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Le rêve nomade d'Isabelle Eberhardt
Histoire recommencée d'une femme d'exception
Publié dans Le Temps le 10 - 03 - 2010

« Nomade j'étais, quand toute petite je rêvais en regardant les routes, nomade je resterais toute ma vie, amoureuse des horizons changeants, des lointains encore inexplorés. »
À l'inverse de nombreux écrivains de la période coloniale aujourd'hui oubliés, Isabelle Eberhardt (1877-1904), peu connue de son vivant, bénéficie d'une gloire posthume, en raison sans doute de la fulgurance de son destin et la singularité de sa démarche.
Fille d'aristocrates russes exilés, née à Genève en 1877, Isabelle Eberhardt, grandit dans une famille peu conformiste et libertaire. Elle baigne dans un environnement multiculturel qui nourrit en elle une inguérissable soif de découverte, une passion dévorante pour le monde berbéro-arabe et l'Islam. Elle apprend le Français, l'Anglais, l'Allemand, le Latin, l'Italien et l'Arabe.
Une jeunesse cosmopolite
Loti, Fromentin, Baudelaire sont les lectures préférées de cette jeune aristocrate russe. En 1897, elle accompagne sa mère pour un séjour de plusieurs mois en Algérie. Cette mère, juive d'origine allemande, qui dispose d'une belle réputation d'excentricité se convertit à l'Islam et sera inhumée selon le rituel musulman.
A vingt ans, Isabelle Eberhardt, publie un article à la nouvelle revue moderne intitulé « vision du Maghreb » où elle dénonce le massacre d'un village des Oulad Naïl en Algérie par les troupes de légionnaires et les tirailleurs.
Deux années après, son voyage avec sa mère, Isabelle Eberhardt retourne seule au Maghreb. Elle visite la Tunisie, le Constantinois, apprend suffisamment l'arabe pour se fondre dans la population et se convertit à son tour.
Elle se lie avec un officier des Spahis, Slimène Ehni, musulman et français. Les autorités coloniales suspectent cette jeune fille étrangère aux comportements inhabituels qui se déplace dans des zones qu'elles ont du mal à contrôler.
Elles prennent prétexte d'une altercation où Isabelle Eberhardt est blessée pour l'expulser vers Marseille.
En octobre 1901, Isabelle Eberhardt épouse S. Ehni et acquiert ainsi la nationalité française. Elle peut venir en Algérie sans crainte d'être l'objet d'une autre mesure administrative d'éloignement. Le couple fréquente diverses personnalités, le colonel H. Liautey, l'écrivain pro-colonialiste R. Raudan, l'inclassable Victor Barrucand.
Jusqu'en octobre 1904, pendant trois ans exactement, Isabelle Eberhardt écrit et enquête, notamment pour le journal Akhbar de Victor Barrucand.
A Ain Sefra, siège du territoire militaire du Sud-oranais, sous le pseudonyme de Si Mahmoud, elle enquête sur les exactions de l'armée coloniale française et n'a de cesse de les dénoncer. Elle fait la connaissance du général Lyautey qui lui demande de collaborer, ce qu'elle refuse. Elle est traitée de réfractaire. Ce qui n'empêche pas le général Lyautey de dire en parlant d'elle : «Elle était ce qui m'attire le plus au monde : une réfractaire. Trouver quelqu'un qui est vraiment soi, qui est hors de tout préjugé, de toute inféodation, de tout cliché et qui passe à travers la vie, aussi libérée de tout que l'oiseau dans l'espace ; quel régal. Je l'aimais pour ce qu'elle était et pour ce qu'elle n'était pas. J'aimais ce prodigieux tempérament d'artiste, et aussi tout ce qui en elle faisait tressauter les notaires, les caporaux, les mandarins de tout poil. »
Ses reportages la conduisant aux confins de l'Algérie et du Maroc, et à Aïn Safra encore où elle est saisie par la fièvre. Le jour même de sa sortie du dispensaire, une violente crue emporte une partie de la petite ville. Isabelle Eberhart, 27 ans, fait partie des victimes.
Quel héritage ?
La postérité littéraire d'Isabelle Eberhardt est mal établie.
Son œuvre est éparse. Ce sont quelques nouvelles, des esquisses de roman, des écrits disséminés dans la presse et des carnets, recueillis par Liautey.
L'intervention de V. Barrucand, qui réécrit certains textes, en cosigne d'autres, même si elle a sauvé de l'oubli les fragments de l'œuvre, a contribué à son ambiguïté.
Chaque groupe d'opinion s'est efforcé de tirer à lui le personnage et les écrits.
Parmi les colonialistes, certains présentent Isabelle Eberhardt comme une menace pour la présence française en Algérie, d'autres, comme V. Margueritte, en font une missionnaire de la pensée française en terre d'Islam.
Quant aux militants anticoloniaux, ils ont voulu voir en Isabelle Eberhardt une initiatrice de leur mouvement.
Ces efforts d'appropriation rétrospective importent peu désormais et ils ne doivent plus masquer l'exceptionnelle attitude d'Isabelle Eberhardt.
La question coloniale, telle que nous la posons désormais, n'entre pas dans son propos. Elle raconte son présent sans détour.
Isabelle Eberhardt est écrivain. Une des rares à dépasser les poncifs de l'époque sur l'islam mystérieux et l'islam merveilleux, la générosité ou la férocité arabes… Elle se raconte entre fusion et confusion.


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