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entre euphorie et désenchantement
Publié dans WMC actualités le 17 - 11 - 2008

Pour marquer la 21ème édition du tourisme saharien, le dynamique staff du ministère du Tourisme a organisé un voyage de presse pour faire le point sur un secteur, plus porteur que jamais et, hélas, encore en «grande souffrance». Certains regretteront les grandes festivités autour de cet événement qui, des années durant, a mobilisé beaucoup d'attention et fait l'objet d'une importante communication. D'autres se contenteront d'énumérer les réalisations, petites et grandes, à tout le moins, concrètes et prometteuses. «Nous avons agrandi la scène principale de l'arène où se tient le festival de Douz», nous déclare-t-on d'emblée. «Nous venons d'achever le réaménageant de deux hôtels à Douz, dans le cadre du programme de reclassement, moyennant une enveloppe de 8,9 millions de dinars», indique-t-on encore. «La région connaît une véritable renaissance architecturale», conclut, de son côté, le président de l'Association de sauvegarde de la Médina de Kebili, alors que l'on visitait en grande pompe, la vieille ville abandonnée, suite aux inondations de 1969.
Un large projet de restauration et d'aménagement y est entamé valorisant «Kebili l'ancienne». Un espace de loisirs y est aussi prévu et l'enveloppe allouée à ce projet présidentiel avoisine les 400.000 dinars. En parcourant, à grande vitesse, les villes et villages de la région, force est de constater que leurs identités sont fortement préservées. Ce résultat est l'aboutissement d'un grand travail de sensibilisation. L'objectif était de permettre aux régions sahariennes déshéritées de trouver, dans le tourisme, une solution à leurs problèmes économiques.
Prendre conscience que la prospérité vient, précisément, de la mise en valeur du patrimoine culturel et du respect des identités et équilibres de la région, c'est très probablement l'un des plus grands acquis pour la zone. En 20 ans, le sud a complètement changé de visage. La richesse est bel et bien là, présente et discrète. Les gigantesques pas réalisés doivent être appréciés à leur juste valeur. Pour mémoire, le tourisme saharien a effectivement amorcé le début d'une nouvelle ère pour la zone.
De ce point de vue, la destination Tunisie a mis à son avantage un atout de taille pour se démarquer des autres destinations balnéaires méditerranéennes et se donner une image diversifiée et multiple. Désert, il faut plutôt parler de Sahara puisque c'est perlé d'oasis, le plus proche d'Europe, la Tunisie est l'une des rares destinations qui peut résumer (une sorte d'abrégé) autant d'écosystèmes différents sur une journée de transport routier. En près de 10 heures de route, on quitte les forêts de chêne liège de Tabarka pour passer la nuit dans une oasis du sud tunisien. On quitte Tunis au matin, avec sa dimension méditerranéenne, orientale et carthaginoise, pour passer la nuit à la belle étoile et savourer l'appel des grands espaces en partant, le temps d'une méharée, pour une immersion totale dans le Sahara.
Aujourd'hui, les attentes et le potentiel de développement sont de plus en plus grands. La situation provoque, de toutes parts, des colères et des ressentiments. L'urgence est d'aller de l'avant pour désenclaver le tourisme saharien. Un véritable objectif à atteindre. L'aéroport international de Tozeur est un bijou, seulement peu d'avions y atterrissent. A ce jour, seulement trois vols directs internationaux réguliers venant de Paris, Nice et Lyon opèrent sur la région. L'annonce de l'annulation a refroidi les ardeurs des professionnels qui avaient fondé de grands espoirs sur la programmation d'un vol direct venant de Madrid. 35% de la clientèle espagnole qui se rend en Tunisie passe par le Sahara. C'est dire combien ils affectionnent ce produit.
L'infrastructure routière s'améliore de jour en jour. Elle est amortie, entre autres, par un parc automobile de 4x4 qui atteint les 500 véhicules. Le nombre d'agences de voyage réceptives opérant sur le sud a quasiment explosé pour dépasser la trentaine. En novembre 2006, le golf de Tozeur a ouvert ses greens: www.tozeuroasisgolf.com. Il enregistre, de janvier 2007 à ce jour, 3.120 greens. Son coût d'investissement est de 8,5 millions de dinars, seulement peu de golfeurs s'adonnent à ce sport à Tozeur. Les uns n'y restant jamais assez longtemps, les autres ne sachant rien de son existence. Le golf est vraisemblablement réduit à être exploité dans le cadre d'une séquence liée à l'évènementiel. Des efforts marketing semblent pourtant fournis, mais les limites de leur efficacité butent sur une programmation aérienne très restreinte. «Nous participons aux salons et foires, mais pour plus d'efficacité, il nous faut des nationalités traditionnellement consommatrices de tourisme golfique», résume M. Fakher Sallem, directeur général du Golf de Tozeur.
A ce jour, le golf enregistre une moyenne de 15 à 20 clients /jour. Comme «pour réparer, il faut parler» et que dans l'exercice de mon métier, il me faut écrire des mots pour nommer les maux, je ne peux au lendemain de mon périple de 24 heures dans le sud, que revenir avec un magnifique souvenir de coucher de soleil, le goût exquis des dattes et constater que ce tourisme est et restera dans les conditions actuelles un tourisme de passage. Longtemps considéré comme un palliatif du tourisme balnéaire. Ses revenus découlent essentiellement d'excursions d'un, deux ou trois jours au départ d'hôtels balnéaires. Dans le cadre de circuit découverte d'une semaine, on y passe deux nuits, tout au plus.
Cette approche ne permet aux hôtels du sud ni d'améliorer leurs services ni leur faible taux d'occupation (34% en 2006). Durant cette dernière décennie, le tourisme d'affaires a trouvé une excellente niche dans le sud et ses potentialités. Le manque de structures et de produits d'animation et de divertissements «étouffe» pourtant la destination. Dans la région, il n'existe ni casino, ni discothèque, ni restaurants de cuisine internationale, ni boutiques de qualité pour un shopping à l'international, ni cinéma, ni théâtre, ni Ulm, ni montgolfière … La liste s'allonge. «Aujourd'hui, réclamer de manger japonais ou thaïlandais, acheter un cadeau griffé dans une boutique de luxe, prendre un apéritif dans un lounge ou sur les dunes de sables où et quand je veux, coule de source dans ma conception détente durant un voyage. Enormément de destinations offrent des possibilités folles. Je repars à contrecœur avec mon argent. J'avais prévu d'acheter mes cadeaux de noël. C'est dommage !», commente M. Yves. Paolino, client individuel italien rencontré à Tunis, le lendemain de son périple dans le sud. Son épouse était plus incisive : «C'est mortel, que voulez-vous y faire plus d'une nuit ?».
LLa capacité hôtelière d'accueil atteint aujourd'hui les 11.000 lits répartis sur 65 hôtels toutes catégories confondues. En 1987, elle n'était que de 3.000 lits. La diversification de l'hébergement est l'un des gros acquis de la région. Les campements touristiques sont en forte progression. Ils sont aujourd'hui plus d'une dizaine. Ils ont su développer une activité régulière et capter des programmes attractifs et originaux. Ils ont inventé un produit proche, dynamique et participatif. Un hôtel et une autre dizaine de campements sont en cours de réalisation pour consolider l'hébergement dans la région et l'étendre à 1.197 nouveaux lits. «Les campements fonctionnent bien. Dès le début de la saison, ils affichent des résultats très satisfaisants», insiste le ministre du Tourisme, M. Khelil Lajimi, revenu la veille du WTM à Londres au cours d'un informel point de presse.
«Comment créer de la valeur ajoutée à partir du tourisme saharien ?», il pose la question d'entrée avec autorité et franchise. Cette question est son programme de travail. Les professionnels et opérateurs du tourisme saharien se posent au quotidien et ardemment cette interrogation. Les clients profiteraient des réponses à trouver. Pour le moment, ils la conjuguent ponctuellement durant des séjours soit trop courts soit trop longs, n'ayant finalement peu «ou « beaucoup trop» de temps.
Le tourisme d'affaires a incontestablement tiré le tourisme saharien vers le haut. Aujourd'hui, on tire la sonnette d'alarme en raison de la dégradation du parc hôtelier dans son ensemble. La région cherche inlassablement son palace d'antan. Gageons qu'en le trouvant ou en le créant, bon nombre de problèmes seront élagués. L'urgence est à l'action.


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