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Le séisme syrien : l'état des lieux
La lettre du jeudi
Publié dans La Presse de Tunisie le 18 - 08 - 2011


Par Pr Khalifa CHATER
L'aire arabe vit actuellement une montée des périls dont les effets d'entraînement sur le voisinage sont évidents. Le sévère avertissement du chef de la diplomatie turque à la Syrie (15 août), le sommet Abdallah Gül (Riyadh, 14 août) et l'appel de Washington, Riyadh et Londres pour un arrêt immédiat de la répression du régime de Bachar El-Assad (13 août), attestent que l'actualité du Moyen-Orient préoccupe désormais les puissances régionales et internationales. Ils confirment les inquiétudes du Conseil de sécurité, appelé à reprendre l'examen de la question syrienne, aujourd'hui (18 août). La solidarité avec les peuples cibles d'une stratégie de liquidation explique les condamnations par la Turquie et les pays du Golfe de la dérive sécuritaires en Syrie. Elle est confortée par la peur d'instabilité générale dans la région… Myopie politique, Bachar Al-Assad, à l'instar des chefs d'Etat arabes contestés, n'a pas réalisé que le terrain glissait sous ses pieds. Il n'a pas été en mesure de comprendre la réaction populaire qui mettait en cause la gouvernance de son establishment... Conformément au mode de gouvernement qu'ils ont institué, les chefs d'Etat défiés par leurs peuples ont été prompts à faire usage de la force, privilégiant la solution sécuritaire. Alors que les révolutions tunisienne et égyptienne ont été couronnées de succès, le régime syrien a refusé sa sortie de scène, refusant de répondre au processus de la “dégagite” mis en œuvre.
Fait d'évidence, le printemps arabe tourne au cauchemar en Syrie. Les médias présentent quotidiennement les calculs macabres des résultats de la répression. Le régime totalitaire, dont nous ne connaissons que la partie immergé de l'iceberg, n'a pas d'état d'âme. Il ne ménage ni l'opinion publique ni l'establishment international. Et pourtant, la contestation, qui traduit la libération de la culture de la peur que les Assad ont établie, a provoqué un véritable séisme dans la carte géopolitique arabe. Elle suscite, en effet, l'inquiétude de ses cinq pays voisins : l'Irak, le Liban, la Jordanie, la Turquie et Israël. Alors que le Liban se démarque par sa politique ambiguë sur la question, que l'Irak opte pour une politique de neutralité prudente et que l'état israélien est sur le qui-vive, la Turquie passe à l'offensive. Le premier ministre turc avait annoncé, samedi 6 août, qu'il était à “bout de patience” face au bain de sang syrien et qu'il dépêchait son ministre des Affaires étrangères afin de transmettre “un message ferme” à Damas. Suite à cette annonce, par un échange verbal musclé, traduisant une nette dégradation des relations turco-syriennes, le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, et le président syrien se sont rencontrés, mardi 9 août, pendant six heures. Simple conseil, avertissement ou ultimatum, le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a espéré, le lendemain de la rencontre, que la Syrie s'engage sur la voie des réformes d'ici 10 à 15 jours et assuré qu'Ankara avait insisté auprès du président Bachar Al Assad pour qu'il mette fin au bain de sang. Revenant à la charge, vendredi 12 août le président turc, Abdullah Gül a appelé Al-Assad à mener des réformes démocratiques rapidement : "Je ne veux pas qu'un jour en regardant en arrière vous regrettiez d'avoir agi trop tard et trop peu", a-t-il écrit à son homologue syrien (l'agence turque Anatolie vendredi, 12 août). L'avertissement du chef de la diplomatie turque à la Syrie, le 15 août, annonce la fin d'un dialogue. Il est de plus en plus évident que la lune de miel turco-syrienne est bien finie. Peut-on se hasarder à affirmer qu'une intervention turque serait à l'ordre du jour, fût-elle soutenue par les Etats-Unis ! Revirement spectaculaire, le monde arabe est brusquement sorti de son silence vis-à-vis de la Syrie. A quelques heures d'intervalle, le 7 août, le Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui réunit six pétromonarchies et la Ligue arabe, a condamné la répression. Le "poids lourd du Golfe", le roi Abdallah d'Arabie Saoudite, a personnellement exigé de Bachar Al-Assad qu'il "arrête la machine de mort et l'effusion de sang". Riyadh rappela son ambassadeur pour "consultation", suivi par le Koweït et Bahreïn. Le lâchage de l'Arabie Saoudite, qui était pour le statu quo, est significatif. Peut-on dire que l'Arabie Saoudite et ses alliés, les pays du Golfe, ont intervenu parce que la répression est devenue plus violente ? Les analystes ont plutôt estimé que les rivalités internes ont pu jouer un rôle. Peut-être aussi n'ont-ils pas voulu laisser à la Turquie le monopole régional de la gestion du dossier, à la veille de la visite, le mardi 9 août, du ministre des Affaires étrangères turc ? Fin connaisseur de la géopolitique arabe, Abdelbari Atouan estime que ce message consacre le leadership turc (éditorial Al-Quds, 11 août 2011). Salam Kawakibi, directeur de recherche à l'Arab Reform Intiative (ARI), estime que "le roi a décidé de revendiquer la centralité du pouvoir saoudien, partagé entre deux tendances, l'une favorable à Damas, l'autre opposée", faisant valoir que ce basculement arabe n'a d'ailleurs pas pu se faire "sans un feu vert de Washington à ses alliés" (Pierre Prier, Le Figaro, 8 août 2011). L'Egypte, la Jordanie, la Tunisie et le Maroc exprimèrent leur solidarité avec le peuple syrien. Certes, aucun de ces Etats arabes, ni même la Turquie ou les Etats-Unis, n'a demandé, pour le moment, le départ de Bachar Al-Assad, se bornant à demander la fin des violences et l'engagement des réformes décisives. Mais l'escalade pourrait conduire vers la formulation du scénario de départ, réclamé par la révolution populaire. Le soutien diplomatique régional et international conforte la dynamique interne de la résistance populaire, qui constitue le facteur décisif de la lutte. Manifestations quotidiennes, de jour et de nuit, le "feuilleton ramadanesque" — expression imagée des protestataires — a inversé la situation, puisque la "peur a changé de camp". Et pourtant, on atteint l'intolérable, car les forces de sécurité font usage de lance-roquettes contre les manifestations massives, que les chars bombardent les quartiers et que des navires militaires pilonnent des villes côtières (Lattaquié, le 15 août). Mais "l'horreur à huis clos" est désormais impossible, n'en déplaise aux partisans de la répression discrète ! Situation similaire à celle de la Tunisie et de l'Egypte, grâce au portable et à Facebook, le régime a perdu la guerre médiatique, avant même de s'en apercevoir. D'ailleurs, les réseaux sociaux ont été d'un grand apport, puisqu'ils ont constitué les relais virtuels du soulèvement.
L'état des lieux montre que le régime syrien est désormais dans l'impasse. Optant pour une stratégie incohérente, il allie la répression et la réforme. Il décide d'établir, en effet, le pluralisme, remettant en cause le monopole du Baâth. Mais l'opinion publique syrienne n'accorde pas de crédit à ce "coup de poker", qui paraît invraisemblable, dans ce contexte de liquidation de l'opposition. De ce point de vue, nous partageons le diagnostic de l'éditorialiste d'El-Quds qui estime que la réforme signifie la fin du régime d'Al-Assad (10 août 2011). Vu ses assises minoritaires, il ne peut réussir l'épreuve d'une consultation électorale, puisque la majorité sunnite ne peut tolérer le monopole alaouite qu'il a établi. Le retour du pendule remettrait, dans ses conditions, ses alliances avec l'Iran et le Hezbollah, son relai au Liban. Nous sommes dans une situation de sticking point, où tout accord est impossible, car il remet en cause l'un des partenaires de la négociation.
La demande de réformes au régime syrien, signifie, à plus ou moins brève échéance, sa sortie de scène. Elle induira une révision d'envergure de la carte des alliances au Moyen-Orient, puisqu'elle institue un nouvel équilibrage de la démarcation géopolitique : clan modéré sunnite/mouvance radicale chiite. Ce qui permet l'affirmation des puissances régionales de la Turquie et de l'Arabie, aux dépens de l'Iran. De ce point de vue, elle changerait la donne du conflit, sur la question nucléaire des Etats-Unis et de l'Europe avec le régime d'Ahmadinejad. Ne perdons pas de vue cet aspect de la question.


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