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Situation catastrophique à Djerba
Publié dans Le Temps le 08 - 07 - 2014

Au mois d'avril 2012, l'unique décharge contrôlée de Guellala fermait ses portes sur décision des habitants en désespoir de cause et excédés par l'ampleur sans cesse croissante des nuisances, tant olfactives que visuelles, générées par les ordures accueillies, en mal de traitement selon les normes requises. Depuis lors, Djerba, noyée dans ses ordures, prise en otage, suffoque, étouffe, risquant à tout moment d'exploser pour dire sa colère. A Djerba, aujourd'hui, on ne vit qu'au rythme des déchets en mal de gestion, faute d'être transférées, ayant atteint maintenant des proportions alarmantes, jamais égalées auparavant. L'amoncellement pêle-mêle des tonnes de déchets partout où le regard peut mener, croissant de volume jour après jour, et la fumée qui se dégage des nombreux foyers de déchets auxquels on a mis le feu pour parer aux puanteurs constituent le spectacle quotidien auquel ont droit les Djerbiens. Si ce n'est le regard qui est agressé par la vue des déchets multiformes, dégoûtants, couvrant tous les espaces, privés ou publics, c'est aux narines d'inhaler à pleins poumons les odeurs nauséabondes, sinon la fumée nocive qui, entrainée par le vent et la brise, s'impose à l'odorat. Le calvaire de Djerba et des Djerbiens est à son paroxysme, leur désespoir est grand et leur désarroi indescriptible. Un air de désolation pèse lourd sur l'île ; un sentiment généralisé de crainte du lendemain mêlé d'un pessimisme inquiétant, nouveau pour la population, est à l'ordre du jour. De coutume, en pareille période, les esprits sont à la fête, la priorité est à la liesse, à l'accueil de la belle saison, mais cette année, la fête est gâchée, et sur les lèvres il n'y a que désillusion et rage. Combien le cœur peine à voir cette île ainsi réduite, insalubre et enlaidie !
Laxisme et inefficacité de l'administration
Vingt sept longs mois se sont écoulés depuis la fermeture de la décharge contrôlée de Guellala, et rien n'a été fait pour y parer ; les hauts responsables de l'Etat des deux gouvernements Jébali et Laarayed ne venaient à Djerba le matin que pour rentrer à Tunis le soir, sans marquer le moindre point, la moindre réalisation à même de contribuer à soulager les souffrances d'une population, à atténuer son calvaire. Venant les mains vides, ils n'avaient que des propos mielleux à tenir à l'adresse des contestataires pour les amadouer, que des promesses qu'ils savaient hypocritement ne pas pouvoir concrétiser, que des engagements dont ils étaient convaincus qu'ils ne pouvaient s'acquitter. En revanche, ils nous ont donné l'impression qu'ils cherchaient à gagner du temps, qu'ils n'avaient rien à apporter et à proposer, qu'ils passaient maîtres dans l'art de l'improvisation et du tâtonnement. Comment expliquer, sinon, qu'au moment où le ministère de l'Environnement du gouvernement Jébali donnait son accord pour la mise en œuvre du programme pilote de gestion intégrée des déchets à Djerba requis par les trois communes de Djerba avec le soutien de la société civile, couronné par la signature au mois de décembre 2012 de la convention avec la GIZ (la Coopération Internationale Allemande) sollicitée pour appui au programme, la commune de Houmt-Souk recevait au même moment une importante délégation conduite par un conseiller de la présidence du gouvernement Jébali en compagnie de deux promoteurs venus proposer leur produit clés en main de la bio-fertilisation, présenté comme la solution miracle à tous nos maux.
Pourquoi en vouloir aux délégations spéciales ?
Les trois délégations spéciales, face à l'étendue de la crise, esseulées et lâchées par les autorités régionales, n'ont pas démérité à vrai dire. Souvent démunies d'autorité et de moyens dans ce contexte d'austérité et de crise, elles sont parvenues à gérer la situation de l'amoncellement et de la prolifération des ordures et à calmer pour un temps l'ire des citoyens, soit en aménageant des terrains sollicités auprès de leurs propriétaires, pour le cas de Houmt-Souk, et au prix de longs marchandages et des concessions parfois douloureuses, pour les convertir en dépotoirs sauvages, soit pour reprendre de service, pour les cas de Midoun et Adjim, d'anciens dépotoirs aménagés avant la mise en place de la décharge contrôlée de Guellala en 2007 et qu'on croyait à jamais révolus après leur fermeture et leur réhabilitation par « l'Anged » dans le cadre d'une stratégie nationale. La commune de Houmt-Souk, la plus affectée par la crise, a proposé en février 2013 la création d'un mini-centre de tri et de compostage dont la réalisation est estimée à 700 mille dinars, s'imprégnant du résultat de l'étude menée par les experts et les consultants de la GIZ dans le cadre du programme, et qui a permis d'identifier deux scénarii consistant soit à adopter l'approche basée sur le traitement par compostage d'une partie des déchets et la stabilisation du reste et sa mise en décharge, soit à privilégier l'option du traitement basé sur la bio méthanisation associé à une stabilisation et à une mise en décharge. Un accord a été établi au mois de juillet 2013 entre le ministère de l'Intérieur et le Département de l'Hérault qui consent de contribuer à apporter une assistance technique et au financement du projet à hauteur de 150 mille euros à gérer selon une convention tripartite associant la commune de Houmt-Souk, le département de l'Hérault et l'Association pour la Sauvegarde de l'Île de Djerba, chargée du volet relatif à la sensibilisation. Au mois de septembre, la commune sollicite auprès de l'ANEP (Agence Nationale de Protection de l'Environnement) une étude d'impact du projet sur l'emplacement envisagé à Mellita, dépose un dossier auprès de la Caisse des prêts, élabore un projet intégrant le centre de traitement, les cinq points de collecte de la zone touristique en partenariat avec une société privée pour le traitement de l'emballage, et fait signer une convention de gestion du projet par les trois communes et le gouverneur de Médenine. Ayant démarré au mois de novembre 2013, les travaux devaient prendre fin, comme prévu, au mois de juin 2014, parallèlement à la fin des travaux de mise en place des points de collecte de la zone touristique et du programme de formation à réaliser en collaboration avec les experts de l'Hérault. Le tri sélectif, préalable à tout traitement par compostage, ayant déjà été entamé avec beaucoup de succès au niveau de deux quartiers, à Taourit et Mellita depuis le mois de mai 2013, devrait couvrir tout le territoire de la commune à partir de Juillet 2014. Mais, ce beau projet, salutaire à plusieurs égards, risque d'être compromis à son tour par les tergiversations inexpliquées de la Tutelle, et par l'émergence de dernière minute d'un noyau de citoyens bloquant sans droit la poursuite des travaux, emboîtant le pas aux autres qui interdisent depuis peu l'accès à la décharge anarchique aménagée par obligation et en urgence suite à la fermeture de la décharge de Guellala. Résultat : les décharges anarchiques montées de toutes pièces à la hâte sont soumises au bon vouloir des riverains immédiats, le mini centre de tri à Mellita qui devrait servir d'exemple et ouvrir la voie du salut est compromis, la décharge contrôlée à Bouhamed est interdite d'accès aux engins acheminant les déchets provenant de Djerba, pourtant elle n'est exploitée que presque à moitié de ses capacités (dotée d'une capacité de 170 tonnes/jour, elle n'accueille qu'entre 80 à 100 tonnes/jour), ainsi en ont voulu les quelques individus qui se comptent sur les doigts de la main, et celle de Guellala continue d'être hors d'état d'usage depuis sa fermeture dans le sang. Pour la première fois depuis le déclenchement de la crise, les délégations spéciales, qui ne sont pas à en vouloir à vrai dire, sont à cours de solutions, après avoir épuisé toutes les cartes. Les responsables communaux voient la situation empirer, perçoivent le désarroi des citoyens, mais ne peuvent rien faire pour soulager le territoire de leurs communes de ces tonnes de déchets, faute d'espace. Pendant deux ans et plus, l'Etat a brillé par son absence, son laxisme et son inefficacité, se contentant de déléguer ses responsabilités aux communes et de mettre tout sur leur dos. Aujourd'hui, la situation est d'une telle gravité que le risque de l'épidémie est imminent, qu'il n'est plus permis aux hauts responsables de l'Etat de continuer à compter sur les bons services de la société civile qui n'est plus à même d'agir davantage sur les faits, au vu de la complexité de la situation aggravée par l'entrée en lice des considérations partisanes et des enjeux électoralistes malsains.
Quelles solutions dans l'immédiat ?
L'Etat, et personne d'autre, est appelé en toute urgence à intervenir énergiquement pour imposer le droit d'accès aux engins de l'ANGED pour acheminer les déchets de Djerba vers le centre d'enfouissement contrôlé à Bouhamed, en attendant de réaménager le centre de Guellala qui devrait être rouvert pour une durée déterminée avec toutes les garanties de remédier aux dysfonctionnements techniques et aux nuisances signalées. Une vaste campagne de nettoyage de l'île doit être menée, selon un programme et avec des moyens conséquents avec l'implication de toutes les parties prenantes (ministères, collectivités locales, secteur privé, société civile, citoyens). Toutes les initiatives de valorisation des déchets, dont celle inhérente à la mise en place de l'unité pilote de compostage et de création projetée du mini centre de compostage lancée par la commune de Houmt-Souk sont à appuyer et à généraliser de façon à couvrir tout le territoire de l'île. Un programme de communication et de sensibilisation doit être vite entamé, avec le concours de la société civile, visant à rétablir la confiance et le dialogue entre toutes les parties prenantes. A cet effet, il est recommandé de constituer un comité de pilotage chargé de la mise en œuvre de ce programme d'urgence d'action et regroupant des représentants des différentes parties prenantes, appuyé et encadré par une équipe d'experts.
Ce n'est qu'à ce prix que le cauchemar des déchets cessera d'angoisser la population îlienne, que Djerba, enfin débarrassée de son fardeau, retrouvera le sourire et son éclat terni. L'espoir est-il permis ? Aux représentants de l'Etat, donc, de prendre les choses en mains et de peser de tout leur poids pour faire prévaloir l'état de droit sévèrement malmené et bafoué ces derniers temps.


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