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Une maison de passion nommée Apollonia Editions
Publié dans WMC actualités le 07 - 01 - 2009

Editeur… !... Le mot, de par l'image qu'il renvoie, n'est pas simple. Il porte une auréole toujours éblouissante. C'est lui qui fait tourner les librairies. C'est lui qui fait ou ne fait pas l'écrivain. On se leurre parfois en pensant que c'est ce dernier qui le fait tourner, lui. Mais non. C'est bien l'éditeur qui crée l'écrivain, jamais le contraire. Qu'on se souvienne des Illusions perdues où Honoré de Balzac racontait tout le calvaire qu'il avait enduré avant de se voir publier son tout premier roman. Pour les hommes (et les femmes) de la plume, l'éditeur est celui par qui pourvu qu'il le veuille arrive le beau temps. Bien sûr, il y a les génies, les grands talents qui font courir les éditeurs derrière eux. Phénomène rare de nos jours, sinon rarissime. De sorte que jusqu'à un certain temps, l'éditeur était resté ce roi qui faisait la loi. Pour peu qu'il décide que tu n'as pas une belle plume, que tu n'as rien de valable à raconter, bref que tu n'es pas intéressant, et tu restes anonyme toute ta vie. Cela, jusqu'à un certain temps…
Mais deux phénomènes allaient peu à peu secouer la donne, renverser quelque peu la situation. D'abord au fil des siècles, l'écriture est devenue un opium très fort qui a contaminé et ‘‘asservi'' des milliers et des milliers de personnes dans le monde. Ensuite, et subséquemment, cette prolifération des écrivains a tout naturellement donné lieu à une pullulation des éditeurs. Même dans un petit pays comme la Tunisie, on ne compte plus les maisons d'édition. Aussi, l'éditeur a-t-il cessé d'être roi. Pis : il est lui-même à la merci du marché où il opère. Et le marché tunisien cela, tout le monde le sait est exigu. Si exigu que nombreuses sont les maisons qui végètent, sinon ferment carrément. S'il arrive qu'il y ait de grandes maisons d'édition, leur planche de salut, elles la doivent au parascolaire ou à des droits d'auteurs acquis presque sans bourse délier à partir de l'étranger pour être tombés dans le domaine public (Camus, Gide, Sartre, Molière, Corneille, etc.). D'autres maisons, pour pouvoir respirer, se sont tournées vers la spécialisation : droit, comptabilité, fiscalité, contes pour enfants…
Et comment donc, dans un tel contexte, se laisser aller à l'idée de devenir éditeur ? Il faudrait, pour cela, être fou ou avoir beaucoup d'argent à même de le jeter par la fenêtre sans avoir à le regretter. Abdelaziz Belkhoja n'est ni fou ni n'a beaucoup d'argent («A ce jour, je n'ai pas une jolie maison et encore moins une belle voiture»). Il appartient tout simplement à la race de ces milliers de personnes contaminées par l'opium de l'écriture. En 1993, il écrit son premier roman intitulé Les cendres de Carthage. Comme le veut la règle, il le soumet à quatre ou cinq maisons d'édition pour avis. Chose inattendue, son livre passionne toutes les maisons contactées (ce roman est aujourd'hui à sa 4ème édition). Du coup, il se dit que charité bien ordonnée commence par soi-même. Et pourquoi pas lui son propre éditeur au lieu d'un autre ? Un deuxième opium le tente tant et si bien qu'il finit par s'y accrocher. Apollonia Editions naît le jour même où Les cendres de Carthage voit le jour. Ce double accouchement est lui-même le fruit d'une passion. Rien que la passion. Car le métier d'éditeur, Abdelaziz Belkhoja va l'apprendre à ses dépens («Dur !... Dur d'être éditeur !»). Il n'empêche. Quand on s'est jeté volontairement dans des eaux profondes, l'on ne peut que nager ou périr. Il nage, Abdelaziz, mais ni dans la misère ni dans l'opulence («Disons que je m'en sors tant bien que mal»).

L'aventure de l'édition, Belkhoja va la mener avec Tahar Fezaâ (2 BD, 1 roman, 6 recueils de chroniques, 1 livre de proverbes), Alia Babbou (autobiographie), Ridha Tlili (Les Carthage du monde), Lotfi Ben Sassi (1 BD), mais aussi pour respirer de temps à autre en publiant de Beaux Livres (Zoubeir Turki, Aboul Qacem Chebbi…).
Non mais, sur un ouvrage, combien gagne-t-on au juste ? «C'est simple. Regardez : pour une première édition, on tire la plupart du temps mille exemplaires. Supposons que le prix de vente public soit fixé à dix dinars. Les mille exemplaires dégagent donc dix mille dinars. Eh bien, l'imprimeur en tire 1.800 dinars ; l'auteur en gagne 10%, c'est donc 1.000 dinars ; le distributeur et le libraire en tirent, ensemble, 4.500 dinars ; et les frais de fonctionnement (comité de lecture, correcteurs, etc.) tournent autour de 1.000 dinars. Nous en sommes à 8.300 dinars. Ce qui me reste c'est tout juste 1.700 dinars. Mais n'oubliez pas que le meilleur des ouvrages, le best-seller si l'on peut dire, met trois mois dans une librairie avant d'être épuisé, les autres peuvent séjourner jusqu'à trois ans sur les rayons du libraire. Ces 1.700 dinars, je mets des mois à les attendre». Et on appelle ça : s'en sortir ? «Oui, j'arrive à m'en sortir grâce à la subvention du ministère de la Culture qui consent 35 % du prix du livre. Ecoutez : l'éditeur vit petitement, modestement, mais ce n'est pas la dèche, je le reconnais…».
Sourire aux lèvres, il se tourne vers son ordinateur à grand écran sur lequel il prépare un somptueux Beau Livre sur… Kairouan, un ouvrage très attendu. Il contemple avec bonheur les photos. Il ajuste ou réajuste la maquette. Lit et relit inlassablement les lignes, les légendes, les titres et les intertitres. Le tout en souriant. Ni dèche ni opulence. Abdelaziz Belkhodja vit de passion.


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