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« Bleu », nouvelles en français de Ridha Bourkhis: Un hymne à la mer et à l'amour
Publié dans La Presse de Tunisie le 30 - 10 - 2021


Par Ana SOLER |
Dans le recueil de nouvelles « Bleu » de Ridha Bourkhis, le texte « Ouverture » souligne d'entrée de jeu le thème qui va sillonner la prose de cet écrivain tunisien, le leitmotiv qui la traverse et résonne dans chacun de ces courts récits : la mer. Elle est l'espace du bonheur suprême, celui où se déploie l'amour, le cadre qui enraye la fadeur de l'existence et donne des ailes à l'individu.
Dans Bleu, la mer constitue le philtre magique qui propulse l'imagination du narrateur, le menant vers des rêves illimités. C'est l'élément prisé par l'imagination matérielle de Bourkhis et sa prégnance dans cet ouvrage s'apprécie par la profonde empreinte poétique qu'elle va y estampiller. L'expérience intérieure du poète, son attitude devant l'univers commandent seules la forme poétique à employer. Ainsi, les nouvelles de Bourkhis, par leur style et l'émotion qu'elles exhalent, partagent des traits qui pourraient les assimiler à des poèmes en prose.
Trois grands axes sémantiques traversent Bleu de Ridha Bourkhis et constituent, à notre avis, les piliers fondamentaux de l'existence de l'écrivain : l'amour, l'écriture et l'engagement social. Intimement imbriqués entre eux, ces thèmes majeurs demeurent profondément ancrés dans l'azur de sa Tunisie natale et témoignent de l'influence de ce cadre, constellé d'éléments gravitant autour de la mer et du ciel.
L'espace marin apparaît comme l'univers idéal pour exalter le sentiment amoureux. Illuminé par l'azur du ciel, ancré dans la sphère du rêve, bien à l'abri du passage érosif du temps, l'amour s'y déploie dans toute sa splendeur. La mer agit comme un antidote contre « la grisaille menaçante et les fantômes enfouis dans les ténèbres » (p. 32). La dichotomie lumière vs ténèbres est mise en avant à travers le déploiement d'une isotopie marine. Des suggestions tactiles, visuelles, sensorielles et auditives liées à la sphère de la mer foisonnent pour décrire la personne aimée. De nombreux éléments descriptifs convergent vers un tout complexe, où l'attitude esthétique de l'auteur construit un effet d'idéalisation à travers la rupture avec le réel. Pour tisser ce rapprochement entre l'élément aquatique et la femme, la stratégie scripturale de Bourkhis repose sur la récurrence de la palette chromatique du bleu pour dépeindre les traits physiques ou psychologiques féminins, associés au milieu marin. Ainsi, métamorphosée en créature féérique, l'aimée « arrime sa barque à ce rêve bleu » (Ibid.) ou porte « une robe bleue » (p. 46).
Mais, le poète va encore plus loin et dresse un parallèle métaphorique entre l'âme sœur et une maison qui serait bâtie sur la mer et qui représenterait le summum de son idéal existentiel et la matérialisation de « la maison promise » (« Habiter l'Aimée comme une maison sur la mer », p.29). Cette demeure, ouverte à l'immensité de l'azur, dotée d'une porte « bleue d'un bleu délicieux » (p. 27), donne sur un verger, aux caractéristiques propres d'un locus amoenus. En effet, la lumière y est abondante, l'air demeure pur, et la nature exubérante regorge de fleurs et d'arbres fruitiers, gonflés de « sève printanière » (p. 28). Le chant des oiseaux se joint au clapotis de l'eau pour parfaire cet univers idyllique, si propice à l'épanouissement du sentiment amoureux». L'eau de mer, origine de la vie, acquiert aussi le symbolisme de la mort, en devenant l'ultime demeure que les amoureux désirent intégrer, au fond de l'immensité bleue. Deux nouvelles reproduisent scrupuleusement le même passage, « Bleu » (p. 33) « Ecriture» (p. 35): «[…]j'aimerais qu'on nous creuse une ultime demeure au fond de cette mer et que nous y restions ensemble, unis par l'amour et la mort, jusqu'à l'éternité !… ».
La mort ne possède point, ici, un caractère funeste mais apparaît « euphémisée », car elle suppose la continuité d'une existence vécue en parfaite harmonie avec l'être aimé et avec la mer comme toile de fond. Trouver l'âme sœur a constitué pour le poète une tâche longue et ardue, où il a longtemps essuyé les sarcasmes de son entourage, lui reprochant son manque d'attache. Mais, il refusait de se résigner à vivre « dans une maison où on meurt» (p. 27), comme le font beaucoup de ses congénères, se contentant de « maisons offertes » (p. 26). Il renie des mariages arrangés « construits sur le vide et sur l'imposture» (p. 22), d'une épouse imposée par le temps qui presse ou les circonstances familiales ou sociales, car l'amour est ennemi de l'impatience et de la préméditation. Il découle d'un instant magique, où nature et poésie s'unissent pour découvrir, à qui sait attendre, la « créature féérique […] semblable […] à la câline étreinte de la brise marine » (p. 32) avec qui il découvrira une existence « princière ». Ce terme (ainsi que ses formes dérivées) abonde dans Bleu pour qualifier de manière positive tout ce qui a trait à la personne aimée. Cette dernière est souvent désignée par le vocable « Princesse », et sa description physique ou celle des éléments qui composent sa sphère existentielle demeurent, toutes deux, empreintes de ce qualificatif. Dans la lignée de cette laudatio à la femme, se situerait la volonté de l'auteur de la présenter comme l'axe cosmogonique, l'Axis mundi, symbole de l'union entre le ciel et la terre, porteuse du « ciel sidéral […] dans le creux de sa main » (p. 46).
La description du sentiment amoureux se réalise de manière feutrée, à travers un entrelacs d'images et de métaphores qui parviennent à contenir tout élan effusif dans l'implicite. La pudeur narrative est donc de mise dans l'exaltation de l'amour partagé, gorgée de lyrisme et forte de sous-entendus. Les seules parties corporelles impliquées dans le rapport amoureux et que le poète décrit sont les yeux et la bouche. Le regard outrepasse son pouvoir d'attraction — curieusement, le regard féminin détient le pouvoir d'attraction et d'emprise sur l'homme, qui ne peut ni ne veut y résister — pour acquérir un sens métaphorique nouveau. Par le biais de l'euphémisme, il symbolise le corps, dont il adopte les mouvements et la malléabilité :
«Tes yeux qui me prennent, me retiennent» (p. 15). «(...) regards complices qui s'appellent, se pénètrent et s'entrelacent » (p. 32). Quant à la bouche, deux seules références dans tout le recueil font allusion explicitement au contact charnel. Toutes deux mettent en avant le sens du goût, preuve irréfutable de l'attouchement: « bouche savoureuse » (p. 46), «bouche […] charnue et savoureuse qui lascivement s'ouvre et se donne » (p. 32). Cette dernière nouvelle se révèle la plus osée, par la mention quelque peu plus explicite qu'elle réalise de l'union des deux amants. Cette licence se justifie sans doute par sa nature onirique. Pour le reste, « Ouverture » fera allusion à leurs « corps éprouvés » (p.15) et «Jour nouveau » livrera à travers la figure rhétorique de l'ellipse « Empli de toi, de ta musique et de ta danse » (p.45), une image très chaste de la possession charnelle, grâce à l'atténuation introduite par les deux derniers compléments de l'adjectif.
Dans « La magicienne », Bourkhis réalise également une ode à l'amour, paternel cette fois, à travers la célébration du miracle de la vie. L'auteur y exprime le bonheur infini ressenti par un père devant la naissance de sa fille. L'apparition de cette nouvelle vie se réalise au sein d'un halo de lumière qui émane de cette petite créature et atteint une envergure cosmique, «baigna la terre et le ciel» (p.17). Ce bébé, miracle de la nature, se hisse déjà au rang des élus, comme le signale le symbolisme luminaire qui l'accompagne.
Des quatorze nouvelles composant Bleu, six représentent des narrations homodiégétiques. Deux d'entre elles «Ecriture » et « Ecriture II » sous-tendent des notions liées au processus scriptural, comme l'autofiction, le rapport narrateur/narrataire ou les niveaux narratifs. Elles soulignent l'intérêt que suscite la narratologie pour Ridha Bourkhis et sa maîtrise des procédés structuraux mis en place dans une œuvre littéraire. Elles contemplent une mise en abyme de l'acte d'énonciation, par le biais de laquelle l'auteur prétend jouer entre les concepts de réalité et fiction.
Enraciné dans la réalité aquatique de la nature, Bleu s'érige comme un hymne à la mer, élément centripète vers lequel converge le système de symboles de Ridha Bourkhis liés à cet azur. Un psychisme hydrant émane de cette œuvre, qui exalte la connivence entre le milieu marin et la personnalité du poète, subjuguée par la « grande bleue ».
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* Ana Soler est Professeur de littérature française à l'Université de Saragosse, en Espagne. Ce papier est un extrait de l'étude qu'elle a consacrée à « Bleu de Ridha Bourkhis. Conception poétique de l'écriture » et qui figure dans l'ouvrage collectif dirigé par l'écrivain et chercheur américano-canadien d'origine marocaine Najib Redouane sur « Créativité littéraire en Tunisie », Paris, L'harmattan, 2016, collection « Autour des textes maghrébins », pp. 299-312.
-Ridha Bourkhis, Bleu, recueil de nouvelles, Paris, L'Harmattan, 2012, préface de Hédi Khélil, illustration de la couverture par Sonia Makhlouf. ISBN : 978-2-296-11765-5. [email protected]


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