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Les « tuteurs » de la révolution à l'épreuve de l'équilibre de Nash
OPINIONS
Publié dans La Presse de Tunisie le 03 - 03 - 2011


Par Amin BEN KHALED *
L'équilibre de Nash — du nom de son inventeur John Forbes Nash, Prix Nobel d'économie en 1994 — est l'un des concepts clefs de la théorie des jeux dont l'impact a touché divers domaines allant de la géopolitique et les relations entre les Etats, jusqu'à la psychologie et les conflits au sein des couples mariés. En effet, cette théorie se propose depuis des années d'expliquer d'une manière élémentaire et abstraite les situations conflictuelles les plus complexes qui peuvent survenir dans tous les domaines, y compris — et c'est ce qui nous intéresse ici — le domaine politique.
Ce que l'on entend par jeu, dans cette théorie, c'est l'ensemble des stratégies que les acteurs pourraient adopter afin de trouver un équilibre entre leurs intérêts respectifs et l'intérêt général. Mais, trop souvent, il y a des situations dans lesquelles tous les acteurs, croyant suivre la meilleure et unique stratégie, finiront par faire tomber le jeu dans une impasse qui leur sera fatale. A cet égard, il est sans doute opportun d'analyser certains aspects de l'impasse politique actuelle en Tunisie eu égard à la théorie des jeux et d'exposer brièvement, à travers une lecture vulgarisée de «l'équilibre de Nash», l'impasse stratégique dans laquelle se trouvent aujourd'hui les structures qui se sont autoproclamées comme «tutrices» de la révolution tunisienne.
Il n'est pas utile d'exposer, dans les limites de cet article, «l'équilibre de Nash» dans sa rigueur scientifique et dans ses diverses variantes théoriques, un tel exposé sera l'apanage des spécialistes en la matière. Cependant, une anecdote nous sera de grand secours.On raconte, en effet, que J.F. Nash a découvert sa théorie lorsqu'il était avec des amis, étudiants de leur état, qui voulaient séduire la plus jolie fille de leur promotion. J.F. Nash remarque la chose suivante : si chacun suit son intérêt propre, chacun va tenter de séduire cette même fille; et chacun finira par court-circuiter son ami, suite à quoi ils essayeront tous de se reporter sur une autre fille de la promotion qui soit moins séduisante. Or aucune fille n'aime être de second choix. Leur stratégie de séduction est donc vouée à l'échec et ils finiront par se quereller. J.F. Nash conclut donc que la meilleure stratégie serait de s'entendre préalablement pour séduire chacun une fille, évitant ainsi l'impasse. Il est vrai que la théorie de Nash, dans son exposé pur, est un peu différente de celle-là, mais cette anecdote nous donne une idée assez claire de ce qui se passe maintenant en Tunisie.
Or la politique — surtout en ces temps révolutionnaires — consiste à séduire aussi et surtout les foules, notamment cette partie du peuple qui fait un sit-in devant le Premier ministère et qui considère que la révolution doit être «permanente». Ainsi il ne s'agit pas ici de se poser la question de savoir si les structures qui se sont autoproclamées tutrices de la révolution sont légitimes ou non; mais plutôt de se demander si ces structures, en cherchant à séduire cette foule, ont choisi la bonne stratégie ? J.F. Nash répondra par la négative, et ce, pour deux raisons essentielles.
Tout d'abord, ces structures sont idéologiquement hétérogènes, de sorte que chacune d'elles va séduire cette foule avec un langage idéologique donné. Or il se trouve qu'une grande partie de cette foule est composée de personnes authentiques, sincères, peut-être rêveuses, mais tout de même non idéologisées. Ainsi, tout comme les copains de Nash, ces structures vont essayer de séduire d'une manière débridée, cacophonique et décousue. Et, tout comme la belle de Nash, la foule ne comprendra rien à cette logorrhée verbale et, après s'être enflammée un moment, finira vite par se lasser.
Ensuite, et toujours dans la logique de Nash, ces structures se rabattront sur d'autres «foules» moins séduisantes, c'est-à-dire ces foules qui pensent que l'essentiel de la révolution a été fait, et qu'il faut maintenant soutenir l'effort de transition. Et là, ces structures risquent de se discréditer, attendu que ces foules de «second choix» n'ont pas, de par leurs convictions, besoin d'un discours séducteur prônant la protection tutélaire de la révolution. Comme les amies de la belle de Nash, l'autre partie du peuple verra dans ce discours de rattrapage une stratégie de séduction assez maladroite. Ainsi les «tuteurs» de la révolution finiront tôt ou tard, à en croire l'équilibre de Nash, par se quereller entre eux. Alors que la révolution a besoin de tout le monde.
La théorie de Nash préconise plutôt la solution suivante : chaque structure devrait s'occuper de la partie du peuple qu'elle estime vraiment représenter, et laisser cette belle foule convoitée — comme la belle de Nash — vivre en toute liberté et exprimer à sa manière propre la beauté révolutionnaire. Ainsi, peu à peu, et sans qu'aucune structure ne se discrédite à l'égard de ses adhérents, et surtout à l'égard du peuple, l'espace public trouvera un équilibre dans lequel la volonté générale sera la synthèse de tous ces discours grandioses.
Moralité de l'histoire ? La Tunisie doit absolument trouver, aujourd'hui, son équilibre de Nash. Afin qu'elle puisse sortir de l'impasse qui se profile.
* Avocat


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