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M pour malentendu
Lexique révolutionnaire à l'usage du Premier ministre
Publié dans La Presse de Tunisie le 22 - 04 - 2011


Par Yassine ESSID
«Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime, c'est la loi qui affranchit».
Henri Lacordaire
On aurait souhaité voir la nuit du 14 janvier donner lieu à de grandes réjouissances populaires, à un charivari réunissant tous le Tunisiens dans un élan de patriotisme spontané et de réconciliation nationale. Sauf que 23 années de ressentiment, de rancœur, de haine si longtemps accumulés contre le régime de Ben Ali et ses nantis, ainsi que les privations longuement endurées par de larges franges de la société, en ont décidé autrement. La fête s'est changée aussitôt en une campagne de pillage, de vandalisme et de violence, perpétrés par des foules revanchardes, qui se sont acharnées sur les biens de la «famille» autant que sur les édifices publics et privés. La chasse aux groupes armés, partisans du dictateur, qui avaient semé la terreur parmi les populations, avait failli anéantir tous les espoirs mis par le peuple dans l'aboutissement victorieux du 14 janvier.
Trois mois plus tard, et presque deux mois après l'entrée en fonction du gouvernement Caïd Essebsi, pourtant déterminé à en finir avec le désordre et restaurer à l'Etat son autorité, comme il l'a fortement souligné dans son discours d'auto-investiture, les esprits ne semblent toujours pas apaisés et le peuple demeure plus que jamais rétif à toute loi. Aussi sommes-nous devenus les témoins impuissants d'une indéniable radicalisation des revendications interminables et de mouvements sociaux à répétition. Leurs commanditaires sont comme partis en guerre contre un gouvernement qu'ils estiment insuffisamment disposé à satisfaire près de 700.000 demandes d'emploi recensées, à augmenter les salaires, à améliorer les conditions de travail, à instituer des allocations chômage, à supprimer la vignette auto, à diminuer les impôts, à baisser les montants des factures d'eau, d'électricité et de gaz, à tolérer la contrebande, à libérer abusivement les prisonniers… Ce gouvernement devrait également rétablir l'ordre et assurer la sécurité du citoyen.
Il y a assurément là un grand malentendu quant à la réalisation des objectifs de la révolution et la satisfaction des aspirations du peuple, qu'il est grand temps de dissiper. Le peuple tunisien, sonné par sa victoire sur la dictature, n'a sans doute pas bien saisi le sens du mot liberté et la véritable finalité de la révolution. Il y a eu, malheureusement, une dangereuse dérive vers le tout permis qu'il est temps de freiner sans quoi le bon peuple, excédé et découragé, finirait par désespérer de l'avenir.
Faire tomber une dictature s'est avéré chose relativement aisée, tellement le régime de Ben Ali était abhorré et affaibli, mais instaurer une démocratie et un Etat de droit après 23 ans de tyrannie et de répression policière est autrement plus compliqué. Il faut d'abord rappeler qu'en changeant de régime nous n'avons pas changé de pays. La Tunisie est toujours le plus petit pays du Maghreb, arabe et méditerranéen, sauf qu'elle n'est pas ce qu'on nous a fait longtemps fait croire un modèle de croissance tant vanté par les institutions financières internationales relayées par la propagande et la manipulation des chiffres. L'eût-il été qu'il n'y aurait pas eu une révolte sociale qui a fait tomber le régime en si peu de temps. Excepté qu'elle est encore plus mal en point qu'il n'y paraît, avec en sus une crise libyenne survenue au mauvais moment avec ses cortèges de dizaines de milliers de réfugiés démunis.
Pendant ce temps que fait le gouvernement provisoire ? N'ayant pour légitimité qu'un concours de circonstances et pour action que ce qui s'impose à lui et malgré lui, est-il constamment tiraillé entre la volonté d'agir et l'attentisme, l'impératif de se montrer autoritaire tout en restant magnanime, car bien qu'ayant le pouvoir, il manque à ce gouvernement l'autorité qui seule permet de se faire obéir en inspirant à la fois crainte et respect. La persistance de certaines fractions de la population à faire fi de la loi vient peut-être de ces signaux contradictoires que le gouvernement n'a cessé d'émettre quant à sa volonté réelle d'instaurer la justice dans le pays. Car, pour que la loi soit conforme à l'idéal de justice, il faut qu'elle s'impose à tous sans distinction. Or, au nom de la justice, on a libéré les victimes de Ben Ali, mais les victimaires, pourtant souillés de leurs méfaits, se pavanent encore en toute impunité et, lorsque certains sont arrêtés et écroués, ils demeurent entourés d'un halo de secret nullement rassurant quant aux crimes qui leur sont imputés ou au sort qui leur sera réservé. Autant de signaux brouillés à l'adresse d'une population impatiente, qui demande justice et qui attend des mesures sociales urgentes, mais qui, désillusionnée, finira par ne céder qu'à sa propre volonté. Sur le plan économique, qui ne serait pas alarmé lorsqu'il entend la déclaration inquiétante du gouverneur de la Banque centrale augurer d'une catastrophe imminente s'il ne se produit pas un sursaut de conscience de la population pour agir à redresser l'économie, mais reste néanmoins déconcerté par les propos qu'on prête au ministre des Finances soutenant que dans seulement cinq ans, la Tunisie connaîtra une croissance à la Singapour ? En attendant de devenir les champions du progrès économique et du bien-être social, on peut sérieusement se demander si les choses continuent sur ce rythme, combien de temps nous restera-t-il avant de mourir de faim, de maladie, ou simplement victimes des braqueurs, de plus en plus nombreux, de plus en plus audacieux.
Ainsi persiste partout ce périlleux malentendu quant au genre de révolution dont nous avons réellement besoin qui ne signifie ni liesse permanente, ni violence larvée, ni un futur dans lequel tous les désirs seront satisfaits, mais un changement de système politique et une manière d'agir. Ce n'est pas parce qu'un régime politique disparaît et que les rapports de pouvoir s'inversent pour qu'une révolution mérite son nom. Elle le vaut lorsqu'elle arrive à renverser l'ordre établi suffisamment pour adapter les rapports sociaux aux nouvelles réalités des forces productives, démocratiser la société et assurer la liberté, une liberté entendue comme le pouvoir de faire ce que la loi permet.


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