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Comment soutenir quelqu'un qui marche dans le noir ?
Publié dans Business News le 29 - 11 - 2021

Lundi 29 novembre 2021, quatre mois et quatre jours depuis que le président de la République s'est accaparé tous les pouvoirs.
Au bilan, les anciens ministres Mehdi Ben Gharbia, Chokri Belhassen et Samir Taïeb sont en prison pour des dossiers qui seraient vides d'après leurs avocats. On aurait tort de ne pas les croire quand on sait que le juge d'instruction chargé du dossier de Samir Taïeb a clôturé son instruction et a décidé la libération de l'ancien ministre. Chose qui a déplu au parquet (hiérarchiquement dépendant du pouvoir exécutif) qui a interjeté appel et a maintenu M. Taïeb en prison. Au diable l'instruction du juge, au diable la présomption d'innocence, au diable le principe de justice qui veut que la prison soit l'exception et la liberté soit la règle. Ce qui s'est passé avec Samir Taïeb risque de se passer avec Mehdi Ben Gharbia qui vient d'entamer la quatrième semaine de sa grève de la faim.
Le reste du bilan de ces quatre mois : Nous n'avons pas de constitution, nous n'avons pas d'assemblée, notre justice vacille, nos libertés sont menacées et nous sommes considérés comme des sujets. A un mois de la fin de l'année, nous ignorons tout de la Loi de finances 2022 et nous ne savons toujours pas dans quelle direction Kaïs Saïed nous mène. En bref, nous sommes dans le noir total.

Ce diagnostic objectif et factuel n'est pas partagé par Kaïs Saïed et ses centaines de milliers d'aficionados. Ces derniers continuent à soutenir le président malgré ses parjures, ses promesses non tenues et l'absence de tout programme. Ils continuent à se pavaner sur les réseaux sociaux pour injurier, menacer et salir tous ceux qui s'opposent à leur messie.
Quand on interroge Kaïs Saïed et ses fans sur le diagnostic, ils répondent systématiquement que la Tunisie possède l'argent nécessaire, mais que celui-ci a été dérobé par les milliers de corrompus. Il suffirait, à les entendre, de récupérer tout cet argent volé pour que tout rentre en ordre. Rien n'est moins sûr. Cette histoire d'argent dérobé par des corrompus est un gros mensonge qu'on nous répète depuis 2011. S'il est évident qu'il y a de l'argent dérobé, celui-ci ne peut en aucun cas être chiffré en milliards de dinars. Quand bien même il le serait, il n'y a pas de quoi absorber le déficit de l'Etat. En tout état de cause, on ne doit pas compter dessus pour régler nos problèmes. La seule et unique façon de résoudre notre crise, totalement structurelle, se résume en un mot : le travail.
La seule et unique méthode de s'en sortir est de réduire le train de vie de l'Etat qui dépense plus que ce qu'il gagne, de réorienter la compensation, de privatiser ce qu'il y a à privatiser parmi les entreprises publiques et d'encourager l'investissement privé, le seul capable de créer de l'emploi et de générer de la croissance.
Tant que Kaïs Saïed n'est pas convaincu par le diagnostic réel du pays et le mode d'emploi qui s'en suit, nous resterons dans le noir.

Les faits sont là et il ne se passe plus une semaine sans que le président ne confirme sa méconnaissance totale de la gestion de l'Etat et de l'économie et sans qu'il commette des actes qui nous plongent davantage dans le noir. Pour la semaine dernière, il a reçu la ministre du Commerce pour lui parler, une nouvelle fois, de la spéculation à l'origine, d'après lui, de la cherté des prix. La dame a acquiescé sans oser lui dire que les prix augmentent en fonction de la loi de l'offre et de la demande sur les marchés internationaux, de la valeur du dinar, de la croissance économique mondiale, de l'envolée des prix du transport et de divers facteurs autres que la spéculation.
Que le juriste qu'il est ignore tout de ce monde politico-économique, cela passe, il peut apprendre. Sauf que Kaïs Saïed refuse d'apprendre de nouvelles choses et se tient aux connaissances apprises dans ses années fac. Le jour où il a reçu la ministre, il lui a indiqué qu'il lisait le matin même Ibn Khaldoun ! Nul ne conteste l'excellence de cet ouvrage, mais Kaïs Saïed aurait déjà dû lire cet ouvrage à son adolescence ! Et s'il ne l'a pas lu, il n'a pas à le lire maintenant. Il doit consacrer son précieux temps aux affaires de l'Etat et à la lecture des publications contemporaines qui lui expliquent comment le monde tourne aujourd'hui. La littérature vintage, aussi bonne soit-elle, ne peut en aucun cas lui servir pour résoudre les problèmes du XXIe siècle.
Poursuivant sa navigation dans le noir et dans l'expérimentation de ce qui a déjà échoué, Kaïs Saïed a nommé la semaine dernière un nombre de gouverneurs. Leur biographie ? Il n'a pas jugé bon de nous la fournir. On saura juste que l'un d'eux est un amateur de bodybuilding et de grosses motos et qu'ils figurent, tous, parmi les membres de sa campagne explicative.
Par ces nominations, Kaïs Saïed continue la même politique que les précédents gouvernants : celle de sélectionner les gens en fonction de leur loyauté et non de leurs compétences. Et nous pouvons le certifier, ces nouveaux gouverneurs sont totalement inconnus dans le monde politico-économique ou dans l'administration. Il a donc nommé des bleus qui vont apprendre la coiffure sur nos têtes.

Dans tout ce noir, il y a quand même quelque chose de bon. En politique, on dit que l'absence de réponse est une réponse en soi. De même, ce noir présidentiel est une politique en soi.
Avant, on ne savait pas quelle serait la politique de Kaïs Saïed. Maintenant, on le sait. Sa politique est de nous maintenir dans le flou et de décider tout seul, comme si le pays lui appartenait.
Partant de là, l'opposition, la société civile, le monde économique et les syndicats se sont adaptés et ont ajusté leurs réponses.
Le week-end dernier, Noureddine Taboubi, secrétaire général de la centrale syndicale, a déclaré qu'il ne pouvait pas soutenir quelqu'un qui marche dans le noir. C'est une avancée extraordinaire, en soi, pour le syndicaliste qui, jusque là, s'est abstenu de s'opposer frontalement au président.
Le syndicat des journalistes a publié la semaine dernière un communiqué du même acabit, pointant du doigt les différentes violations commises par le pouvoir.
Le président du Conseil supérieur de la magistrature, Youssef Bouzakher, a manifesté son indépendance plus d'une fois et affirmé son rejet total de toute réforme du CSM durant cette période transitoire. Indépendance de ton qui lui a valu un véritable lynchage sur les réseaux sociaux.
L'opposition, muette dans sa majorité, a aussi manifesté son rejet catégorique de la politique présidentielle. L'Histoire retiendra que seuls Hamma Hammami, Fadhel Abdelkefi et Mohamed Abbou ont osé s'opposer, sans calcul, au diktat présidentiel méprisant durant cette période noire. Les sorties de Rached Ghannouchi (et ses pare-chocs d'Al Karama) et de Moncef Marzouki ou de Abir Moussi sont intéressées et de positionnement politique.
Seule l'Utica brille encore par sa lâcheté et maintient un silence couard. Elle a pourtant bien des armes pour pousser le président à se réveiller et voir la réalité en face. Il lui suffirait de dire qu'elle appelle à la cessation de tout investissement ou d'appeler à la désobéissance fiscale pour un mois pour que le président et sa cheffe du gouvernement paniquent et nous considèrent comme des citoyens et non plus comme des sujets bons à payer leurs impôts et se taire.
N'empêche, et en dépit du silence du capital, le reste de la société est en train de bouger pour dire au président que le pays ne lui appartient pas et que l'Etat ne se gouverne pas ainsi.
Ceci représente une lumière d'espoir, car ces forces vives du pays sont capables, unies, de mettre dehors un dictateur. Elles l'ont bien prouvé par le passé.


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