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La société civile peut-elle contribuer à la réussite de notre révolution ?
Opinions
Publié dans La Presse de Tunisie le 21 - 06 - 2011


Par Hassen CHAARI*
«De la critique peut jaillir la lumière»
Socrate
«Désormais, c'est entre autres à travers les associations que les peuples définissent et décident de leurs propres destins»
J.P. Colombani
La révolution du 14 janvier a prouvé le fait que nous, Tunisiens, acceptons mal l'opinion différente des autres, ne percevons pas le sens exact du temps, sommes un peu trop «bons vivants» pour ne pas dire «peu travailleurs», nous nous comportons mal en cas de panique, etc. A tous ces défauts, seules les associations peuvent nous apporter à moyen terme des remèdes en nous inculquant la tolérance, la rigueur, la ponctualité, le respect des lois et des règles consensuelles, qualités paradoxalement indispensables pour réussir notre révolution.
En effet, véritable école de civisme, de citoyenneté et de démocratie, tissu combatif, efficient, et imaginatif au service de l'intérêt commun, nos associations peuvent apporter des solutions à la plupart des maux de notre société au moindre coût, au plus vite et exactement là où il faut. Elles constituent en plus le seul secteur qui bannit le matérialisme qui nous ronge et veille à nous responsabiliser en faisant valoir à la fois nos droits et nos devoirs.
Après la révolution du jasmin, nos 9.500 associations peuvent bel et bien contribuer à l'édification d'une société libre, homogène et solidaire et peuvent représenter avec les dizaines de nouveaux partis politiques le meilleur cadre permettant à tous de participer à la vie publique, afin d'éradiquer la pensée unique et le sentiment d'impuissance, d'injustice et de marginalisation.
Comme l'association qui ne réalise pas le plus n'est point une, le tissu associatif tunisien devrait apporter son concours à la nation en contribuant au passage de notre pays d'une «société soumise» vers une société qui compte sur soi et qui s'autoprend en charge. Il devrait aussi être investi d'un rôle essentiel, notamment le rejet de la négation de l'autre, de la violence, du fanatisme et du régionalisme.
Par conséquent, porter une attention accrue à toutes les idées et les suggestions émanant des différentes composantes de cette société civile agissant dans le respect des constantes nationales et des valeurs républicaines irréfutables est aujourd'hui plus que jamais de mise.
En cette période post-révolutionnaire, il faut compter davantage sur le tissu associatif pour développer le civisme chez les citoyens tunisiens et accentuer leur perception des défis posés localement ou régionalement. Idem, il faut compter sur les associations pour doter cette génération bouillonnante de jeunes de l'esprit de volontariat, du don de soi, du service à autrui, d'initiative ainsi que d'entrepreneuriat et du respect de la loi.
La révolution du 14 janvier 2011 impose impérativement à notre pays de se lancer davantage dans le collectif, dans le volontariat, dans l'intelligence collaborative et le renforcement et la dynamisation de la société civile en général. Plus que jamais, notre société civile a un rôle important à jouer dans l'enracinement de la démocratie et l'amélioration de la gouvernance en Tunisie. Elle est appelée à s'impliquer dans cette transition démocratique et à réfléchir pour apporter sa contribution à la sauvegarde d'un environnement électoral sain et à dire son mot sur l'avenir politique du pays, car on risque que la dictature revienne de nouveau. C'est pourquoi, il faudrait conférer à notre société civile un rôle précurseur dans la résistance à l'autoritarisme et au despotisme. Le rôle de la nouvelle société civile en Tunisie est de véhiculer un nouveau langage sonsensuel et une nouvelle manière de penser. Elle peut influencer le discours politique et son apport dans cette transition démocratique est important, voire décisif, pour l'édification de notre démocratie de demain.
Le rôle à jouer par la société civile est d'accompagner cette transition démocratique surtout que le dernier sondage indique que 70% des Tunisiens ne savent pas pour qui voter. Et là c'est tout l'enjeu, car le rôle des associations est d'éclairer l'opinion publique et d'enrichir la culture politique naissante chez nous.
En outre, nos associations sont appelées à dialoguer avec les autres composantes de la société : un dialogue participatif, ouvert, tolérant, capable d'identifier des consensus prenant en compte les intérêts de chacun et en même temps compatibles avec la morale et l'éthique.
Ce faisant, l'indépendance et l'autonomie de nos associations sont primordiales pour qu'elles ne deviennent pas tributaires de l'administration. Raison pour laquelle l'Etat n'a pas à doter automatiquement les associations de moyens financiers; car bureaucratiser les associations n'est dans l'intérêt de personne et peut même les condamner à disparaître quand les subventions publiques font alors défaut. Toutefois, l'Etat peut veiller à ce que ces forces vives de la nation soient toujours impliquées là où il faut et quand il le faut dans la prise de décision publique.
La société civile,
5e pouvoir après les médias
Sur le plan international, le mouvement associatif vit un sursaut sans précédent et prend une telle importance qu'il est considéré à juste titre comme le 5e pouvoir après les médias. Des associations multinationales ou «ONG» internationales comme «Green Peace» ou celle du «Prix Nobel» ont autant d'influence que celui des Etats.
Partout dans le monde, la participation de la société civile — dans l'exercice bénévole du pouvoir — s'avère aujourd'hui plus que jamais comme une force économique, culturelle, sociale et même politique de première importance.
Comme les associations sont plus proches des populations que les gouvernements, certains pays riches de l'Occident n'acheminent plus leur aide au développement qu'à travers elles, ce qui donne à ces associations plus de crédibilité et de poids dans la responsabilité économique locale. D'ailleurs, les mouvements de protection de l'environnement, les collectifs d'aide aux handicapés, les associations de développement, les amicales de groupes, pour ne citer que celles-ci, ne peuvent qu'alléger sensiblement la charge politique, économique, culturelle et sociale des Etats.
Par ailleurs, dans la confrontation économique qui se joue actuellement partout dans le monde, ce sont les citoyens-consommateurs qui sont à même de relancer la croissance économique, ce qui exige qu'on consomme le maximum possible de «produits-maison». Pour ce faire, ce sont les associations qui devraient promouvoir le «patriotisme économique» et plaider pour un protectionnisme national intelligent. Justement, c'est à travers les associations qu'on essaye d'instaurer partout dans le monde une économie juste, équilibrée, cohérente, ouverte et solidaire, œuvrant pour le consensus et l'entente, bannissant l'excès et participant dans le développement intégral des pays.
Bref, la société civile a une grande responsabilité politique et ce n'est pas par hasard si plusieurs ONG se sont carrément transformées en partis politiques, comme ceux des écologistes.


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