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Ouverture d'une enquête par le parquet sur les dépassements éventuels des journalistes
Liberté de la presse et droits de l'enfant
Publié dans Le Temps le 07 - 04 - 2013

Le droit de s'exprimer est la base de tout régime démocratique en vertu duquel, tous les citoyens sont en mesure de clamer haut et fort leurs suggestions et émettre leurs avis sur tout ce qui touche à l'intérêt du pays d'une manière générale. La démocratie n'est-elle pas la gestion politique du pays par le peuple ?
Jadis en Grèce tout le monde se réunissait sur la colline du Pnyx, avec les gouvernants pour discuter des affaires de l'Etat, et exprimer leurs différentes opinions.
A l'Aube de l'Islam, les fidèles pouvaient s'enquérir de tout avec le Prophète qui se réunissait avec ses compagnons, et discuter des questions qui préoccupaient la nouvelle société islamique. Les grandes décisions concernant les affaires de la communauté, étaient le fruit de la concertation « Achoura ».
Les moyens d'expressions s'étaient au fil du temps développés, mais elles étaient tributaires de l'attitude des gouvernants. Les despotes avaient étouffé l'expression , par tous les moyens.
Le monde musulman avait oscillé entre la liberté d'expression et l'étouffement de la parole par tous ceux qui avaient gouverné en dictateurs.
Les exégètes du Coran avaient pu s'exprimer à un moment de l'essor de la culture arabe et islamique, où l' « Ijtihad » ou effort d'interprétation était permis.
Cependant avec la montée des extrémistes, la porte du Jihad a été fermée, et avec lui celle de la liberté d'expression.
En Europe, ce sont les philosophes de la lumière tels que Voltaire ou Beaumarchais, qui ont parlé liberté d'expression en tant que droit universel.
Il faut attendre la Révolution française pour que plusieurs livres et journaux puissent voir le jour.
C'est donc l'expression écrite qui a permis à exprimer les idées et les opinions et les développer, et ce que ce soit dans le monde arabe, surtout à partir du 10ème siècle, ou en Europe notamment après la révolution de 1789.
La consolidation de la liberté de la presse a pu se réaliser en 1881 en France, stipulant que l'imprimerie est désormais libre.
Arme à double tranchant
Dès lors le combat pour la liberté d'expression a commencé, pour se heurter à des obstacles de différentes natures, suivant les régimes en place et l'attitude de ceux qui détiennent le pouvoir.
En effet ceux qui agissaient au détriment de la liberté d'expression, usaient de tous les moyens ^pour sévir au nom de l'atteinte à l'ordre public, à la vie privée ou à la dignité individuelle, ou encore l'atteinte au secret professionnel.
Les contrevenants à ce titre, se retrouvaient empêchés de s'exprimer, et leur journal sur lequel leur article est paru, saisi, et ce, outre les différentes inculpations de droit pénal dont ils pouvaient être l'objet.
Cela dit l'écrit, que ce soit à travers le livre ou le journal, a été et restera toujours, le moyen de combat le plus efficace contre les abus, et les injustices.
Le dilemme de la vérité
La presse s'est de plus en plus développée, et les professionnels des médias écrits ou audiovisuels, s'attèlent en principe et dans toute information, à la recherche de la vérité. En effet, détourner la vérité est un délit en soi. Surtout si le but recherché est le coup médiatique et non la bonne information. La fausse information risque en effet de dérouter.
C'est la raison pour laquelle, dans les régimes démocratiques où la liberté d'expression est en principe garantie, des lois spécifiques ont été promulgués dans le but de mieux protéger la liberté de la presse tout en établissant des garde-fous, de manière à ne pas atteindre à la liberté des autres.
Car il ne s'agit pas de dire la vérité seulement. Il faut également se garder de ne pas dépasser les limites que tout journaliste doit respecter afin de ne pas nuire à la dignité et à l'intégrité d'autrui.
En effet le fait de dévoiler certaines vérités risque de porter atteinte à la vie privée de celui qui est concerné par l'information. De ce fait certaines informations de ce genre sont interdites et peuvent constituer des délits de presse voire de droit pénal.
Journalisme d'investigation et vie privée
Dans certaines affaires le journaliste d'investigation peut-il aider à la recherche de la vérité sans pour autant porter atteinte à la vie privée des personnes ?
La question est d'autant plus délicate que les problèmes auxquels peut s'exposer le journaliste sont tributaires de la conjoncture sociale et politique du moment.
Dans les régimes démocratiques, un journaliste qui pousse très loin ses enquêtes pour dévoiler le rythme de vie d'un élu du peuple ou d'un responsable politique, ne commet pas pour autant une ingérence, si l'intéressé est soupçonné d'abus de biens publics. Dernièrement, les journalistes sont parvenus grâce à certaines investigations dans la vie privée d'un membre du gouvernement, à s'assurer qu'il a un compte en Suisse.
Quid cependant des affaires immorales ?
On se rappelle tous de l'affaire Sheraton- gate, et de toutes les accusations qui s'en suivirent du journaliste d'investigation qui est parvenu quand même à éclairer l'opinion publique sur la vie privée d'un responsable politique.
Quelles sont les limites qui constituent un délit ?
Certaines investigations risquent de nuire à la morale publique du fait de leur caractère choquant pour l'opinion publique.
Parmi ces affaires, le viol des enfants. Faut-il les dévoiler au public ?
Certes il faut que l'information parvienne au public avec des limites qu'il ne faut à tout prix dépasser.
Respecter le sentiment de l'enfant
Dans l'affaire du viol de cette enfant de trois ans, sans discernement aucun, et qui est encore bébé, il ne fallait à aucun prix l'impliquer dans les émissions qui avaient soi-disant pour intérêt de faire connaître cet acte vil commis par un psychopathe. Assurer un suivi pour cette enfant est nécessaire, afin d'essayer de lui faire oublier cet évènement par lequel elle sera marquée toute sa vie. Si elle ne l'oublie pas, elle le refoulera dans son inconscient. Il faut alors lui assurer le contexte psychologique adéquat à cet effet.
Par quel moyen ? Sûrement pas en l'invitant à une émission télévisée pour la harceler de questions à propos de ce qu'elle a enduré.
Elle a déjà été suffisamment interrogée dans le cadre de l'enquête judiciaire.
Il importe de lui procurer le soutien nécessaire avec une prise en main sur le plan psychologique afin de remédier autant que possible à sa situation d'enfant choqué.
Dépassements répréhensibles
Selon l'article 60 du décret-loi 115 de l'année 2011 :
« Est puni de l'emprisonnement d'un à trois ans et d'une amende de trois mille à cinq mille dinars quiconque rapporte des informations relatives à des infractions de viol ou de harcèlement sexuel à l'encontre de mineurs, par n'importe quel moyen et qui a sciemment nommé la victime ou dévoilé des informations quelconques, permettant de l'identifier »
L'intention du législateur est de protéger la victime, notamment si elle est mineure, donc vulnérable.
Certes dans le cas de la petite âgée de 3 ans qui aurait été violée, certains médias audiovisuels l'ont présentée à visage couvert et en présence de sa mère. Sa voix a été camouflée, mais elle a fait part de sa mésaventure publiquement, selon les questions suggestives que lui posait au fur et à mesure le producteur de l'émission, avec toute l'innocence d'une enfant choquée et qui ne comprend rien à ce qui s'est passé.
Cette émission a été regardée par des adultes, et probablement par des enfants.
Cela est de nature à banaliser le crime d'une part, et les parents qui auraient permis à des enfants de regarder une telle émission ont contribué à choquer davantage leurs enfants mineurs. Ce n'est pas de cette façon qu'ils peuvent contribuer à la protection de leurs enfants mineurs.
Il en va de même pour les parents de la victime, qui peut être sous le choc avaient agi de manière inconsciente et sans penser aux conséquences que cela peut entraîner aussi bien pour leur fille que pour les enfants à l'âge de l'innocence.
Certes il ne faut taire de tels abus, mais c'est la façon de les dénoncer qui n'est pas adéquate.
Réaction du ministère public
Le procureur de la République a ordonné l'ouverture d'une enquête concernant les dépassements de certains médias dans cette affaire.
Ceux qui se seraient avérés coupables, peuvent être poursuivis sur la base de l'article précité, ainsi que sur la base de l'article 121 du code de la protection de l'enfant.
Les journalistes concernés ont certainement agi de bonne foi, mais ils auraient manqué vraisemblablement de tact.
Cela entre dans les risques du métier, mais il n'empêche que la liberté pour un journaliste de dénoncer tout abus est sacrée, et comme toute liberté elle s'arrête là où commence celle de l'autre.
François Mitterrand avait affirmé à juste titre que :
« La liberté de la presse présente des inconvénients mais moins que l'absence de liberté »
L'essentiel est d'avoir le sens de la mesure afin de pouvoir faire la part des choses. C'est la règle d'or qui ne s'applique pas seulement au journalisme, mais à tous les domaines de la vie.


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