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La «prison» des mineurs
Reportage - Centres de rééducation
Publié dans La Presse de Tunisie le 29 - 10 - 2011

La Presse — Le Centre de rééducation des mineurs délinquants de Gammarth se situe au fond d'une rue principale. La présence d'un gardien en uniforme au seuil de l'établissement annonce déjà le caractère officiel de l'endroit. L'espace ouvert qui couvre plusieurs centaines de mètres représente un cadre serein pour les quelques chiens bâtards, errant çà et là, montant la garde, ainsi que les chats qui prennent leurs aises en contrepartie sans doute de la chasse aux souris et aux insectes.
A droite, des pavillons en ruine font partie du décor. Ils remontent probablement à des décennies, peut-être à l'époque pré-Indépendance, lorsque le bâtiment était consacré à l'exil des détenus politiques. La porte du bâtiment, aujourd'hui occupé, apparaît après une cinquantaine de mètres de la porte principale. Fermée et gardée, elle s'ouvre à l'équipe, lui permettant ainsi de prendre connaissance de ce lieu de détention à vocation correctionnelle, de cette «prison» pour mineurs ou, comme insistent les responsables de l'administration des prisons et de la rééducation à la qualifier, de cette forme d'«internat à but rééducatif».
Mme Ines Garbaâ et M. Iskander Laâridhi, respectivement psychologue et éducateur, nous accompagnent dans cette visite guidée afin de nous fournir les informations nécessaires et de nous présenter au fur et à mesure les autres membres de l'équipe. Nous nous arrêtons d'abord à l'infirmerie où deux infirmiers, un homme et une femme, sont en service. La prise en charge médicale des mineurs délinquants commence dès le premier jour de leur transfert au centre, et ce, notamment par une consultation permettant de se rassurer sur l'état de santé des enfants. «L'équipe infirmière est en service 24 heures sur 24. Le médecin passe trois fois par semaine pour suivre l'état de santé des enfants, leur prescrire les traitements nécessaires en cas de pépins et les orienter vers des médecins spécialistes en cas de besoin», indique l'infirmière. Nous nous dirigeons par la suite vers la salle de visite. Il s'agit d'une grande salle, meublée de tables assez grandes pour réunir les membres d'une petite famille. M. Laâridhi indique que les mineurs reçoivent leurs familles tous les mercredi et dimanche. «Fort heureusement, un grand nombre de familles insistent pour visiter leurs enfants et parfois même prennent leur temps pour se réunir autour d'un déjeuner. Entretenir la relation parents/enfants est une mission fondamentale de notre travail. Elle permet de rassurer l'enfant et d'éviter son isolement par rapport à son milieu naturel», souligne M. Laâridhi. Immense, le réfectoire est consacré, aussi, aux activités d'animation. Quelques tables et chaises meublent à peine cet espace consacré jadis pour réunir des centaines de mineurs. M. Laâridhi nous confie que le nombre des mineurs délinquants détenus au centre de Gammarth ne cesse de chuter au fil des ans. «Je travaille dans ce centre depuis 1993. Je me souviens qu'à cette date, le nombre des enfants détenus était de l'ordre de 320. C'est à partir de 1996, date référentielle de la promulgation par la Tunisie du Code de protection de l'enfant, que le nombre a suivi une courbe descendante. Aujourd'hui, le centre n'abrite qu'une trentaine de mineurs», explique notre interlocuteur.
Pas le moindre rayon de soleil
Nous continuons à découvrir ce lieu qui, malgré la perfection du rangement et le respect des règles d'hygiène, s'avère mal éclairé. Le soleil persistant de midi n'arrive malheureusement pas à pénétrer les salles de cette vieille bâtisse. Un grand patio est consacré aux heures creuses. Il avoisine les deux dortoirs que compte le centre. Le pavillon où se trouvent les deux dortoirs dégage de l'humidité. M. Laâridhi nous fait visiter le premier dortoir, consacré aux ados âgés de 17 et de 18 ans. Mal éclairé, ce dortoir compte près d'une trentaine de lits, dont pratiquement tous sont couverts d'une housse bleue. Sur certains lits, se trouvent des couvertures neuves, pliées à la perfection, comme si elles sortaient de leur paquet. En revanche, les oreillers, eux, ressemblent à tout sauf à des oreillers: un gros morceau de mousse, découpé grossièrement, fait manifestement l'objet d'un oreiller sans taie. Au chevet de chaque lit, se trouve un sac contenant les affaires individuelles de toilette. Un poste de télévision prône au coin. Dans le mur attenant, des W.C! Les hautes fenêtres qui rappellent une architecture ancestrale font passer un courant d'air fort humide. Une cabine se situe au coin du dortoir. Elle comprend deux lits dont les matelas sont dépourvus de housse. «C'est la place réservée aux éducateurs de permanence. Nous ne laissons aucunement les ados dormir seuls. D'ailleurs, c'est durant la nuit que les ados font des confidences aux éducateurs. Ces derniers profitent de ces moments de sincérité pour être plus à leur écoute et leur apporter conseil», souligne notre guide. C'est ce que confirme M. Anis Jelassi, éducateur: «Pour les mineurs délinquants, il convient d'être toujours à leur écoute afin de mieux les sensibiliser, les dissuader du crime et de la délinquance et de les orienter vers le droit chemin. Ce qui est intéressant dans notre travail, c'est que nous agissons en tant que grands frères. Nous tentons d'inspirer confiance tout en imposant le respect». Le deuxième dortoir, censé être celui des plus jeunes, est tout aussi bien rangé que le premier. Toutefois, l'odeur du renfermé y est insupportable. L'humidité y est encore plus prononcée.
Pour ce qui est des ateliers, ils mettent à la disposition des jeunes ce dont ils ont besoin pour faire table rase des préoccupations illégales qui animaient leur quotidien et se pencher, désormais, sur des activités utiles. La salle d'informatique présente un certain nombre de PC. « Les jeunes apprennent à manipuler l'ordinateur et à faire des recherches sur Internet. Ils peuvent même accéder à Facebook s'ils le veulent», fait remarquer le professeur d'informatique. La bibliothèque est garnie de livres et de contes dont la majorité des titres est destinées aux enfants âgés de dix ans. «La plupart des ados sont déscolarisés depuis un certain temps. Ces livres leur présentent un niveau abordable. D'ailleurs, certains n'arrivent même pas à lire convenablement et à saisir le sens de ces histoires pour enfants», note Mme Garbaâ. Pour ce qui est des ateliers de menuiserie, de mécanique et de coiffure, ils sont dotés du matériel indispensable à l'apprentissage.
Quatre ados, quatre histoires
Les enfants s'apprêtent à passer à table dans la cantine du centre. Se tenant en file indienne derrière le guichet, chacun d'entre eux reçoit son plateau contenant, ce jour-là, des pâtes au poulet et une salade. Ils mangent en petits groupes de six, discutent calmement et font preuve de discipline. Leur regard trahit une curiosité juvénile, mais aussi une certaine gêne par rapport à leur situation peu confortable. Helmi est placé dans le centre de Gammarth depuis trois mois. Ce garçon, au regard pétillant et au sourire irrésistible, est âgé d'à peine 13 printemps. Issu d'une famille nécessiteuse et habitant un quartier défavorisé de Tunis, Helmi est le sixième de ses frères et sœurs. Son père est retraité et sa mère s'active un tant soit peu pour collecter les herbes sauvages. Il a quitté les banc de l'école car il avait peur des instituteurs. Passant ses jours dans la rue, Helmi s'est initié au vol sans le moindre petit effort. «Je suis placé au centre parce que j'ai volé, ainsi que trois de mes amis, une maison. Nous avons remporté de l'or, un PC et un GSM», avoue -t-il, avec un sourire innocent sur les lèvres. Helmi a pris conscience de la gravité de son délit ultérieurement. Mais au moment de l'acte, il était sous l'effet de la drogue. «J'étais pas vraiment conscient de ce que je faisais, j'étais en extase. J'avais avalé un comprimé qu'un jeune inconnu nous a vendu», se souvient-il. Il se souvient également de son premier jour au centre. Helmi était terrorisé à l'idée d'être mis dans une cellule individuelle. Il a été rassuré par la vie en groupe. «J'ai appris beaucoup de choses ici, comment tenir la tête basse, les mains derrière à la vue d'un éducateur. J'ai appris pas mal de leçons sur la menuiserie et puis je m'amuse dans les entraînements», nous confie-t-il. Il ajoute que la relation qu'entretiennent les éducateurs avec les enfants est assez souple. «Toutefois, pour nous punir en cas de bêtises, ils nous donnent des coups sur les mains», renchérit-il. Wissem a 17 ans. Il est encore en état d'arrestation en attendant le procès. Wissem travaillait tranquillement dans l'échope de sa tante. Sa vie était paisible jusqu'au jour où il tue un voisin. «C'était une bagarre qui s'est terminée par la mort du jeune.C'est lui qui a manifesté des actes de violence le premier. Les coups se sont précipités et je l'ai frappé d'un coup de poing à la tête. Il est tombé, aussitôt, inconscient. Je l'ai conduit moi-même à l'hôpital. Là, j'ai appris qu'il a eu un traumatisme cérébral et une hémorragie interne. Il m'a pardonné avant de mourir», raconte Wissem, sans pour autant donner le moindre signe émotionnel. Le regard figé, il semble lui-même encore sous le choc, comme s'il parlait d'un fait divers qui ne le concerne en rien, comme si son avenir n'en dépendait point. Il nie même tout impact de cet accident sur son être.
Si Helmi et Wissem sont placés, pour la première fois de leur vie dans un centre de rééducation pour mineurs délinquants, Amir, lui, est récidiviste. Cet adolescent, âgé de 16 ans, fait partie d'une famille démunie; ses parents, tous deux chômeurs, sont incapables de subvenir aux besoins de leurs six enfants. Amir habite dans l'un des quartiers défavorisés du Grand-Tunis. Cela fait trois ans qu'il vole pour se nourrir. «Ce n'est pas la première fois que je me trouve dans un centre de rééduction. J'étais auparavant placé au centre d'El Mourouj pour avoir volé un GSM», indique notre interlocuteur. Amir n'a pas retenu la première leçon. Les conditions lamentables dans lesquelles il grandit l'empêchent de voir l'avenir sous un angle positif. D'ailleurs, bien qu'il ait déjà décroché un diplôme en menuiserie, il n'a pas pris la peine d'insister pour l'avoir. «Je me suis déplacé jusqu'à El Mourouj pour retirer mon diplôme, mais on m'a dit qu'il n'était pas encore prêt. Je n'y suis plus retourné», avoue-t-il.
Salah est aussi âgé de 16 ans. D'un tempérament colèrique, Salah est un habitué des centres de rééducation. En effet, il a été placé à quatre reprises au centre d'El Mourouj et une fois au centre de Naâsène. Ses délits consistent essentiellement en des actes de violence. «J'ai été arrêté pour la première fois à l'âge de 14 ans. J'avais bu et j'ai abîmé une voiture. J'ai été également arrêté une fois pour avoir tenté de tuer un jeune du quartier lors d'une bagarre. Je l'ai, en effet, poignardé à l'aide d'un couteau. Cette fois-ci, j'ai agressé un agent de police qui voulait vérifier si je suis recherché ou pas. En fait, je n'avais rien fait pour être contrôlé et je n'ai pas accepté cette provocation», explique-t-il. Salah nous livre ces information à contrecœur. Son regard laisse deviner une colère à peine contrôlée et une grande susceptibilité. La grande cicatrice qui défigure sa joue gauche en dit long sur ses déboires de délinquant mineur.
Et les vingt-six autres?
A la sortie, nous laissons derrière la porte blindée, refermée, trente histoires tragiques, trente destins à sauver. Le soleil de 14 heures éblouit les regards et réchauffe les cœurs. Le village de Gammarth grouille de vie et de mouvement. Deux collègiennes se tiennent bras-dessus bras-dessous. Elles discutent et rigolent sur le chemin de l'école. Un jeune, aux vêtements trés tendance et à la coiffure «in», tient un classeur à la main et se dirige vers la station du bus. Un peu plus loin, un petit garçon aux cheveux blonds se cache derrière de grosses lunettes et joue devant l'épicier du coin...Manifestement, la vie est injuste, même envers les enfants. Espérons que les mineurs placés derrière la porte du centre de Gammarth, mais aussi ceux qui se trouvent dans les six centres de rééducation des mineurs délinquants, ainsi que les enfants qui naissent et grandissent dans des milieux propices à la délinquance pourront rattrapper le temps perdu et les gâchis.


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