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L'ironie pour dénoncer la tyrannie
Aux Editions Jugurtha International: « Littérature animalière chez les Arabes : narration et argumentation » de Samia Dridi Hosni
Publié dans Le Temps le 19 - 10 - 2013

Certes, l'animal a depuis l'antiquité fait l'objet de contes, de fables et d'épopées, comme nous le montrent les mythes et les légendes des peuples anciens. Les Arabes ont ainsi exploité l'animal dans leur littérature et leur poésie avant même l'avènement de l'Islam. De même, la citation d'animaux est fréquente dans le Coran. Les travaux d'écrivains arabes sur ce genre de littérature trouvent leurs traces dans les Fables de la Fontaine qui puisa certaines de ses fables dans le livre d'Ibn Mouqafaâ et dans d'autres récits plus anciens.
Le cheval, le chameau, le lion sont les objets des descriptions des poètes arabes de l'ère antéislamique à travers lesquelles, ils véhiculent des valeurs universelles : le courage, la fidélité, le dévouement, l'héroïsme, l'amour, la gloire… Cependant, les sources fondamentales de cette littérature animalière des Arabes demeurent la Perse, l'Inde et sans doute la pensée de l'antiquité grecque.
Dans ce livre de Samia Dridi Hosni, paru aux Editions Jugurtha international, il s'agit d'une étude de la littérature animalière arabe, un genre littéraire où les personnages sont de la race animale, qui s'est développé à travers des siècles avec les poètes arabes de l'ère antéislamique pour se manifester davantage durant les siècles qui suivront. L'étude porte sur les procédés narratifs et les approches argumentatives dans les différents textes choisis par l'auteur. En effet, le lecteur trouvera dans ce livre une étude consacrée à quatre œuvres captivantes d'écrivains arabes écrites au cours d'époques différentes où les personnages sont exprimés en animaux, qui se comportent et agissent comme des humains, ayant leurs genres de vie, leurs secrets, leurs relations, leurs idées, leurs ruses, leurs stratégies et leurs intrigues… Ces quatre ouvrages sont : « Kalila wa Dimna » d'Ibn El Mouqaffaâ, « Ennimrou w Thaâlabou » de Sahl Ibn Haroun, « Assahil wa Echahij » d'Al Maârri et « Fakihatou El Houkama wa Mofakahato al dhourafa » d'Ibn Arbacha. Ces livres se distinguent par leurs récits vivants, où la narration des faits est claire, détaillée, attrayante et agréable et qui font une large place au discours et au dialogue, souvent sous forme d'argumentation, témoignant ainsi d'une grande précision dans l'observation, non sans une pointe d'ironie ou un soupçon de satire, mettant en cause les mœurs de la société et de la classe politique de l'époque. Souvent même, les situations sont prises avec philosophie et relèvent d'un esprit critique et d'une pensée politique. Pleines de moralités et de préceptes, ces histoires d'animaux s'adressent ainsi aux humains, à leur intelligence et à leur faculté de jugement, sans compter le goût d'évasion ou de rêverie qu'elles leur procurent. « Je me sers d'animaux pour distraire les hommes », dira Jean de la Fontaine, quelques siècles plus tard.
Vers 750, Abdullah Ibn al-Muqaffa traduit en arabe un livre d'origine indienne (Inde) qu'il intitule Kalîla wa Dimna où il transpose les récits originaux dans un contexte arabe. Les fables y sont insérées dans un récit continu où les deux chacals — Calila et Dimna— sont les principaux protagonistes. Rappelons que ce livre a eu un succès considérable dans la littérature arabe durant tous les siècles qui ont suivi sa parution et peut-être jusqu'à ce jour. Le deuxième livre étudié, c'est celui du poète et écrivain arabe du 9è siècle, Sahl Ibn Haroun, dont très peu d'ouvrages ont survécu. Il s'agit de sa fameuse fable animalière « La Panthère et le Renard » où le didactique et le politique se taillent la part du lion. Le troisième est celui d'Abou Al Ala Al Maârri, « Assahil wa Achahij », (le cheval et le mulet), un conte, à portée politique, mettant en scène des animaux. Les antagonistes se livrent à un dialogue vif et très animé, comme dans une scène de théâtre où la discussion, appuyée d'arguments favorables ou défavorables, prend des proportions de plus en plus brûlantes. Le conte comporte d'autres personnages, comme le chameau, le renard et le pigeon. Enfin, l'auteur s'attache à l'étude du quatrième livre intitulé « Fakihatou El Houkama wa Mofakahato al dhourafa » d'Ibn Arbacha, de son vrai nom Ahmed Ben Mohamed Ben Abdallah Damechki. Il s'agit d'un recueil de contes (95 contes), inspirés de la situation politique au 15è siècle, qui mettent en scène des animaux auxquels l'auteur attribue des caractères humains aussi bien dans le comportement que dans la pensée et la parole. Les récits s'adressent aux politiciens et aux gouverneurs, ceux qui détiennent le pouvoir pour les éclairer et les conseiller à travers les contes d'animaux.
Samia Dridi Hosni adopte une démarche identique quant à l'analyse des quatre œuvres. Elle présente d'abord un bref aperçu biographique de l'auteur, ensuite le contexte socio-historique dans lequel son livre est écrit et enfin une présentation plus ou moins détaillée du livre en question (ses parties, sa structure narrative, les techniques stylistiques, les intentions de l'auteur…). Une partie à la fin du livre est destinée à un commentaire des différentes techniques de l'argumentation dans l'ouvrage « Assahil wa Echahij » d'Abou Al Ala Al Maârri et des procédés d'écriture puisés dans le texte.


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