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La Tunisie aurait-t-elle un problème de repentis ?
Publié dans Le Temps le 13 - 07 - 2016

Soumis à l'offensive des forces loyalistes montées à l'assaut des jihadistes en Irak et en Syrie, les Tunisiens fourvoyés par milliers, dans les foyers guerriers, commencent à chercher refuge en Tunisie.
Selon les gestionnaires de la Défense et de l'Intérieur, les sécuritaires de mieux en mieux renseignés, gardent l'œil ouvert sur l'éventuelle infiltration d'éléments fichés, recherchés, dangereux et outillés.
Mais, que faire de ces individus mis hors d'usage et désormais acculés au voyage sans billet de retour, ni arme, ni bagage ? Ces revenants pourront compter sur maintes complicités parentales, régionales et, surtout, doctrinales tant les catégories de pensée salafiste imprègnent une large part de la société. Une fois sa mine artisanale enterrée, le jihadiste fond dans l'ambiance de son groupe d'appartenance. Les ratissages recommencent mais autant rechercher une graine de millet empoisonnée dans un plat de couscous tout prêt à se laisser avaler par l'affamé.
L'Italie et l'Algérie eurent à traiter le casse-tête chinois des repentis.
Brigades Rouges et sections armées du FIS inspirent aux autorités l'essai de recourir au subterfuge du repentir.
Brigadiste réfugiée à Paris, Elsa d'El Rey m'expliqua le dilemme des repentis. Par la même occasion elle me présenta Antonio Négri, le « chef théorique de bande armée », ainsi qualifié par la justice romaine, car il n'était pas un poseur de bombes, mais il fut un semeur d'idées.
Le repentir, désaveu de soi par soi, plaque une croix et tire un trait sur la conviction pour laquelle un militant se disait prêt à risquer sa vie.
Autour de lui, ce déni attire la défiance, la méfiance et le mépris.
A la sincérité, il ne concède aucune garantie. Pour cette raison, le repentir ne va pas de soi et presque nul n'y croit. Dans le quartier tunisien d'El Manar, l'épicier, le marchand de fruits, le boucher, le buraliste et le poissonnier me livrent des variations autour de cette réponse: « Le revenu de Syrie se dit repenti pour échapper à la punition mais, au fond, il ne change pas. S'il est relâché, il ira au Chaâmbi ».
Cependant, le fleuriste campé aux abords du Monoprix ajoute un œillet tout blanc à ce bouquet tout noir: « Le jour du jugement dernier, Dieu reçoit chacun d'entre nous, l'un après l'autre, en tête à tête. Il énumère, à découvert, les actions positives de la personne. Il passe, ensuite, aux méfaits (sayettes) mais, seul, dans l'isoloir, avec le pêcheur. Il dit : « Tel jour tu as commis tel péché mais tu t'es repenti (tobt) et aujourd'hui, je te pardonne ».
Ceci est un hadith nabaoui) ».
Au hadith, Mohamed Talbi n'accorde nul crédit. Néanmoins, dans la doxa islamique, le pardon céleste surplombe les affaires terrestres et le mot « taouba » demeure indissociable de l'éthos coranique. Avec la notion de sanction, il hante l'empire du repentir.
Devant ce tiroir bourré de signaux contradictoires, quelle serait la prise de position la moins aléatoire? Le rejet catégorique et l'acceptation systématique du repentir ont à voir avec le pessimisme et l'optimisme.
Pour l'instant règne l'indécidable moment où les uns ont raison quand les autres n'ont pas tort. Car, la vie individuelle et collective n'est ni rose, ni morose, elle tend vers le gris. Nietzche, ce merle moqueur, demandait: « A quoi sert votre orgueil du matin et votre résignation du soir », sinon à rien !
« A égale distance de ces postures, l'une pessimiste et l'autre optimiste, le scepticisme, position de recherche concrète, soumet la question du présumé repenti à l'examen approfondi. Dans ces conditions équilibrées, le juge, sévère ou miséricordieux, arpente la voie déjà suivie par Dieu. Ici, comme ailleurs, les interprétations profanes et sacrées avancent côte à côte sans jamais se rencontrer.
Depuis l'apport de Bourguiba, et même avant, la Tunisie entière baigne dans ce ni ciel, ni terre. De là, provient la rédaction d'une Constitution où les tenants de l'option charaïque dament le pion aux partisans du choix démocratique.
Si Kant m'était conté, voici la question qui demeure à poser: Comment peut-on imaginer la possibilité d'un pays où coexistent Rached Ghannouchi et Hamma Hammami ? Hélas, ici et maintenant, il ne s'agit plus de raison pure et de logique formelle mais il est question d'une transition bloquée à l'interface de la tradition et de la modernité.
Les jeux sont faits entre l'existence collective et la mosquée lorsque les parlementaires délibèrent. D'ici, j'entends déjà les cris échangés au palais du Bardo, si, aux innombrables questions demeurées en suspens, le reflux des jihadistes ajoutait le problème des repentis.
Outre l'espoir ou l'illusion d'amadouer les enragés, les prisons, déjà pleines à craquer, rajoutent leur pesanteur au plateau de la balance favorisé par les justificateurs du repentir sans pleurer ni rire.
A ce propos, celui de l'éventuel pardon accordé aux revenants est-il si évident que le présumé laxisme soit vraiment derrière nous à l'heure où Belaïd et Brahmi ne trouvent pas encore le repos même au fond de leur tombeau ?
Les deux audacieux militants, l'un cheikh et l'autre marxisant, renouent avec le vent de modernisation soulevé dès le combat livré contre le colonialisme, antichambre de l'impérialisme.
Sourde et aveugle face aux massacres commis tout au long de cette ample transformation des rapports internationaux d'inégalité, la France ose encore parler de « colonisation positive».
Avec ce culot, elle tâche de mener le monde en bateau. Les islamistes ne l'entendent pas de cette oreille. Repentis ou non, ils continueront à percevoir dans l'Oncle Sam, le grand Satan et à fourrer ses complices parmi les seconds couteaux.
Pour autant ils ne sont pas si loin des analystes compétents mais ils emploient un langage conforme à leurs normes.
Et cela quand bien même le caniche génocidaire se dit, aujourd'hui, repenti.
Kh.Z


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