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Dangereuse recrudescence du travail des mineurs
Exploitation des enfants
Publié dans Le Temps le 17 - 10 - 2013

« En Tunisie, 3 % des personnes âgées entre 5 et 14 ans sont engagées dans le travail des enfants ». Ce constat est confirmé encore une fois par les travaux de recherche et les enquêtes menés dans ce sens.
Pis encore. Les chiffres augmentent d'une année à l'autre. Le taux de cette tranche d'âge qui se trouve dans l'obligation d'exercer un métier à un âge précoce était de l'ordre de 2,1 % selon l'Enquête par Grappes à Indicateurs Multiples (MICS2). Comme de coutume, ce sont les zones rurales qui sont les plus touchées par ce phénomène inquiétant pour dépasser même les chiffres affichés à l'échelle nationale. Interdit par les conventions internationales et la loi tunisienne, le travail des mineurs est encore pratiqué dans notre pays même dans les grandes villes. Interdit par les textes de loi, le travail des enfants en Tunisie remonte à des décennies en arrière. Les statistiques rendues publiques au fil du temps prouvent que le problème va crescendo et touche de plus en plus les petits aussi bien dans le milieu urbain que celui rural, avec toujours un décalage entre les deux zones. En fait, les résultats de la MICS4 récemment publiés démontrent que la proportion des enfants originaires des zones reculées du pays est plus élevée que celle concernant les grandes villes. 5 % de la tranche d'âge 5-14 ans exercent un métier dans le milieu rural contre 2 % seulement dans la ville. Ce phénomène qui gangrène et détruit à la fois morphologiquement cette tranche d'âge a certes des répercussions sur notre capital humain confronté à des défis majeurs en termes de compétitivité et de performance. Au lieu d'être dans une école ou dans un centre de prise en charge, une bonne partie des enfants qui ne dépassent pas les 11 ans passent au moins une heure de travail rémunéré ou 28 heures de travaux ménagers par semaine. Les corvées sont plus dures pour ceux qui dépassent à peine les 12-14 ans. Ces derniers passent au moins 14 heures de travail rémunéré ou 28 heures de travaux ménagers par semaine.
Travail des jeunes filles
Le phénomène ne date pas d'aujourd'hui. Le travail des jeunes filles dans les maisons remonte à des décennies en arrière contre un silence radio corroboré par l'Etat lequel ne manifeste aucune volonté à appliquer les lois et les conventions ratifiées dans ce sens. En 2007, l'UNICEF a présenté un chiffre alarmant pour parler pratiquement de 40000 employées de maison en Tunisie. Une étude menée auprès de 99 employées de maison il y a quatre ans a montré quant à elle que l'âge moyen à la première activité dans ce domaine était à 14 ans dans 30 % des cas et de 15-19 ans dans plus de la moitié des cas.
Exploitation
Cet état des lieux est inquiétant voire désolant, car ces enfants sont les plus souvent livrés à eux-mêmes et font l'objet de toutes les formes d'exploitation aussi bien dans les zones rurales que dans les zones urbaines telles que le Grand-Tunis, où l'on voit tous les jours des jeunes garçons et des filles qui vendent des mouchoirs, des gadgets, des fleurs ou nettoient les vitres des voitures contre quelques centaines de millimes. Ces derniers sont exposés à de grands même très grands dangers sur leur santé physique et psychique. Ils risquent tous les jours des accidents, des blessures sans pour autant oublier qu'ils sont confrontés à la délinquance et à la marginalisation, en plus de l'abus et de harcèlement sexuel. Il est clair que nos enfants font l'objet d'exploitation économique laquelle se définit comme étant l'exposition de ces derniers à la mendicité ou leur emploi dans des conditions contraires à la loi ou le fait de les charger d'un travail susceptible de les priver de leur scolarité ou qui nuit à leur santé ou à leur intégralité physique ou morale. Malheureusement, rien n'est entrepris pour extirper ces petites créatures de cette situation précaire aux conséquences lourdes à court, moyen et long termes. Rien n'est fait convenablement pour préserver notre capital humain. Au contraire, on ne fait que marginaliser davantage cette population victime des accidents de la vie, tels que la perte d'un père ou de la pauvreté et la de violence familiale. Après la Révolution il est devenu très récurent de voir ces petites créatures dans la rue à des heures tardives le soir en train de convaincre les automobilistes à acheter leurs marchandises. Cela se passe malheureusement au vu et su des responsables au pouvoir lesquels ne bougent pas d'un cran pour arrêter ce fléau.


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