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La co-localisation en Méditerranée :
Mirage ou réalité?
Publié dans WMC actualités le 02 - 12 - 2014

Les échanges économiques, en l'état actuel des choses, saturent. Cette situation ne convient à aucun pays des deux rives de la Méditerranée. Longtemps englués dans un rapport étriqué de sous-traitance, ils n'arrivent plus à tirer leur épingle du jeu. L'heure est venue pour changer de modèle économique, et la sortie ne peut se faire que par le haut.
La colocalisation semble être cet horizon gagnant-gagnant qui conviendrait aux deux. C'est une fatalité, un impératif. Les grandes puissances industrielles y vont. C'est bien ce qu'a fait l'Amérique avec la Chine pendant les années 90 et 2000, et ce qu'elle est en train de faire, en refluant ses investissements vers le Mexique à l'heure actuelle.
C'est cet esprit qui a dominé le séminaire organisé par la CTFCI à l'occasion de son quarantième anniversaire. En ciblant ce sujet fondamental, Foued Lakhoua, président de la Chambre tuniso-française de commerce et d'industrie (CTFCI), fait valoir les atouts de la Tunisie dans une configuration qui engagerait la France en tandem avec la Tunisie pour un projet pilote, en l'occurrence la colocalisation.
Tourner la page de la sous-traitance
Trop court-termiste, la sous-traitance s'est épuisée comme mode de division internationale du travail.
Basée sur un deal avec des ordonnateurs intéressés par les quantités et les bas prix dits “prix chinois“ avec des heures de travail payées un “bol de riz“, la sous-traitance ne nourrit plus son homme. Ce modèle fait plafonner les exportations des pays avancés et sature la croissance pour les pays en développement.
Pour exporter davantage, les pays avancés sont amenés à partager la chaîne de valeur avec les pays émergents pour leur donner du pouvoir d'achat et financer leurs importations. Lâcher du lest sur les industries nobles voilà la solution. La colocalisation est le cadre dédié à cette perspective.
Cette orientation ne se vérifie pas qu'entre pays riches et pays émergents, elle s'applique même entre pays riches. Airbus associe l'Espagne pour la partie faisceaux électriques, l'Irlande pour les moteurs, l'Allemagne pour la Carlingue, enfin la France pour l'assemblage, rappelle Jean-Louis Guigou, délégué général d'IPEMED, observatoire de la Méditerranée et grand prospectiviste ayant l'esprit et les yeux rivés sur la colocalisation.
La loi des 20/40/60
La colocalisation semble être une fatalité historique. Dominique Bocquet, contrôleur général au ministère français des Finances, rappellera la règle édictée par Pascal Lamy, ancien secrétaire général de l'OMC (Organisation mondiale du commerce). Le développement du commerce international a amené les pays avancés à céder une part de plus en plus importante sur la chaîne de valeurs. Auparavant, dans les années 70, ils devaient rétrocéder 20% de leurs exportations en commandes chez leurs partenaires émergents pour leur donner des ressources afin de payer leurs importations. Des années 90 à nos jours, cette proportion a grimpé à 40%. Demain, concède-t-il, elle montera à 60%. C'est inéluctable.
La Chine, pour équiper son transporteur national en Airbus, a exigé d'EADS, société mère, de fabriquer les ailes des avions en Chine. La Tunisie a fait pareil pour les automobiles en exigeant que 50% des prix servent à financer des achats locaux dont bien entendu des composants auto.
Colocalisation et proximité
Définie par Dominique Bocquet comme la production éclatée sur plusieurs sites ou comme la segmentation industrielle des processus productifs, la colocalisation a des exigences. S'il est vrai qu'elle émancipe les pays émergents en les incluant dans les exigences de la technologie, la délocalisation a besoin de supervision. Or cette supervision n'est supportable qu'avec une exigence de process imité. Il faut un rayon d'action de 1.000 à 1.500 kilomètres pas davantage. Et c'est bien ce qui a permis à l'Allemagne de diffuser dans les pays d'Europe Centrale une population de 200 millions d'habitants à qui elle a délocalisé 25 à 30% de sa chaîne de valeurs.
Cet avantage joue en faveur de la Tunisie dans l'hypothèse où la France s'engagerait résolument dans ce process. Les précédents sont nombreux, le rappelait François Gouyette, ambassadeur de France en Tunisie. L'initiative conjointe de Smart pour les IT, en est une. La France a été co-organisatrice du Forum de Tunis pour l'investissement. Un binôme commercial et marchand a fini par être noué entre le CEPEX et son homologue français, UBI France.
Quelles chances pour la Tunisie?
Implicitement, Fayçal Gouya, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, en rappelant que la France est le 1er fournisseur et le 1er client indéboulonnable de la Tunisie, celle-ci entend sceller ad vitam aeternam cette compatibilité entre les deux partenaires faisant de la Tunisie le candidat privilégié pour lancer ce process, en le renforçant et en l'approfondissant. Ce à quoi ajoutera Kamel Ben Naceur, ministre de l'Industrie, des Mines et de l'Energie, l'offre de la Tunisie pour être recevable doit être ciblée et donc offrir un domaine de spécialisation et lui-même privilégie le secteur des industries mécaniques et électriques. Il est nécessaire de ne pas se contenter d'interpeller la France en continu mais que la Tunisie prenne la peine de formaliser des offres concrètes.
Les Tunisiens, en proposant de faire du technopôle de Sousse le laboratoire de la mécatronique, ont pu avancer. Voilà des efforts concrets. Et puis, comme le rappellera si justement Radhi Meddeb, Dg d'IPEMED et DG de Comete Enginering, qui réalise 80% de son chiffre en Afrique, le continent est l'eldorado pour la colocalisation. Le PIB du continent totalise à peine 2.000 milliards d'euros, soit 2/3 du PIB français, cela laisse de la marge.


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