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Ces cadeaux empoisonnés ! …
Ménages et consommation — Les Tunisiens vivent au-dessus de leurs moyens…
Publié dans La Presse de Tunisie le 03 - 01 - 2019

Selon Mohamed Salah Bargaoui, secrétaire général de l'Organisation tunisienne de défense du consommateur (ODC), le constat est clair et sans appel : le Tunisien est devenu un gros consommateur et il ne gère pas convenablement son budget.
Entre la forte sollicitation de crédits à la consommation et des ménages de moins en moins solvables, il est indispensable de se serrer la ceinture et de faire des arbitrages. Est-ce le cas pour les Tunisiens qui dépensent beaucoup plus qu'ils ne gagnent et qui s'endettent par inconscience ? Evidemment que non dans une situation économique de plus en plus difficile. Mais une fois les fins de mois dans le rouge, les Tunisiens se rendent compte qu'ils sont tombés dans un piège vieux de plusieurs années.
Etes-vous cigale ou fourmi ?
Selon Mohamed Salah Bargaoui, secrétaire général de l'Organisation tunisienne de défense du consommateur (ODC), le constat est clair et sans appel ; le Tunisien est devenu un gros consommateur et il ne gère pas convenablement son budget. En cause ? Le changement du comportement du consommateur qui vit, aujourd'hui, au-dessus de ses moyens. Cela est dû à plusieurs facteurs, essentiellement les apparences, le shopping excessif et le «vice» social. «Piégé par la frénésie d'achat, le Tunisien se trouve obligé de consommer plus que ne lui permet son salaire», indique-t-il.
Bargaoui ajoute que la pression de l'entourage et le suivisme poussent, également, à la surconsommation. Idem pour le confort familial, l'adaptation aux nouvelles technologies, la publicité, les campagnes de promotion, les hypermarchés… qui poussent le Tunisien à acheter de façon incontrôlée. «Vivre au-dessus de nos moyens est une erreur grave que beaucoup de gens commettent, notamment les familles issues de la classe moyenne. Elle les met en arrière, les empêche de préparer un avenir plus serein pour eux et pour leurs enfants, et les empêche d'investir. Parmi les signes palpables qui montrent qu'on vit au-dessus de nos moyens, il y a le zéro compte d'épargne, l'incapacité de payer nos factures à temps, aucune économie… Cette pratique nous empêche d'avoir une indépendance financière», précise-t-il.
Face à cette situation, les crédits à la consommation et le rouge, ces cadeaux empoisonnés, sont devenus les recours automatiques des familles tunisiennes qui ne savent plus où donner de la tête ni comment gérer leur budget, face à un Etat tout aussi impuissant et écrasé sous le poids de ses propres dettes… Souvent, le consommateur se trouve dans un cercle vicieux quasi infini, alimenté par les dépenses quotidiennes, les échéances de remboursement des crédits, les impôts, et les factures. Il est vrai que le recours aux crédits à la consommation est le chemin le plus court et le plus facile pour avoir plus de confort. Or, si le crédit est un outil pratique pour le financement des achats, il cache également de nombreux pièges dont il faut se méfier. Ces crédits ne sont pas toujours aussi avantageux que l'on veut nous le faire croire. «Notre mode de vie et de consommation a changé d'une manière radicale et incroyable à l'heure où le revenu n'a pas suivi cette évolution. Il est resté presque le même alors que le couffin, que l'on remplissait à 7 ou 8 dinars avant 2011, nécessite depuis lors 15 dinars, ensuite 25, puis 35 et les hausses ne sont pas finies», regrette Bargaoui.
Sur un autre plan, le responsable de l'ODC indique que la majorité de la population préfère consommer des produits étrangers. Ce constat est alarmant parce qu'il ne permet pas à la production locale de compter sur un soutien national pour se développer et conquérir les marchés étrangers à l'heure où «consommer tunisien» n'est plus un choix. Loin de là, c'est une obligation.
Par ailleurs, l'organisation refuse d'augmenter les salaires, car il est clair que lorsqu'on augmente les salaires, les chefs d'entreprise augmentent les prix de leurs produits, car l'augmentation salariale est une nouvelle charge pour eux. «Une telle solution ne peut pas résoudre le problème d'une manière définitive», dit-il.
Le rôle fondamental de l'école
Bargaoui reproche à l'école l'insuffisance de l'encadrement, la médiocrité de la socialisation et de mal remplir ses fonctions. Cet établissement devrait jouer son rôle de sensibilisation auprès des élèves en diffusant la culture de consommation. Il est plus que jamais temps de faire face à l'invasion des réseaux sociaux qui accentuent la désinformation et font perdre le contrôle. Dans ce sens, l'ODC a proposé un modèle d'éducation à la consommation qui doit faire partie des contenus transversaux du programme de formation de l'école primaire. Ce modèle devrait contenir des éléments qui visent à soutenir la réflexion sur la consommation et sur le comportement du consommateur. L'objectif de cette mesure est d'amener les élèves à adopter un modèle de consommation éthique basé sur une consommation juste et équitable. «On peut mener une expérience de consommation saine et économique au sein de la salle de classe. Une telle initiative ne coûte rien et pourrait contribuer à l'amélioration du comportement de consommation de nos enfants, qui vont devenir les décideurs de demain. On est en discussion avec le ministère de l'Education pour généraliser cette expérience dans tous les établissements scolaires», explique-t-il.
Il y a aussi un manque de communication au niveau de la famille qui doit jouer pleinement son rôle pour sensibiliser nos enfants et faire des arbitrages nécessaires. Les parents doivent porter une double casquette ; celle de consignes, d'aides, de propositions…et celle d'amitié et de communication moderne pour restaurer la confiance perdue entre les deux générations et faire transmettre le message d'une façon claire et simple, et donc avoir une bonne écoute, loin d'être autoritaire et loin d'avoir des règles strictes.
Il faut également lutter contre le gaspillage alimentaire qui est un réel problème. Sa diminution nécessite de développer la sensibilisation du consommateur. C'est un travail au quotidien qui commence par les parents et qui doit être prolongé à l'école, par les collectivités, les associations…
Quand l'épargne devient consommation
D'après un directeur d'une agence bancaire, contrairement à la tendance majoritaire jusqu'à les années 1990, le Tunisien préfère désormais consommer plutôt que placer et épargner. Mais avec la détérioration de son pouvoir d'achat et l'augmentation du taux d'inflation, il se trouve obligé de faire recours au crédit à la consommation qui est devenu la principale source de surendettement des particuliers. «On constate, aujourd'hui, un changement radical du mode de consommation. Les ménages raisonnent par mensualisation et non plus par taux de crédit. Un signe qui exprime plus la vie au jour le jour que la projection vers l'avenir», indique-t-il.
Le banquier ajoute que la grande majorité des crédits accordés aux particuliers concernent l'acquisition d'un véhicule, le logement, l'alimentation, les loisirs, l'habillement… qui représentent plus de la moitié des dépenses des Tunisiens. Plus de 50% de ces crédits, qui sont à court terme (entre 3 et 5 ans), sont accordés à des jeunes (entre 20 et 30 ans) qui cherchent à changer ou améliorer leur mode de vie. Mais il est important de souligner que le taux d'intérêt des crédits à la consommation varie entre taux moyen du marché monétaire TMM+5 et TMM +7. Malgré un taux jugé «élevé» par les économistes, la sollicitation de crédits à la consommation ne cesse d'augmenter d'une année à une autre. «Le développement du marché du crédit à la consommation remplit une série de fonctions sociales et économiques. Cependant, il contribue à générer un phénomène de surendettement qui, à son tour, est source d'exclusion sociale», souligne-t-il.
Sur un autre plan, il précise que les banquiers et les organismes prêteurs considèrent les seniors comme des emprunteurs fiables. C'est une cible intéressante à plus d'un titre ; il s'agit d'une des clés pour conquérir plus de dépôts, leurs revenus sont stables (plus de risque de perte d'emploi), leur capacité d'endettement est importante et ils sont généralement propriétaires de leurs logements. Donc, les retraités constituent une clientèle solvable et rassurante. «Mais aussi parce que leur comportement a changé. Les retraités consomment désormais comme les jeunes: ils voyagent, font des travaux... Et pour cela, ils n'hésitent pas à s'endetter. Ils font désormais l'objet d'une attention toute particulière de la part des établissements bancaires», explique-t-il.
Le combat au quotidien des ménages
Mouadh, un chauffeur de taxi, indique que le Tunisien peine, aujourd'hui, à remplir son couffin quotidien alors qu'il vit au-dessus de ses moyens et dépense plus que son salaire en s'endettant auprès de sa banque. Mais outre les crédits bancaires, il contracte des prêts auprès des caisses sociales, des fonds sociaux créés au sein des entreprises, des mutuelles corporatistes…ou encore les emprunts auprès des amis. Il n'est plus désormais rare de voir des salariés s'endetter pour payer leurs dettes !
Le jeune homme de 35 ans ajoute qu'il est la principale source de revenu pour sa famille. Sa sœur l'aide mais c'est encore insuffisant. Que peut-on faire avec 700 dinars entre une facture d'électricité moyenne de 150dt, celle de la Sonede de 100dt, 400dt au moins pour la location de maison… cela sans évoquer le couffin quotidien, la santé, l'éducation... De toutes les façons, la situation n'est plus rassurante, aujourd'hui, et on ne sait pas où elle va aboutir. «Quand un jeune ne voit pas la lumière au bout du tunnel, c'est difficile. La survie par tous les moyens est un combat au quotidien. Aider sa famille relève du miracle dans ce contexte économique alarmant. A la base, je suis un professeur de mathématiques, mais l'obligation d'aider ma famille dans ces conditions difficiles m'a toujours parue évidente. Si l'endettement résout une partie de nos problèmes, je suis partant, quel que soit son coût».
Puis vient le tour d'Emna, une mère des deux enfants, dont le témoignage commence par : «Je suis endettée et au bout du rouleau !». Chaque année, avant la rentrée scolaire, elle contracte un crédit pour financer les études de ses enfants (achat de fournitures scolaires, cours supplémentaires, abonnements du transport scolaire…). «J'ai choisi de passer par une banque, qui me semblait la solution la plus appropriée et la plus rapide dans ce contexte économique toujours plus défavorable». Pour elle, le recours au crédit à la consommation n'est pas un choix, c'est une obligation pour affronter la cherté de vie et assurer les besoins fondamentaux de ses enfants.
Mais son aventure avec la banque ne s'arrête pas là. Elle a contracté un autre crédit à long terme pour construire sa maison. Donc, avec un pouvoir d'achat qui ne cesse de baisser, des prix des produits à la consommation en hausse continue (certains produits alimentaires ont vu leur prix exploser de 200%), les lourdes factures (Steg, Sonede, Internet…), le paiement du loyer… Elle se trouve obligée de faire recours à une autre alternative plus facile mais qui complique davantage la situation ; c'est le fameux retrait au «rouge» —découvert bancaire—. «Les ménages les plus démunis et la classe moyenne, dont je fais partie, sont les plus touchés par cette flambée spectaculaire des prix. Je dépense la totalité de mon salaire entre le 8e et le 10e jour de chaque mois. Donc, pour y faire face je continue à vivre à crédit».


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