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Djerba mon amour
Au musée de Sidi Bou Saïd, Wahib Zannad expose
Publié dans La Presse de Tunisie le 21 - 01 - 2016

Architecte de formation, W. Zannad n'est pas un doux rêveur non plus qu'un poète : homme de lignes et de structures, il cadre, définit, construit et déconstruit son regard. Les horizons libres et sublimes ne lui sont pas étrangers, puisqu'il a vécu à Sidi Bou Saïd, un des plus beaux sites du monde. Et pourtant, quand il a ressenti l'urgence de peindre, ce fut à Djerba et nulle part ailleurs.
On savait Djerba enchantée et enchanteresse, on savait depuis Ulysse le pouvoir magique qu'a toujours exercé l'île sur ceux qui accostent à ses rivages. On savait l'attraction inexpliquée et inexplicable que diffusent son climat, sa lumière, ses couleurs. On savait que «le climat y est si doux qu'il empêche de mourir». On connaissait tous les poncifs, tous les folklores, toutes les images d'Epinal, et toutes les cartes postales qui se rattachent à l'île. Mais nul, à ce jour, n'a trouvé le moyen de s'en préserver. Wahib Zannad moins que tout autre. Et pourtant... Cet architecte de formation n'est pas un doux rêveur non plus qu'un poète : homme de lignes et de structures, il cadre, définit, construit et déconstruit son regard. Les horizons libres et sublimes ne lui sont pas étrangers, puisqu'il a vécu à Sidi Bou Saïd, un des plus beaux sites du monde. Et pourtant, quand il a ressenti l'urgence de peindre, ce fut à Djerba et nulle part ailleurs.
«J'ai toujours peint, quand j'avais le temps, beaucoup en voyage, souvent sur des rivages... Mais Djerba a déclenché en moi un sentiment d'urgence. J'ai travaillé tous les jours. Les retours des pêcheurs, ce théâtre muet et la symphonie des gestes qui présidaient à ces scènes, ces houchs à la miraculeuse harmonie, souvent délabrés mais encore vaillamment debout, les jardins échevelés qui les entourent, ces phares, dont un pratiquement inconnu, l'inexplicable luminosité, la ligne d'horizon qui fond ciel et mer... tout cela m'a donné une irrésistible envie de peindre».
Parce qu'il vit et travaille à Sidi Bou Saïd, il a choisi d'y exposer, alliant ainsi ses deux lieux de cœur. Et le petit musée aux proportions si harmonieuses, qui abrita autrefois les écuries du Baron D'Erlanger, est tout enluminé de ces paysages et de ces scènes insulaires. La touche est délicate, subtile, toute de poésie et d'émotion, légèrement floutée, restituant cette lumière tremblée si particulière à l'île du lotos.
Parce qu'il est architecte, et qu'il garde un regard de bâtisseur, ses tableaux sont construits, équilibrés, adoptant des petits ou moyens formats qui nous changent du gigantisme actuellement en cours.
Parce qu'il est passionné de patrimoine, qu'il a entrepris de restaurer des demeures anciennes dans la médina, il a le respect du savoir-faire ancien, et a su rendre harmonies et perspectives, équilibre des lignes et des formes.
En ces temps où l'art se veut plus conceptuel qu'esthétique, où le message se déclare plus important que la poésie, où la violence et la trivialité sont souvent de mise, il est plaisant de s'offrir un moment de légèreté.


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