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L'école des maux
En attendant la réforme du système éducatif
Publié dans La Presse de Tunisie le 06 - 03 - 2018

Aujourd'hui, ministère et syndicats de l'enseignement s'accordent sur le constat. Ils ont à cœur de sauver l'école et de réformer le système éducatif. Mais ils ne parlent pas le même langage, d'où ce blocage fortement préjudiciable. Entre-temps, l'école s'enfonce dans la crise et n'accueille plus que les enfants pauvres. Elle ne fonctionne plus comme ascenseur social. Et c'est toute la société qui s'en ressent
Depuis son installation à l'Avenue Bab Bnet au siège du ministère de l'éducation qu'il a quitté sept ans auparavant, Hatem Ben Salem ne fait que de rares apparitions dans les médias. Septième ministre depuis 2011, il préfère vaquer à sa mission et s'attaquer aux maux de l'école qui s'enfonce de plus en plus dans la médiocrité que de perdre son temps dans des palabres inutiles. Mais une fois n'est pas coutume, au cours d'une interview accordée à la chaîne nationale et diffusée en début de soirée de dimanche 4 mars, il a parlé comme il ne l'a jamais fait auparavant et il n'y est pas allé avec le dos de la cuillère. Données à l'appui, il a fait un constat affligeant de notre système éducatif. Deux ou trois chiffres qu'il a annoncés font froid dans le dos et prouvent, si besoin, à quel point l'école tunisienne est descendue si bas. Lors du dernier concours d'entrée aux collèges pilotes, au mois de juin 2017, on a recensé 14.000 zéros en calcul. Après les 12.000 zéros en langues au bac (7.000 en français et 5.000 en anglais), voici que les petits sont tombés dans le piège du calcul. Nos élèves ont de sérieux handicaps de langues, et cela est valable aussi bien pour la langue arabe que pour les deux langues étrangères, le français et l'anglais. Leurs résultats dans les matières scientifiques, les mathématiques et la physique ne sont pas du reste. Les différents rapports d'évaluation réalisés au cours des dernières années sont unanimes dans ce sens. Une « Analyse du système éducatif tunisien », réalisée par l'Organisation internationale du travail en 2013, a montré que « les élèves tunisiens manifestent des faiblesses évidentes dans le domaine des langues et des mathématiques que traduisent les difficultés qu'ils éprouvent à communiquer, à rédiger, à résoudre des problèmes».
Les maux se sont accentués
On le sait déjà, les maux de l'école ne datent pas d'aujourd'hui, même s'ils se sont accentués au cours des dernières années. Ils sont connus de tous les intervenants, parents, élèves, enseignants, directeurs des établissements scolaires, syndicats et bien entendu ministère de l'éducation qui s'en plaignent tout le temps. On dirait qu'un plan sournois a été établi pour détruite l'école publique et abrutir nos enfants.
Dans un précédent article intitulé «Menaces sur l'école publique» publié dans La Presse du 22 septembre 2017, nous avons évoqué les trois réformes initiées depuis l'indépendance (1958, 1991 et 2002) et qui ont donné des résultats parfois mitigés. Inutile de rappeler les remèdes thérapeutiques qui ont, jusque-là, été appliqués, mais qui n'ont fait qu'empirer la situation et les improvisations qui n'ont fait que pourrir le climat autour de l'école. L'école tunisienne est devenue comme un laboratoire et les élèves des cobayes sur qui on a réalisé plusieurs expériences sans succès. On ne change pas l'école à la pièce pour « satisfaire les geignards du moment », car cela pourrait la faire dévier de sa mission principale « d'instruire, de socialiser et de qualifier ».
Un système inégalitaire
Notre système éducatif s'est avéré, au fil des ans, un système inégalitaire. Deux données relevées dans le document du «plan stratégique 2016-2020» élaboré par l'ancien ministre de l'éducation, Néji Jalloul, montrent que les inégalités se creusent davantage entre les régions. Au niveau de l'enseignement préscolaire, où le taux de couverture moyen est de 45.6% seulement, c'est le grand écart entre les gouvernorats dits nantis et les autres. A Tunis 2, il est de 96.8%, alors qu'à Kasserine, il est de 44.2% seulement. Il en est de même du rendement interne dans l'enseignement primaire où le taux moyen de passage de classe est de 91.5% et c'est encore Tunis 2 qui se trouve en tête avec 96.7% contre 85.3% pour Kasserine qui clôt le classement derrière Kairouan avec 85.9% et Tataouine avec 87.7%. Mais c'est au niveau des résultats au baccalauréat que ces inégalités deviennent plus criardes. 14 régions se situent au-dessous de la moyenne nationale qui est de 57.5%. Entre Sfax 2 et Sfax 1 avec respectivement 73.7% et 72% en 2015 et Jendouba 43.1% et Gafsa 43.8 %, il n'y a pas photo.
Comme on le constate, les chiffres sont têtus et parlent d'eux-mêmes. Les disparités sont perceptibles et « prennent leur source dans les cycles inférieurs, à savoir l'école de base et le secondaire, et se révèlent clairement au niveau des résultats du baccalauréat ». La scolarisation massive n'a pas suffi à réduire les inégalités avec les régions qui sont, en fait, mal nanties en matière d'infrastructures et de moyens de transport, surtout quand on sait que 60% des écoles primaires se trouvent dans des zones rurales et que la plupart d'entre elles sont dépourvues d'eau potable. On a vu des élèves parcourir des kilomètres pour parvenir à leur école, bravant tous les dangers mais avec l'espoir de réussir dans leurs études. Seulement 7 gouvernorats sur les 24 ont un taux d'adduction de 100%, alors que d'autres comme Kasserine avec 61.1% et Kairouan avec 62.9% doivent attendre encore des années pour être complètement desservis.
Véritable mammouth
Quand le ministre de l'éducation annonce que 549 établissements scolaires qui ont plus de cinquante ans doivent être réhabilités d'urgence parce que menaçant ruine et que des internats sont en piteux état, on comprend l'énormité de la tâche qui attend les responsables de l'éducation. Son prédécesseur Néji Jalloul a lancé le mois de l'école, une opération pour rénover les établissements en mobilisant des mécènes. A lui seul, le ministère de tutelle, malgré un important budget, n'arrivera jamais à réaliser tous les travaux de rénovation, réparation, entretien et maintenance. Sans l'engagement et la participation de tous les intervenants dans la vie scolaire, directeurs d'établissements, enseignants, parents d'élèves, société civile, hommes d'affaires...
Des solutions, comme la création des associations de travail et développement dans les écoles primaires, ont été essayées mais elles n'ont pas abouti, pour la plupart aux résultats escomptés. Pour des raisons inhérentes à leur fonctionnement même mais aussi à cause de cette épée de Damoclès qui pèse sur la tête des directeurs, pas formés à la gestion, à savoir l'inspection administrative et financière qui les considère comme « corrompus » jusqu'à preuve du contraire. Il y a aussi le peu d'engouement des parents, le manque de volontarisme de la société civile et le peu de participation des entreprises voisines.
Véritable mammouth, l'éducation a de tout temps bénéficié d'un budget important mais dont 97% vont aux salaires. Que reste-t-il pour la maintenance et les nouvelles constructions? Des miettes seulement. Aujourd'hui, ministère et syndicats de l'enseignement s'accordent sur le constat. Ils ont à cœur de sauver l'école et de réformer le système éducatif. Mais ils ne parlent pas le même langage, d'où ce blocage fortement préjudiciable. Entre-temps, l'école s'enfonce dans la crise et n'accueille plus que les enfants pauvres. Elle ne fonctionne plus comme ascenseur social. Et c'est toute la société qui s'en ressent.


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