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Exclusif – Tunisie : Othman Jérandi, entre la neutralité de pacotille et la force d'inertie
Publié dans Tunisie Numérique le 03 - 10 - 2013

La neutralité n'est pas une valeur diffuse engageant tout le monde, un habit qu'on porte, aussi sobre qu'il soit, encore moins un refuge de repli derrière lequel on fourbit ses armes. Il s'agit avant tout d'un état d'esprit, d'un style de gestion, d'une quête d'impartialité, de transparence et d'équilibre. En un mot, la neutralité est une culture avant d'être une posture. Dans un gouvernement bien ancré idéologiquement, un ministre appelé à en faire partie sur la base de sa neutralité peut-il s'imposer en tant que tel et s'en prévaloir dans l'exercice de sa fonction et de son mandat? Tout est relatif, tout dépend de l'envergure, de la trempe et de la force morale et mentale de la personne en question. Pour l'un, c'est un principe fort dont il imprègne ses actions. Pour l'autre, c'est un prétexte pour faire la sous-traitance politique, en sous main, et pour adapter son intérêt à l'agenda de ses mentors.
Othman Jérandi, bombardé Ministre des Affaires Etrangères justement sur le critère de neutralité, a été malheureusement l'insigne contre-exemple. Il n'a brillé ni par son équité, ni son recul ni son désintérêt. Pourtant, son investiture a soulevé maints espoirs et suscité moult attentes. Attendu comme un messie, Othman Jerandi a failli sur plein de dossiers, d'où une fournée de bois vert sur son approche, sa prestation, sa gestion, il n'a pu ou su ni mettre un peu d'ordre dans le Département ni redorer le blason de la diplomatie. Il s'est contenté de quelques écrans de fumée et quelques effets d'annonce en guise de plan de travail. D'aucuns estiment que sa force d'inertie n'a d'égal que son déficit de communication.
Le paradoxe, parce que paradoxe il y a, c'est qu'en sa qualité de ministre neutre, Othman Jérandi est en position de force, possède toutes les cartes de pression en main. Le contexte politique tendu lui a conféré suffisamment de marge de manœuvre et aussi et surtout toute la latitude d'imposer ses vues et ses choix sans que la Troïka n'ait le moindre angle de prise pour l'en dissuader ou le contrer. Doté d'un tel levier d'action, aussi robuste qu'imparable, soutenu par la classe politique et la société civile, Othman Jérandi aurait pu forcer la main de quiconque. Politiquement, la Troïka n'étant pas en mesure d'évincer, à mi-parcours, un ministre neutre. S'il avait agi de la sorte, il aurait bénéficié également l'appui de tous les fonctionnaires et agents de son ministère. Malheureusement, pour lui et pour son Département, Othman Jérandi n'a pas eu la lucidité nécessaire pour comprendre cette dimension et utiliser à bon escient le rapport de force. Peut-être bien qu'il ne peut forcer sa nature profonde. Il n'est pas un homme de combat, de confrontation. En cas de bras de fer, au lieu de braver et de relever le défi, il préfère battre en retraite, quitte à y laisser des plumes et des principes..
Sur trois niveaux, il a raté le coche:
Au niveau de la stratégie diplomatique, la politique extérieure n'a accusé aucune dynamisation, aucune réorientation. Le nivellement par le bas a poursuivi son processus. Le même mode opératoire, le même format de gestion. La diplomatie n'est pas désempêtrée de son flottement et de sa dérive ni parvenue à se soustraire de l'inféodation à la Troïka. Les décisions ont manqué de maturité et de clairvoyance comme en témoignent la position plus que suspecte sur le dossier syrien et la posture fébrile et brumeuse à l'égard de l'Egypte, après la destitution du président Morsi.
En outre, Othman Jerandi n'a pas semblé s'offusquer outre mesure de la prolifération de la diplomatie parallèle ainsi que de l'ingérence de ministres dans ses prérogatives dont certains ont pris la liberté d'agir en porte-parole de la politique extérieure tunisienne, confisquant à l'occasion au Ministre des Affaires Etrangères ses propres attributions. Cet épisode est révélateur de la personnalité effacée d'Othman Jérandi. S'il avait affiché, dès le début, sa force de caractère et son intransigeance face à toute intrusion dans son périmètre, s'il avait marqué au départ son territoire et défendu farouchement son espace professionnel, jamais quelque ministre, aussi puissant soit-il, n'oserait franchir le pas et lui marcher sur le pied et sur la plate-bande.
Au niveau des nominations diplomatiques, là également, la notion de neutralité a été une coquille vide, aussi risible que déplorable. En effet, la liste des chefs de poste diplomatique et consulaire, annoncée récemment, en catimini par ailleurs, donne la preuve, si besoin est, qu'Othman Jerandi a regardé, sans sourciller, les rapaces de la Troïka rivaliser de manœuvres pour s'approprier une part du butin. La bataille a été trop rude pour qu'Othman Jerandi donne un coup de pied dans la fourmilière ou puisse taper un grand coup de point sur la table des nominations. Pourtant, il n'est que trop bien placé pour savoir que chaque poste attribué à la Troïka est un poste soustrait au corps diplomatique et que toute nomination politique est une grave entorse aux valeurs de compétence, de mérité et de professionnalisme. Donc, nombre de diplomates de carrière s'en trouvent injustement privés de leur droit d'évoluer normalement dans leur cursus professionnel et d'assumer des responsabilités relevant exclusivement de leur plan de carrière et de la spécificité de leurs corps. En biologie comme ailleurs, un corps étranger est toujours rejeté. Il faut dire qu'en une année, la Troïka a pu placer 7 ou 8 de ses cadres au postes diplomatiques et consulaires, sur une base strictement partisane, au détriment bien sûr des diplomates de carrière.
La liste qu'Othman Jérandi a proposée a été littéralement massacrée, ce qui est en soi un témoignage de désaveu, un signe de manque de confiance et de crédibilité à son égard. De toute évidence, il en est la première victime. Au lieu de défendre mordicus ses choix, ferrailler bec et ongles, ne point lâcher le morceau jusqu'à en obtenir gain de cause, au lieu d'être droit dans ses bottes, toutes griffes dehors, Othman Jérandi a été plutôt dans ses petits souliers, se laissant faire et dévorer tout cru. Le peu de résistance dont il aurait fait preuve aurait été au service de ses amis. Il aurait mis tout son poids pour que seulement son noyau de copains soit conservé dans la liste. Les autres, cela va de soi, n'ont pas le même Dieu et le même ministre. Ils peuvent aller boire à la mer ou se cogner la tête sur le mur.
Pour revenir à la liste des chefs de poste diplomatique et consulaire, dont l'annonce a généré une fulgurante onde de choc au ministère, celle-ci appelle nombre de commentaires dont ci-après les plus significatifs et les plus révélateurs:
Ceci dit, la liste comporte des noms dont le mérite ne souffre d'aucune contestation. Bien heureusement d'ailleurs, ça sauve un peu les meubles et les apparences en tout cas.
Au niveau de la gestion administrative, là les défaillances et les inepties battent leur plein. Othman Jérandi a montré son incapacité à communiquer avec ses cadres, à mettre la compétence au premier rang de sa démarche, concevoir et mettre sur les rails un projet de restructuration, à faire évoluer le département vers un nouveau palier. Il a certes hérité d'un ministère sinistré, déconstruit, rabaissé par son prédécesseur mais il semble qu'il ait voulu joué le statu quo, rechignant à procéder à la refonte tant attendue et tant réclamée. Il est clair que sa personnalité a déteint sur son action. Bref, il n'a jamais donné l'impression qu'il est l'homme de la situation, un bâtisseur, un homme fédérateur et consensuel. Juste un ministre soi-disant neutre, aux ordres, toujours en service commandé. Les exemples sont légions:
En conclusion, voilà les effets directs et indirects de la notion de neutralité telle qu'appliquée et mise en œuvre par Othman Jérandi ainsi qu'un bilan succinct de ses sept mois à la tête du Ministère des Affaires Etrangères. Coincé entre sa neutralité en toc et sa force d'inertie, il semble avoir échouer jusqu'à présent, manquant l'occasion historique de donner à son Département une nouvelle dimension, qui sied mieux à son rang, et à la diplomatie tunisienne un nouveau souffle, dont il a grandement besoin.


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