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L'Indémodable
Centenaire de la mort de Léon Tolstoï (9 septembre 1828- 7 novembre 1910)
Publié dans Le Temps le 08 - 12 - 2010

Entre les différentes biographies qui lui auront été consacrées, et l'œuvre en soi, gigantesque et sublime que ce grand écrivain a légué, pour la postérité, il y a sans doute une infinité de mondes à découvrir. Et des énigmes, qui ne seront sans doute jamais levées, comme autant d'interrogations sur la complexité d'une œuvre monumentale, qui puiserait sa source dans les angoisses et les tourments existentiels qui n'ont eu de cesse de torturer l'auteur de l'immense «Guerre et paix »,
ainsi que de l'inoubliable « Anna Karénine », jusqu'à le pousser, au soir de sa vie, alors qu'il avait atteint les 82 ans, à quitter sa famille et sa demeure pour partir sur les routes, mener une vie d'ascèse et de dépouillement, persuadé que le seul chemin qui vaille vers la rédemption, c'est celui-là même qui en passe par le sacrifice de tout ce qu'ici-bas vous rattache à la terre, quand votre vœu le plus cher c'est d'étreindre le ciel. L'absolu en somme. Seulement il avait oublié que sa condition d'Homme, fait de chair et de sang, le vouait à la mortalité, quand bien même il en occultait l'imminence. Et c'est ainsi que Léon Tolstoï, né le 28 août 1828 du calendrier julien (9 septembre 1828 du calendrier grégorien) à Isnaïa Poliana, ayant attrapé froid sitôt enfui de chez lui, s'éteignit dans la maison du chef de gare où il avait dû trouver refuge, un certain 7 novembre 1910 à Astapovo.
Faut-il pour autant croire que c'était là une manière de prophète ? Rien n'est moins sûr. Et d'ailleurs ça lui aurait sûrement déplu cette façon de trafiquer le sens de son message, qui était essentiellement une quête éperdue de la vérité en toute chose, même si cela semble utopique et vain pour quelqu'un qui a expérimenté la vie sous toutes ses coutures, avec ses bruits et ses fureurs, avant de décider un jour que cela n'étanchait pas sa soif inextinguible de ce quelque chose d'infiniment grand, d'infiniment précieux, dont il ne pouvait définir les termes, sauf qu'il savait que cela devait être aux antipodes de tout ce qu'il avait connu jusque-là. A savoir, les femmes, une sensualité sauvage, l'alcool, et même les guerres, qui éreintaient alors sa grande Russie, menées par Napoléon 1er, et dont il a dépeint la fresque mouvementée et tragique, au fil de son « Guerre et paix » mais pas seulement, où la vie, l'amour n'ont de cesse de flirter inlassablement avec la mort, sachant qu'il en a expérimenté tous les travers. Mais il avait fait des rencontres, au cours de ses innombrables pérégrinations et voyages, au fil de ses lectures aussi, et il faut bien qu'il se résolve à l'idée que la part spirituelle de son humanité d'homme, elle, avait toujours faim. Alors, quitte à renier toute sa jeunesse, et même une grande partie de sa vie, il tourna le dos à ce qui avait rempli son existence, pour partir dans une autre direction.
Etait-il perdu, manipulé, ou trop vieillissant ? A relire son grand œuvre, l'on peut se rendre compte qu'en vérité, Tolstoï n'avait fait, toute son existence, que tenter de répondre à des questionnements qui ont beaucoup à voir avec cette tristesse métaphysique, qui sans doute le transcendait, mais le rendait également odieux, notamment aux yeux de sa femme Sophie Behrs, de seize ans sa cadette, dont il tomba éperdument amoureux, mais à laquelle le lia une sorte de contrat étrange fait d'amour et de haine, jusqu'à ce qu'un beau jour la haine prit de plus en plus place sur l'amour, en tous les cas pour ce qui le concernait, jusqu'à un point de non-retour qui scella leur irrémédiable séparation, et sa fuite.
Elle avait été sa muse, il paraît qu'elle changea par la suite de visage, puisque même la complicité légendaire du couple insolite, où chacun jetait au visage de l'autre, via journaux intimes interposés, tout leur fiel et ressentiment, ne résista pas à l'usure. Et ce ne sont certes pas les treize enfants qu'ils eurent ensemble, dont certains moururent en bas-âge, qui furent à même de cimenter un amour, perdu dans les limbes d'une vie, vouée à l'écriture pour un génie dans l'ombre duquel, il n'est sans doute pas aisé d'évoluer.
Sans doute faut-il aussi prendre en compte cette fameuse « mélancolie » de l'âme russe, et la rudesse particulière du climat, ainsi que les deuils successifs qui auront marqué sa vie très tôt (sa mère alors qu'il n'avait que 18 mois, son père, tombé en pleine rue, sa tante, ses frères…), et puis sa propre philosophie de l'existence, étroitement chevillée à une certaine morale qui ne prévalait pas alors, contribuèrent sûrement à forger l'édifice d'une personnalité littéraire en marge de toutes les modes et de toutes les conventions, qui influença bien d'autres personnalités par la suite, à l'exemple de Ghandi, qui ne cacha jamais sa fascination, et son admiration pour les idées de Lev Tolstoï, et son sens exacerbé de la justice et de l'équité, qui déroutèrent jusqu'à ses serfs qu'il a voulu libérer, mais qui se méfièrent de son intention, lui prêtant des équivoques qu'il ne soupçonnerait même pas.
Mais Tolstoï n'en n'était pas à une idée pré, révolutionnaire mine de rien, même dans sa manière de concevoir l'éducation et l'enseignement donné aux enfants, puisqu'à sa manière bien à lui, il avait balayé d'un revers de la main tous les vieux préceptes, n'acceptant pas la logique de l'accumulation stérile, quand il suffisait de faire le choix d'une culture, d'un apprentissage, et d'un savoir qui seraient rattachés aux véritables sens de la vie. Et tout ce qui pouvait en fonder la grandeur. Rien que pour cela, pour sa façon aussi, unique et belle, de raconter le destin tragique d'une femme libre et amoureuse, ravagée par la passion, il demeurera éternel.
La grande Russie a eu Dostoïvesky, elle a eu Tolstoï aussi. Cela, il ne faut pas l'oublier…


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