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La santé mentale et l'accès aux soins, priorités de Médecins du Monde
Publié dans Le Temps le 04 - 11 - 2016

«Nous les Africains, nous sommes forts ! Nous n'avons pas besoin du soutien d'un psy. D'ailleurs, nous ne souffrons d'aucun trouble et tout se passe bien pour nous. C'est juste que parfois, personnellement, je me sens à bout de souffle. Je craque, je suffoque et le désespoir m'envahit. » C'est en ces termes que l'un des migrants d'origine subsaharienne, résidant actuellement en Tunisie, met des mots sur ses souffrances et sa difficulté de s'adapter à un environnement aussi hostile que hermétique.
La migration reste l'une des transitions les plus radicales dans la vie d'un être humain. Expérience déstabilisante, bien souvent traumatisante, elle est synonyme de perte de repères et de profonds bouleversements. Elle expose l'individu à une grande pression mais aussi à un stress aigu et continu. Le migrant est, d'une part, angoissé par son avenir incertain et d'autre part, rongé par la culpabilité et s'inquiète du sort des êtres qu'il a laissé derrière lui. Tous ces tiraillements et ces conflits intérieurs ne sont pas sans conséquences sur la santé mentale des migrants et engendrent bien souvent des troubles psychologiques. Le risque est d'autant plus accru à cause de facteurs aggravants tels que la discrimination, l'exclusion, la rareté d'opportunités de travail, la violation récurrente des Droits de l'Homme ou encore la violence.
En Tunisie, il est possible de classer les migrants en deux groupes majoritaires, ceux issus de la région Moyen Orient et Afrique du Nord (MENA) et ceux d'Afrique Subsaharienne. Les premiers, principalement originaires de Libye et de Syrie, ont fui les guerres civiles qui ont étripé leurs pays et les deuxièmes sont là pour étudier ou chercher du travail. Forte de son héritage socioculturel, de son vécu et de ses croyances religieuses, chaque communauté présente des spécificités uniques, affiche des besoins distincts et nécessite une approche différente. D'où la complexité de l'intervention des ONG et notamment de Médecins du Monde qui proposent depuis février 2015 une assistance psychologique aux migrants désireux d'être pris en charge. Parmi les principales difficultés rencontrées par l'équipe d'assistance, la confusion faite par les migrants entre le médecin et le psychologue mais aussi leur réticence par rapport à tout suivi psychologique. En effet, nombreux sont ceux qui privilégient un soutien socio-économique à une prise en charge psychologique, assimilée bien trop souvent à un bien-être facultatif.
Prises en charge et ressources individuelles
Depuis la mise en place de son projet « Permanence psychologique » destinée aux migrants du Grand Tunis, le bureau de Tunis de Médecins du Monde a accueilli 65 patients dont des enfants, des jeunes et des moins jeunes. Près de 55% d'eux sont de sexe masculin. La tranche d'âge majoritaire se situe entre 26 et 35 ans. Parmi ces migrants, 43% ont fui les conflits armés secouant leurs pays, 23% sont venus étudier en Tunisie et 17% sont à la recherche d'un emploi. Presque la moitié d'entre eux sont actuellement en situation irrégulière. Chaque mois, Médecins du Monde reçoit un nombre important de migrants dans ses locaux à Tunis, pour divers motifs, notamment économiques, administratifs et sanitaires. Un suivi psychologique est suggéré à tous mais bien qu'entièrement gratuite et parfois urgente, cette proposition est refusée dans 60% des cas. Les sujets ayant accepté de rencontrer les psychologues bénévoles de la Permanence présentent dans près de 50% des cas des troubles dépressifs et dans 14% des troubles d'adaptation. Une fois le diagnostic posé, ils sont orientés vers les services appropriés et pris en charge individuellement jusqu'à amélioration de leur état.
Parmi les méthodes d'accompagnement innovantes également proposées par la Permanence, les groupes de discussion qui réunissent des migrants consultants et d'autres pas. Ces espaces de parole et de confiance permettent de mettre des mots sur les maux et de libérer chacun du poids de ses souffrances. « Mais attention à la victimisation ! », prévient Insaf Charaf, l'une des deux psychologues de la cellule d'écoute et de suivi psychologique. Elle ajoute : « Ce n'est pas en surprotégeant ces personnes qu'on pourra les aider. Il faut au contraire les orienter vers plus d'autonomie et les assister, de manière efficace, afin de mieux s'intégrer. Il faut savoir que chacun de nous porte en lui les ressources nécessaires pour s'en sortir et s'adapter à n'importe quelle situation.»
Chemin de croix
Pour les migrants en Tunisie, accepter de se faire soigner pour des troubles psychologiques ou autres est une chose mais accéder facilement aux soins en est une autre, relevant plutôt de la chimère. Dans une vidéo diffusée par Médecins du Monde lors du deuxième jeudi du plaidoyer, organisé hier à Tunis, quelques migrants ont accepté de parler des difficultés rencontrées lors de leur passage dans différentes structures sanitaires tunisiennes. A 25 ans, Magalie est atteinte du VIH. D'origine congolaise, la jeune fille a eu beaucoup de mal à se procurer les médicaments, assez coûteux, avant de s'apercevoir qu'en tant qu'étudiante, elle avait droit à une assurance et que tous les frais sanitaires étaient pris en charge. Fatma, 52 ans est Libyenne. Originaire de Darna, elle a fui son pays, la peur au ventre vers un avenir incertain en Tunisie. Souffrant d'ostéoporose d'autres maladies, elle a été dirigée vers différents services dans des hôpitaux publics tunisiens. Elle déclare avoir été rabrouée à maintes reprises. « Tu es Libyenne. Tu as de l'argent. Va te faire soigner dans des cliniques ! », lui aurait-on souvent rétorqué d'après ses dires. Egalement originaire de Libye, un migrant d'un certain âge se dira amer du traitement qu'on lui réserve très souvent dans les structures hospitalières publiques tunisiennes. « On nous ignore. On nous crie dessus. On nous traite comme des moins que rien. Pourquoi ? Ne sommes-nous pas des humains ? N'avons-nous pas droit au respect et à la dignité ? » Maman d'un enfant et au chômage, Delphine est tombée enceinte en août 2015. S'apercevant de sa grossesse et manquant de ressources financières, elle a décidé, d'un commun accord avec son mari, de se faire avorter. Elle s'est rendue au planning familial. Les responsables lui ont dit de revenir le lendemain puis le surlendemain puis la semaine d'après et ainsi de suite jusqu'à ce qu'elle dépasse les quatre mois de grossesse et que l'avortement soit devenu impossible car illégal. Elle a dû garder l'enfant mais fait, aujourd'hui, face à de graves problèmes financiers. Anna, elle, est femme de ménage. A la suite d'une échographie pratiquée dans un hôpital public, le médecin a décelé chez elle un kyste et lui a annoncé qu'elle devait subir une intervention chirurgicale. Ensuite, il lui a « gentiment » recommandé d'éviter l'hôpital où elle serait, d'après lui, prise en charge par des stagiaires incompétents. « Tu devrais venir te faire opérer dans la clinique où je travaille également. Cela ne te coûtera que 2000 D. »
Il est clair qu'accéder à des soins efficients, dans la dignité et le respect des patients, est quasi-utopique pour les migrants. Mais faut-il s'étonner quand on sait que plus de la moitié des Tunisiens se plaignent, eux-aussi, de l'accueil et de la qualité des services dans les structures hospitalières. Le problème est donc général et non pas spécifique aux migrants et un travail de longue haleine attend les responsables du secteur de la santé ainsi que le personnel médical et paramédical afin de redorer le blason des hôpitaux et de l'image de la Tunisie en tant que Terre d'accueil et d'amitié.


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