération était irrémédiablement et immédiatement engloutie dans les besoins d'une « économie familiale », en déliquescence elle-même et en désespérance …
Comment appeler cela, au total….. la « survie » et pas la « vie »
Les interprétations qu'ils font des échos qui leur parviennent du pays ne les rassurent guère :
Les élections à la constituante…oui mais cela ne donne pas de quoi vivre.
Une « aide aux plus défavorisés » donne certes de quoi voir venir pour quelques uns.
Le G8, le plan de développement sont des abstractions bien trop éloignées de leur perception concrète de « l'ici et maintenant », ou de leurs transcriptions en retombées pour eux mêmes.
Ils disent avoir entendu parler vaguement d'autoroutes laissant auguré d'une création d'emplois, -sans aucun doute la bienvenue- mais temporaire…et puis nous n'avons pas de voitures ou de véhicules utilitaires…pour qui ces autoroutes ?
Rien, pour l'instant qui permet d'échapper durablement en étant sûr de ne pas être rattraper par la spirale de « l'assistanat » et des « petits boulots ».
Eduqués certes, instruits surement pas…disent-ils.
Cependant ils intuitent. La politique n'est pas qu'affaire d'expertise, et certains se jettent et lancent : des logements, un programme d'habitats.
Cela ressemble à une réponse implicite, à une formulation de propositions en creux sans force d'argumentation à un phénomène presque surgi de nulle part celui de la subite et massive prolifération de l'habitat anarchique et illégal.
Illégitime, aura répondu très rapidement le gouvernement, en éradiquant un certain nombre d'entre eux à la force de bulldozers. Certes, mais problème reste entier.
Ils disent …une maison à loyer modéré, en accession à la propriété…serait l'amorce d'une reconquête de nos « vies », mais aussi une réactivation du tissu économique local…l'habitât, l'eau, les activités autour…
Peu, sauf à croire qu'il existe une mémoire collective, certains ont connaissance d'un fait historique important pour ne pas dire « majeur » mais rapidement évanoui et oublié :
Les 200.000 logements sociaux voulus par le gouvernement moderniste de Bourguiba et de son gouvernement. Le programme dut être abandonné bien avant son achèvement, pour des raisons que nous n'évoquerons pas ici.
Les premières tranches avaient commencé à être inaugurées dans ces années 60 à grand renfort de « publicité », largement médiatisées, autant qu'elles pouvaient l'être par la Satpec….sur les écrans de cinéma… et qui sans nul doute ont marqué les esprits…tout autant qu'elles ont apporté un réel « mieux être » à plusieurs dizaines de milliers de personnes.
Symbolique dérisoire ? Pas si sûr. Il y avait déjà là une idée de bon sens, certes avortée, mais qui mérite d'être recreuser aujourd'hui.
Alors pourquoi pas un vaste programme de logements sociaux ?
Mais insistent-ils, nos conditions d'existence, à la différence, de nos parents ne sont plus déterminées et calées sur des activités vivrières traditionnelles, de la pêche, de la petite exploitation agricole ou pastorale, de l'artisanat séculier, et des échanges de proximité.
Désormais ces conditions, -« Travailler et vivre au pays »-, sont façonnées, rythmées, dictées par les exigences de la « solvabilité monétaire », qui ne prend le plus souvent qu'une seule forme désormais dominante: celle du « travail salarié ».
Or sans « salaire » digne et durable: pas de vie, décodons: pas de femme…rien qui ne puisse permettre de fonder un foyer, de sécuriser et pérenniser une vie de famille.
Un possible grand programme de logements populaires décentralisé sur lequel nous aurions une prise…. Nous sommes presque tous dans le bâtiment !!!
Nous voulons prendre date, rajoutent-ils pour conclure provisoirement: Nous « crevons » de ces emplois, de cette politique d'emplois….qui n'en sont pas…que du précaire « déguisé »…du travail …pas des emplois.
Tout est dit…ou presque ! Mais force est de constater que l'imaginaire populaire pourrait bien accoucher d'idées bien plus fécondes qu'il n'y paraît au premier abord.


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