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«On a l'impression de vivre dans une désillusion totale. Il existe une dépression nationale»
Publié dans Le Temps le 31 - 07 - 2016

Infinie passionnée du théâtre et du pays, Leila Toubel est l'une des figures phares du monde théâtre tunisien. Aux côtés de feu Ezzedine Gannoun, Leila Toubel a fondé l'une des légendes du théâtre tunisien ; espace El Hamra.
Toutefois, et plus d'une année après la disparition de Gannoun, Leila Toubel fait l'objet de quelques campagnes de dénigrements qui sont allées jusqu'à toucher sa propre personne.
Au cours de cet entretien, Leila Toubel est revenue sur l'affaire en détails avant de nous dévoiler ses lectures des dossiers les plus brûlants de l'actualité politique et autre du pays
-Le Temps : Que gardez-vous des vingt-cinq années que vous avez passées à El Hamra aux côtés de feu Ezzedine Gannoun ?
Leila Toubel :Je garde cette relation artistique d'une grande complicité avec feu Ezzedine Gannoun. Je garde de ces vingt-cinq années l'homme honnête, le créateur qui se remettait en question tout le temps, l'homme de théâtre qui n'était jamais satisfait. Je garde en tête l'amitié qui existait autour du rêve artistique.
Il y avait beaucoup de respect dans le sens où je n'étais pas que la comédienne ou la dramaturge, j'étais aussi l'administratrice de l'espace. J'avais toute l'administration à ma charge. Pendant vingt-cinq ans, personne n'a osé dire un seul mot de travers sur Leila Toubel.
Je ne regrette pas toutes ces années passées à El Hamra malgré tout ce qui m'arrive aujourd'hui parce que j'ai partagé tout ce temps et j'ai donné mes plus belles années à ce théâtre et au rêve d'un homme. Je ne le regrette pas parce que je l'ai fait avec un homme intègre et honnête.
-Aujourd'hui, que cet homme n'est plus parmi nous, vous êtes ciblée par une campagne de dénigrement. Que s'est-il passé ?
Je ne sais pas et j'estime que je ne suis pas concernée. Loin de moi l'idée d'entrer dans une guerre médiatique parce que cette dernière n'a aucun sens. Quand mes droits ont été bafoués, je suis allée là où il faut aller dans ce genre d'affaire, c'est-à-dire devant les tribunaux. Mon nom a été enlevé de la pièce ‘Monstranum'S' dont le texte est le mien ; j'ai donc averti les concernés du fait qu'ils ne peuvent pas faire le spectacle sans l'autorisation de son auteur.
J'avais juste demandé à ce qu'un courrier officiel me soit adressé afin que je puisse donner cet aval. J'avais même précisé que je ne demanderai aucune rémunération matérielle. J'avais dit que j'aurais honte de récupérer de l'argent d'El Hamra après le départ d'Ezzedine Gannoun.
Malheureusement, ils avaient estimé que je ne pouvais rien face à eux et ils ont foncé. Du coup, j'ai livré mon sort entre les mains de mon avocate et la justice a fini par me donner raison. En novembre 2015, la pièce ‘Monstranum'S' a été interdite.
Je n'ai pas médiatisé l'affaire et je n'ai pas, alors que c'est mon droit, intenté un procès dans le but de récupérer un dédommagement matériel. Durant le mois de mai et pendant que j'étais à Paris, je suis tombée, par le plus grand des hasards, sur l'annonce d'une présentation, au festival Avignon-Off, de ‘Ses monstres à lui'.
En allant voir sur le site officiel du théâtre des Carmes, j'ai fait le constat amer de voir que ‘Ses monstres à lui' a usurpé tous les matériaux propres à la pièce ‘Monstranum'S' ; le synopsis, les photos et, surtout, les articles de presse.
Sans rien attendre, j'avais tout de suite porté plainte à cet effet. Là, il s'agissait d'une plainte pénale puisqu'il existe une falsification de trois articles de presse, La Presse, Kapitalis et Tekiano. Les articles en question ont été carrément modifiés (on a enlevé mon nom en le remplaçant par celui d'Ezzedine Gannoun et on a remplacé ‘Monstranum'S' par ‘Ses monstres à lui').
Après les avoir falsifiés, on a envoyé ces articles aux sites officiels du festival d'Avignon et celui du théâtre des Carmes. J'étais scandalisée, vraiment. Comme toute personne qui respecte, ne serait-ce que la mémoire d'Ezzedine Gannoun, je me suis dirigée vers la justice sans lancer aucune action médiatique. Je n'ai même pas contacté les journaux concernés.
El Hamra a été saisi mais personne ne s'est manifesté lors du procès. Le jour du verdict, le directeur de l'espace a fait le déplacement pour signer le jugement. Ils ont préféré, par la suite, mener une campagne contre moi sur Facebook. Le 14 juillet, la veille de l'annonce du verdict, ils ont publié un communiqué où ils ont annoncé qu'ils allaient présenter un hommage à Ezzedine Gannoun au festival Avignon-Off.
Or, il n'y a pas eu un seul mot en hommage à Gannoun parce que, tout simplement, toute l'histoire n'était que pur mensonge. On a présenté ‘Ses monstres à lui' comme étant la dernière création d'Ezzedine Gannoun datée de 2016 alors qu'il nous a quittés en mars 2015. Il n'y a pas eu, sur les sites officiels, aucune référence à ce supposé hommage.
Etant donné que je dispose d'un verdict qui interdit la présentation de la pièce, mon avocate a lancé les procédures nécessaires afin d'en faire pareil en France. C'est à partir de là que la rumeur comme quoi j'aurais fait saboter un hommage à Gannoun en France a commencé à circuler. Je ne voulais pas du tout arriver à cette guerre mesquine...
Mon histoire commune avec Ezzedine Gannoun ne regarde personne aujourd'hui parce que ce sont nos vingt-cinq années à nous. Personne n'a le droit de fouiller dans cette histoire et d'en parler aujourd'hui, personne ! Il est désormais dans le boulevard des allongés, il ne peut pas parler, il ne peut répondre et je trouve que tout ce qui se fait n'est pas à l'encontre de Leila Toubel... Parler au nom d'une personne décédée, je crois qu'il n'y a pas pire que cela.
-Est-ce que cette affaire nous donne un aperçu de la réalité du théâtre tunisien aujourd'hui ?
Non. Je pense que c'est peut-être une affaire importante en relation avec les droits d'auteur en Tunisie. Aujourd'hui, nous disposons de lois claires et nettes qui ne contiennent aucune ambigüité par rapport à la récidive. La loi est claire. C'est bien qu'une affaire pareille soit traitée afin que l'on sache que nous avons des droits aussi bien en Tunisie qu'à l'étranger. Notre pays est signataire de la convention de Berne pour la protection des œuvres littéraires et artistiques. C'est pour cela que j'ai dit, lors de la conférence de presse, que dans le pays des droits de l'Homme, la petite Tunisienne que je suis n'a pas de droit et que ma dignité d'artiste et de citoyenne est beaucoup plus grande et prestigieuse que le petit théâtre des Carmes et le festival d'Avignon. J'irai au bout de cette affaire.
-Loin de ce dossier, tout le monde s'entend à dire que la scène culturelle tunisienne connaît de sérieuses difficultés. En tant que syndicaliste artiste, estimez-vous que les autorités concernées sont en train de fournir les efforts nécessaires afin d'y remédier ?
Je ne le pense pas. Aujourd'hui, il y a la culture qui est en train de souffrir et de connaître une agonie, en face, il y a une volonté politique qui ne vient toujours pas. On n'est pas dans une conscience mature pour dépasser les slogans sensationnels pour aller vers les solutions radicales et concrètes. Le problème n'est pas uniquement lié aux moyens matériels ; c'est toute une philosophie.
La culture est une vision, un projet, un pays, pour ceux qui ont besoin de croire à cela. Or, cette vision ne peut pas être là tant qu'aujourd'hui il existe des sommes d'argent qui vont dans des projets qui ne peuvent pas aboutir alors que nous vivons au milieu de déserts hérités de Ben Ali. Si l'on souhaite parler de projets culturels aujourd'hui, il faudrait tout d'abord mettre au clair les urgences et les objectifs.
Je prends l'exemple concret de la Cité de la culture qui a déjà coûté des centaines de millions tout en restant fermée pendant des années et qui a besoin d'autres centaines millions pour réparer tout ce qui a été détruit par les années. Pendant que nous vivons l'urgence des jeunes qui enterrent leurs rêves tous les jours. A côté, nous avons vingt-quatre gouvernorats : est-ce que tout cet argent qui sera consacré à la Cité de la culture ne devrait pas être réparti sur toutes les régions du pays ? Est-ce qu'on ne devrait pas investir cet argent pour créer des espaces pour que tous les jeunes de la Tunisie puissent en profiter ? Pourquoi sont-ils récupérés par les islamistes et nous, on continue à les regarder passer leur vie dans les cafés.
-A part la répartition des budgets, si vous étiez appelée à présenter un projet concret pour lutter contre le terrorisme via la culture, vous penseriez à quoi ?
Je pense que tout l'argent qui est consacré à des projets inutiles – le dernier en date est le Sfax capitale de la culture arabe – doit être transformé en moyens au profit des jeunes compagnies. Il faut aider les personnes à sortir de la misère grâce à l'art ; il faut permettre le rêve et l'espoir. C'est notre seul moyen de récupérer ce qu'il faut que l'on récupère aujourd'hui.
-Vit-on une pénurie d'espoir aujourd'hui en Tunisie ?
Absolument. Je suis désolée de le dire, mais oui et c'est la faute aux politiques. Moi qui écris tous les matins un message sur l'espoir pour véhiculer des énergies positives, je reçois des dizaines de messages de certains qui disent ne plus rien espérer de ce pays... Personne n'arrive à convaincre aujourd'hui. On n'a plus confiance, on est fatigué des promesses et des discours insensés. On a l'impression de vivre dans une désillusion totale. Il existe une dépression nationale. Je connais des militants qui expriment, haut et fort, leur désespoir.
-Est-ce qu'un éventuel engagement, direct, de l'intellectuel et de l'artiste dans l'acte politique partisan pourrait alléger cette crise de confiance dont vous venez de parler ?
Je ne pense pas franchement. L'artiste est engagé par nature à travers son art et à travers son implication dans les mouvements citoyens. Il faut toutefois laisser aux personnes ce qu'elles ont à faire.
Quand on est artiste, on a juste un avis à prononcer face aux politiques sans pour autant s'y mêler directement. L'art en soi est un engagement ! Je pense que la politique appartient aux politiciens. On ne peut pas, par exemple, appeler le ministre de l'Agriculture à écrire un texte d'une pièce théâtrale. Le problème, pour moi, est le fait que nous soyons dans une sorte d'aveuglement par rapport aux urgences de ce pays. La désillusion qui touche tout le monde fait très mal.
Durant de longs mois, nous sommes arrivés à voir nos rêves massacrés parce qu'il n'existe pas une réelle volonté pour que les choses changent. Cela nous amène à nous demander, sérieusement, s'il existe une réelle volonté de faire de ce petit et beau pays une vraie démocratie ? Cette même démocratie qui a été payée à coup d'assassinats et de martyrs.
-Ce petit et beau pays est sur le point de voir naître son huitième gouvernement postrévolutionnaire ? Comment évaluez-vous la scène politique et nationale actuelle ?
On ne peut pas construire quelque chose de solide en l'espace de huit mois. Je ne pense pas que nos problèmes soient liés aux personnes. Je ne sais pas si le prochain gouvernement saura trouver les solutions dont nous avons réellement besoin.
Nous avons des problèmes très graves notamment au niveau sécuritaire, social et économique. Est-ce que le fait de changer un gouvernement va faire sortir notre pays de cette crise ? Est-ce que l'initiative du président de la République survenant suite à un échec, parviendra-t-elle à réaliser un réel changement profond ? C'est là la vraie question.
Par ailleurs, n'oublions pas qu'un ministre qui ne connaît pas son sort ne peut pas être dans l'action et risque de bloquer tout le travail de son ministère.
-Dans tout ce chaos, nous continuons à dire que, malgré tout, la liberté d'expression est toujours présente dans notre pays. Cependant, certains expriment de réelles inquiétudes quant au sort de cet acquis révolutionnaire. Qu'en pensez-vous ?
Je demeure sereine et confiance parce que cette liberté ne nous a jamais été offerte ; nous l'avons arrachée avec du sang. Toutefois, cela dépendra de nous. Aujourd'hui, il n'est plus question pour les personnes du quatrième pouvoir de nous dire que la censure les a muselés. Aujourd'hui, c'est un combat qui doit être mené, main dans la main, par les médias, la société civile et les partis politiques. Je demeure donc confiante.
Beaucoup de Tunisiennes et de Tunisiens sont prêts à aller très loin si l'on ose toucher à cet acquis. N'oubliez pas ce qui s'est passé lorsqu'on a voulu et tenté, en 2011, 2012 et 2013, de toucher aux acquis de la femme !
-On termine avec une question évidente pour celle qui signe ses écrits avec l'espoir ; êtes-vous optimiste pour l'avenir proche de la Tunisie ?
Oui, je suis très optimiste parce qu'il y a quelque chose de très important ; les politiques semblent oublier que n'avons que trop d'amour et de rêves pour ce petit beau pays. Le rêve de voir la Tunisie debout, fière et digne. Nous n'avons aucun autre calcul. C'est pour cela que j'ai de l'espoir, beaucoup d'espoir.
S.B


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