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Chronique, Le mot pour le dire : Détestable Aberration !
Publié dans Tunivisions le 03 - 12 - 2013

« La Troïka tunisienne est une créature monstrueuse, concoctée par un esprit machiavélique à des fins strictement partisanes. Sa stratégie est d'enrôler un laïc pour éplucher la banane aux islamistes, de sorte que les alliés occidentaux de ces derniers ne puissent pas les accuser ouvertement d'œuvrer pour l'instauration d'une théocratie ». Elie Boujnah, Il était une fois la Troïka, Ed. L'Univers, Paris, 2013, p. 203
Les Tunisiens se trompent lourdement sur le compte de leur président provisoire. La plupart d'entre eux sont enclins à penser qu'ils ont affaire au prototype même de l'homme sans qualités. Ses détracteurs, aussi bien de gauche que de droite, estiment que ce génie de la médiocrité mérite d'autant plus son titre de tartour qu'il semble y tenir vraiment et s'entête à l'assumer de son mieux. Son mérite – le seul qu'ils lui reconnaissent – est de ne les avoir jamais déçus non seulement en accumulant bourdes et gaffes, mais en y mettant, chaque fois, un peu plus de zèle. Voilà pourquoi il est grand temps de réparer une si cruelle injustice et de reconnaître les prestations incomparables du locataire de Carthage et, plus particulièrement, celle d'accoucher des plus invraisemblables des aberrations.
La dernière en date, que d'aucuns considèrent comme un véritable chef-d'œuvre dans le genre, consiste dans le fameux Livre noir (dit également, d'après l'heureuse expression d'un blogueur anonyme, L'ivre noir), dans lequel son excellence s'est plu, en authentique révolutionnaire qu'il s'estime être, de dénoncer tous ceux qui, parmi les journalistes et les intellectuels l'ère prérévolutionnaire, ont contribué à asseoir la gloire du dictateur déchu. Comme on n'est jamais mieux servi que par soi-même, le résident provisoire de Carthage s'est donné à cœur à joie en consacrant plus d'une dizaine de pages à son propre palmarès, du reste le plus fourni de ceux que son bon vouloir a voulu de faire figurer dans ce drôle de florilège. La sagesse populaire voit d'un mauvais œil la mère de la mariée faisant l'éloge de sa fille. Le président provisoire, dont la veine populiste n'est plus à prouver, ne se gêne pas, lui, d'aller à l'encontre de cette consigne de bienséance, et d'en abuser.
Nombreux sont ceux qui s'interrogent sur les raisons qui ont poussé le locataire de Carthage de gratifier son peuple d'un si précieux présent en ce moment précis. Beaucoup le soupçonnent de vouloir s'octroyer un rôle dans un dialogue national qui l'a ignoré magistralement. Le futé président provisoire obtient donc par le scandale ce qu'il n'a pu obtenir par la politique. L'essentiel, pour lui, c'est que la presse nationale et internationale ne l'oublie pas. Il n'y a que le morts qui se font oublier de cette façon, et M. M. Marzouki n'est pas encore mort. Loin de là ! Et il ile prouve avec son inégalable talent ! Depuis qu'il a endossé la tunique – mieux vaut dire le burnous – de la présidence, le « militant des droits de l'homme » semble avoir oublié qu'il a été l'artisan de son propre malheur en acceptant d'être un président moins qu'honorifique. Mais c'est là une autre histoire sur laquelle nous reviendrons une autre fois.
D'autres, dont fait partie le ministre des droits de l'homme et de la justice transitionnelle, estiment que le président provisoire a dépassé largement ses prérogatives en publiant ce document compromettant. En fait, le Livre noir (pourquoi noir justement ?) compromet beaucoup plus son confectionneur que les bataillons de flatteurs – réels ou présumés – dont il cite les noms. Les fouineurs n'ont pas manqué de dénoncer les lacunes éloquentes de ce document et s'indignent que le nom du président provisoire n'y figure pas. Lui aussi ferait partie des encenseurs du dictateur exilé. Un texte serait déjà en circulation qui prouverait suffisamment que l'occupant de Carthage n'est pas aussi « blanc » qu'il le prétend. Pour bien d'autres, les quatre mois de prison que le provisoire qui perdure a endurés sous l'ancien régime ne justifient point la tartine de dix pages qu'il s'est généreusement réservée !
D'autres tunisiens, parmi ceux qu'inquiètent la déliquescence de l'Etat, et de la République dont le provisoire est censé être le symbole, s'indignent de voir le garant de la légalité transgresser allègrement la loi pour soigner son image de marque et s'octroyer ainsi une place de permanent dans la cage dorée qu'il occupe provisoirement. Le « militant » M.M. Marzouki, le champion incontesté de son Livre noir, se permet en effet de bafouer outrageusement la loi républicaine. Ce geste inconsidéré, son prédécesseur, tout dictateur qu'il était, ne l'aurait jamais commis, tout au moins avec un si grand manque de tact. Ben Ali se serait arrangé pour que les formes soient sauves. Ses conseillers lui auraient défendu de commettre un impair si flagrant !
Le résident provisoire de Carthage a, lui, à sa disposition une armada de conseillers (pas moins de vingt-six), de loin plus nombreuse que celle du despote déchu. Ces dignes commis de l'Etat, payés généreusement par les contribuables, auraient dû, en usant de leur savoir-faire révolutionnaire, éviter au président de tomber si bas. Madame Olfa Youssef, que L'ivre noir n'a pas épargnée, n'a pas hésité de rappeler au droit de l'hommiste président qu'il s'est rendu coupable d'un forfait qu'aucun président, avant lui, n'a commis. Après avoir énuméré les innombrables travers de l'actuel locataire de Carthage, elle a déploré qu'un homme, qui occupe un poste si prestigieux, se croie obligé de recourir au mensonge pour rafistoler sa prétendue légitimité. Ni Bourguiba, ni Ben Ali n'ont usé de cet ignoble expédient pour salir leurs opposants.
Madame Olfa Youssef n'est pas la seule à s'être plainte de cette infamie du provisoire président. Nombreux sont ceux qui s'estiment avoir été lésés par cette malheureuse initiative d'un chef d'Etat oisif qui, pour se désennuyer, s'improvise justicier et, tel un Don Quichotte, part en guerre contre les chimères qui peuplent sa tête survoltée de révolutionnaire en manque d'exploits ! L'universitaire Olfa Youssef défie M. M. Marzouki de lui produire les preuves matérielles de l'ignominie dont il l'a injustement accablée. Bien d'autres suivront son exemple et exigeront des explications. Des plaintes ont été déjà déposées, d'autres suivront qui forceront le provisoire de Carthage de publier un supplément qui comblerait les lacunes de son sinistre chef-d'œuvre., faute de quoi il risquerait d'être poursuivi, par ses victimes, pour diffamation.
Tel est le danger de se mettre au-dessus des lois. M. M. Marzouki ferait bien de lire l'entretien, commis par Denis Diderot, dans lequel le philosophe des Lumières (desquelles l'écrivain tunisien, aujourd'hui président, s'est détourné en faveur d'idéaux plus utiles et bien plus lucratifs) rappelle, à ceux qui l'auraient oublié, que la loi n'est pas faite, comme semblent le penser les roitelets des émirats (dont la superficie ne dépasserait pas celle de quelques puits de pétrole) et les roisidents des républiques bananières (issues du prétendu printemps arabe), pour être violée, mais bel et bien pour être respectée par tous, les gouvernants en tête. Denis Diderot, mort il y a plus de deux siècles et demi, est en avance sur le brillant intellectuel tunisien qui s'applique aujourd'hui à présider la théocratie de ses alliés islamistes. Diderot a compris, lui, et l'a consigné par écrit, que la loi ne souffre pas d'exclusive.
Si le président d'un Etat soi-disant révolutionnaire s'estime être au-dessus des lois et agit en conséquence, il est normal que personne, parmi les citoyens présumés de la soi(disant république ne s'estimerait tenu de respecter une loi que son promulgateur est le premier à avoir foulée des pieds ! Le locataire de Carthage serait bien inspiré de prêter l'oreille à ses « détracteurs ». Peut-être comprendrait-il alors pourquoi les portraits de Ben Ali sont redevenus populaires à Sfax et ailleurs. Peut-être comprendrait-il pourquoi un peuple, qui a réalisé une remarquable « révolution », s'est mis, deux ans après qu'il eut commis cet incroyable exploit, à regretter amèrement le tyran déchu !


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