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Constitution : Ennahdha serait-elle plus royaliste que le roi ?
Opinions
Publié dans La Presse de Tunisie le 12 - 03 - 2012


Par Mustapha MEZGHANI*
Suite à la révolution dite du 14 janvier, la Tunisie s'est orientée vers une Constituante qui a été chargée de rédiger une nouvelle Constitution. A la même période, Sa Majesté le Roi du Maroc, voulant éviter de voir son pays subir une révolution et se voir déposer par un «Dégage», a demandé au parlement de rédiger une nouvelle Constitution.
Afin de pouvoir s'en inspirer dans la Constitution tunisienne, il serait intéressant de voir comment le Maroc appréhende les questions d'identité nationale et d'Islam dans sa Constitution. Cela est d'autant plus intéressant que cette question est plus que d'actualité en Tunisie et étant donné que nos deux pays ont de fortes ressemblances et sont unis par des peuples et tout un pan commun de l'histoire de par leur appartenance à l'espace méditerranéen par opposition aux pays du Golfe qui ont certes eu une histoire fort riche, mais pas toujours commune avec les pays de la Méditerranée.
Il est connu de tous que Sa Majesté le Roi du Maroc, Amir El Mo'minin, est un descendant direct du Prophète Mohamed (SAAS) : Fatima Zahra, fille du Prophète étant une de ses aïeules comme le prouve la descendance mentionnée sur une des colonnes de la majestueuse mosquée Hassan II à Casablanca. Il est ainsi arabe et musulman d'origine, sans équivoque aucune et il aurait été tout à fait normal que la Constitution marocaine stipule que l'identité du Maroc n'est qu'arabo-musulmane et que la Chariaâ est la source de toute législation.
Le choix du Maroc a été tout autre et a pris en considération la riche histoire du Maroc, ses peuples, les différentes civilisations qui s'y sont succédé au fil du temps ainsi que les religions embrassées par son peuple prenant en considération minorités et majorités sans exclusion aucune, en consacrant le principe d'inclusion et respectant un principe cher à Antoine de Saint-Exupéry : «Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m'enrichis».
Ainsi, et dès le préambule, et après avoir mentionné que le Maroc est un «Etat musulman souverain», la Constitution fait référence aux composantes culturelles et civilisationnelles du Maroc en stipulant que : «Son unité, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s'est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen». Rappelant que «la prééminence (est) accordée à la religion musulmane dans ce référentiel national», la Constitution marocaine insiste aussi sur le fait que cela «va de pair avec l'attachement du peuple marocain aux valeurs d'ouverture, de modération, de tolérance et de dialogue pour la compréhension mutuelle entre toutes les cultures et les civilisations du monde». Cela est aussi rappelé dans l'article 1 de la Constitution qui stipule dans son troisième alinéa que «La nation s'appuie dans sa vie collective sur des constantes fédératrices, en l'occurrence la religion musulmane modérée, l'unité nationale aux affluents multiples, la monarchie constitutionnelle et le choix démocratique».
Cette Constitution, bien que mettant en premier son attachement à l'Islam, insiste et, afin d'éviter toute équivoque, mentionne systématiquement son attachement aux civilisations et cultures du pays ainsi qu'aux valeurs d'ouverture, de modération, de tolérance et de dialogue. D'aucuns pourraient se poser la question du pourquoi de la mention et du rappel de ces valeurs alors que ce ne sont autres que les valeurs de l'Islam ? Il est important d'insister sur ces valeurs et de les rappeler pour non seulement en éviter l'oubli, mais aussi et surtout pour réconforter toutes les parties : les islamistes qui montreront qu'ils tiennent au respect des valeurs de l'Islam et que ceux qui pensent que ces valeurs n'en font pas partie se trompent; les modernistes (dont les musulmans dits modérés font partie) qui craignent pour ces valeurs et enfin, les extrémistes religieux, qui parfois oublient ces valeurs ou en ont une interprétation biaisée. Cette mention permettra de rappeler que ces valeurs ne pourront à aucun moment être remises en question.
Libre exercice du culte
L'Islam est aussi mentionné dans l'article 3 de la Constitution marocaine, à propos de la religion d'Etat, mais immédiatement suivi, dans la même phrase de «la garantie de libre exercice des cultes» dont la responsabilité est du ressort de la plus haute instance du pays, Sa Majesté le Roi qui est «garant du libre exercice des cultes» d'après l'article 41. Bien que la liberté de croyance et que le libre exercice du culte soient aussi conformes aux préceptes de l'Islam, le législateur marocain, une fois de plus, a tenu à le rappeler dans la Constitution afin d'éviter tout équivoque ou risque d'interprétation.
La Constitution marocaine, bien qu'insistant sur l'importance de l'Islam, ne fait à aucun moment référence à la Chariaâ, sous aucune forme que ce soit et pour cause: l'Etat est musulman. Quoi de plus fort. Pourquoi avoir donc besoin de mentionner la Chariaâ comme source de législation alors que cette même Chariaâ est source d'interprétation, interprétation qui peut aller d'un extrême à l'autre en fonction des courants et des personnes qui vont faire cette interprétation. Le député Chourou, à propos des grévistes, n'a-t-il pas demandé d'appliquer à la lettre les recommandations du Coran et de leur couper les membres ? Il y a certes interprétation à faire afin de voir si ces grévistes répondent à la définition de la sourate évoquée, mais cela est suffisant pour effrayer les gens et montrer les abus pouvant être commis. Le courant malékite, courant dominant au Maroc et en Tunisie, est modéré et a une vision de l'Islam conforme aux préceptes de la religion et au Coran, mais différents d'autres interprétations faites dans les pays du golfe et par les perses qui eux ont une lecture plus extrémiste du livre saint.
Notre législation actuelle est conforme au livre saint et ce, que ce soit en ce qui concerne les tout premiers textes de loi et le code civil, et la Tunisie est le premier pays arabo-musulman à avoir un code civil, que ce soit en ce qui concerne les textes par la suite publiés. Tous ces textes sont conformes aux préceptes de l'Islam et ont été rédigés dans ce sens en se basant sur des interprétations faites par des cheikhs et plus particulièrement les cheikhs de la Zitouna. Ainsi, il n'est nul besoin de mentionner la Chariaâ comme source de législation dans la Constitution, et ce, exactement pour les mêmes raisons que celles mentionnées ci-dessus. Cela évitera les clivages au sein de la population et permettra de réconforter toutes les parties et plus particulièrement les musulmans modérés (laïcs ou islamistes) des extrémistes religieux qui veulent imposer la Chariaâ avec une lecture obscurantiste.
Ne jamais renier l'histoire de la Tunisie
La Tunisie est un pays riche de trois mille ans d'histoire qui ont marqué le cours de l'histoire du monde entier, qui a compté de grands stratèges et de grands visionnaires et qui a aussi marqué de son empreinte l'Islam. La civilisation carthaginoise a régné sur le bassin méditerranéen bien avant l'avènement de l'Islam, en témoigne la ville de Barcelone dont le nom est attribué à Amilcar Barca, père de Hannibal grand stratège guerrier. La Tunisie a même donné son nom (Ifriqiya) au continent africain. Il serait dommage de renier ce passé et de se limiter uniquement à la période arabo-musulmane.
L'Ifriqiya (ancien nom de la Tunsie) a aussi été un acteur majeur dans la conquête musulmane de l'Espagne. Tarak Ibn Zied, le berbère, en est originaire et c'est lui qui a conduit cette conquête, l'honneur lui a même été donné de donner son nom au détroit de Gibraltar. Le contrat de mariage kairouanais, le fameux Sadek al Kayraweni qui impose la monogamie dans le couple et donne de nombreux droits à la femme n'est-il pas d'origine tunisienne ? Ce contrat a par la suite été adopté par nombre d'éminentes personnalités musulmanes dans leur mariage et est principalement dû au fait que la monogamie était d'actualité auprès d'une bonne partie du peuple tunisien avant l'avènement de l'Islam.
L'exemple de la Constitution marocaine est édifiant et, bien que descendant direct du Prophète, Sa Majesté Mohamed VI, Roi du Maroc, a pris en considération la richesse de l'histoire et de la culture marocaine et n'a pas mentionné l'Islam comme unique référence dans la Constitution, mais a tenu à prendre en considération l'identité nationale. Ainsi, et à chaque fois que référence est faite à l'Islam, et sans remettre en cause l'identité arabo-musulmane de son pays, il y a immédiatement référence à la convergence des autres composantes, à l'ouverture, à la modernité,… voire à certaines valeurs de l'Islam telles que les valeurs d'ouverture, de modération, de tolérance et de dialogue, le but de la Constitution étant certes de définir les bases d'un Etat mais aussi de faire en sorte à ce que tout citoyen puisse s'identifier à cet Etat et y trouver le minimum de garanties contre les excès potentiels des uns et des autres.
La Tunisie ferait bien de prendre exemple sur le Maroc afin de faire de sa Constitution un élément fédérateur et non un élément de division, de désaccord, de discorde voire de sédition.
* (Kolna Tounes)


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