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Les foudres du fanatisme contre les intellectuels
Une nouvelle «Grande discorde» ?
Publié dans Le Temps le 08 - 06 - 2011

• Youssef Seddik descendu en flammes à Djerba pour une conférence ayant pour thème «La religion est-elle une culture ?»
La Maison de la Culture de Houmt-Souk a abrité, dimanche 29 mai, une conférence donnée par le Pr Youssef Seddik ayant pour thème « la religion est-elle une culture ? ». Assistance nombreuse, attentive à tout ce qui se dit. Aucune manifestation de refus, aucun signe de rejet, aucune attitude agressive. Mais des questions pertinentes, des commentaires audacieux, et des remarques de qualité. Y. Seddik a répondu à la totalité des interrogations avec la franchise qu'on lui connaît : ni langue de bois, ni discours dilué dans un sirop d'orgeat consensuel.
Sa démarche était claire : nous interroger sur le degré de connaissance de notre religion, ainsi qu'il est recommandé dans les textes, revoir ce qui nous semblait évident, surtout lire et relire les sourates et les versets dans leur ensemble, habitués que nous sommes à écouter, et apprécier, les psalmodies, sans faire très attention au contenu. Lire et relire pour remettre en cause nos certitudes, ce qui nous paraît avéré, pour mieux approfondir notre relation avec le spirituel, s'immerger encore plus dans le savoir, et donner à cette relation verticale que chacun a avec son Dieu une autre dimension.
Il a par ailleurs explicité le contenu interculturel du texte, soulignant çà et là, des apports linguistiques d'origine grecque et autres, preuves à l'appui. D'ailleurs il a été longuement retenu, hors salle, par des mini groupes demandant des explications, la liste de ses écrits, s'il y a des traductions, des souhaits de nouvelles rencontres, et pourquoi pas des débats radiophoniques ou télévisés avec d'autres personnalités.
Or, vendredi dernier, à Jamâa Escheikh, haut lieu de l'ibadhisme local, mosquée jouxtant la Maison de la Culture, l'imam chargé de guider la prière, de faire le sermon hebdomadaire, et qui n'a pas assisté à la conférence faut-il le remarquer, s'en est pris avec une violence d'enragé à Youssef Seddik, sans le nommer directement, mais insistant sur « le conférencier » du dimanche, le traitant du haut du minbar de « athée », puisqu'il remettait en cause l'existence de Dieu, affabulation totale, et accusation fallacieuse, tous les présents en sont témoins.
C'est un signe, qui s'inscrit dans une suite logique et cohérente d'agressions physiques et verbales contre des intellectuels qui « gênent » par leurs connaissances, leur savoir, leur volonté de faire face et d'empêcher des dogmatiques ignorants d'utiliser les textes sacrés en idéologie de combat, en code de conduite, imposant leurs visions des rapports sociaux, y compris l'exclusion de certaines traditions alimentaires, ou des cérémonies familiales.
Rappelez-vous les agressions subies par G. Naccache à El Teatro, Nouri Bouzid frappé à coups de barre de fer et condamné à recevoir des balles de Kalachinikov par un rappeur devenu militant islamiste, des meetings de femmes perturbés, et d'autres agressions de toutes sortes, et bien sûr les « fatwas » contre Sawsen Maâlej ?
Tant d'ignorance
Ce jeune imam, a-t-il seulement entendu parler de Jamel Eddine Al Afghani, de Mohamed Abdou, de Ali Abderrizq, de Nasr Hamed Abou Zid, de M'Hamed Imara, de Mahdi Amel, de Hassine M'Raoua, pour ne citer que ceux-là, tous commentateurs et érudits en la matière, allant beaucoup plus loin que ce qu'a dit Seddik à Djerba ?? Faut-il effacer de notre mémoire l'apport de Aïcha, dans les cercles de discussions en présence du Prophète ? Et Rabaa El Adaouiya ? Faut-il jeter aux oubliettes les précieux écrits de Mohamed Tahar Ben Achour ? De Fatima Mernissi, de Jacques Berque, Henri Corbin et Maxime Rodinson ?? Faut-il faire un énorme autodafé de tout cela pour nous rappeler l'incendie de la Bibliothèque de Baghdad et les feux de joie des nazis brûlant les livres jugés peu conformes à leur vision ? Qu'il commence d'abord par s'instruire autrement qu'à travers ces 270 chaînes satellitaires qui diffusent la haine et le fanatisme, qu'il dise autre chose que les quelques versets répétés en boucle, les quelques hadiths appris sur le tas, sans les placer dans leurs contextes historiques et sociologiques, qu'il utilise comme des recettes de cuisine, à chaque sermon, pour allonger chaque jour, et répéter à l'infini, la liste de ce qui est « haram ».
Saura-t-il expliquer à ses ouailles ce qui fait la différence entre les rites Malki, Hanafi, Hambali, Chafeï ? Ou effacera-t-il tout cela par une insipide réponse du genre « des différences de détails sans importance », qui prouvera un peu plus son ignorance de l'histoire et de la théologie. Saura-t-il expliquer la Shiaa Al Imamiya, la Shiaa Al Ismailya et la Shiaa Zeïdanya ?? Sans entrer dans les détails des Alaouyines et autres branches. Saura-t-il traiter de façon compréhensible les désaccords entre El Wahabiya et les Noukkars, dans le rite Ibadhite dont il se réclame ??
C'est juste un élément d'une sorte de secte qui veut accaparer le monopole de la religion au niveau local, de se promulguer seuls tenants de l'exégèse, des rites, et de se proclamer les dépositaires de l'ibadhisme dans l'île. A-t-il oublié si vite, l'héritage, oral et écrit, des cheikhs Boumessouer, Barouni, Gouja ? Faut-il passer à la trappe les prestigieux manuscrits et documents uniques des bibliothèques Barouni et Bessi, qu'on vient consulter de Oman, Ghardaya, Ghadamès, Agadir ? Qu'il aille d'abord apprendre pour pouvoir se mesurer. C'est tellement facile de jeter l'opprobre, l'anathème, de coller une étiquette, pour ensuite promulguer une fatwa et justifier toute violence à venir! Mais son cas relève plus de la rage fanatique que de la polémique rhétorique et théologique.
Cacher ainsi son ignorance en jetant l'anathème sur Seddik, et bientôt sur Charfi, Talbi, Jaït, Olfa Youssef, est l'arme des faibles. Cet imam, celui ou ceux qui le manipulent, auraient mieux fait de venir affronter l'orateur, lui montrer qu'il se trompe, qu'il dit des contre-vérités. Or l'imam habituel du vendredi était bien présent à la conférence. Il délègue l'attaque à un deuxième couteau. Une démarche de couardise. Une démarche plus pernicieuse, plus venimeuse encore : non seulement elle sème la discorde (Al fitna) en proférant des grossièretés dans un lieu sacré du haut du minbar un vendredi, lieu d'où on pousse à la clémence , à la concorde, à la fraternité et à la paix, mais elle a surtout pour but d'avertir que la Maison de la Culture locale ne doit plus abriter de telles manifestations !!! Faudra-t-il bientôt demander l'aval de cette « autorité » pour pouvoir débattre d'un sujet ? L'espace national sera-t-il interdit à tous ceux qui ne sont pas dans la « ligne » ? Bientôt, être juif, chrétien, évangéliste, bouddhiste, agnostique, athée, ou mécréant, tel que le permet le Coran, ne sera plus toléré et que s'interroger sur « ma waraa al arch » devient une attitude condamnable, pire, de l'athéisme caractérisé, donc passible de mort, selon des personnages de cet acabit.
Heureusement, des personnes présentes à cet haineux prêche, et ayant assisté à la conférence, ont protesté à la fin de la prière et lui ont fait savoir ce qu'ils pensaient de ces méthodes. Les intellectuels, les femmes, les jeunes, chacun à sa façon et tous ensemble, feront face à ce fanatisme, et répèteront à l'infini le célèbre mot d'ordre : No Passaran !!
Fatah THABET
bouda [email protected]
Belguessem [email protected]


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