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Un ministre et trois secrétaires d'Etat, ce n'est pas l'islamisme au gouvernement
Opinions
Publié dans La Presse de Tunisie le 16 - 02 - 2015


Par Hatem M'RAD*
Beaucoup de démocrates, progressistes et libéraux, qui ont soutenu Nida Tounès et Béji Caïd Essebsi, dans l'espoir, justement, de défendre un modèle de société moderne et séculier et écarter les islamistes traditionalistes du pouvoir, ont manifesté beaucoup de réticences, sinon une violente « allergie » à l'association d'Ennahdha au nouveau gouvernement Essid. Ils s'estiment lésés et sacrifiés en tant qu'électeurs au profit d'une hypothétique combinaison politicienne douteuse, manigancée derrière les rideaux par Essebsi et Ghannouchi, deux animaux politiques qui ne sont pas nés d'hier. Les démocrates électeurs de Nida-Essebsi n'acceptent pas, sur le plan de la logique, de chasser les islamistes par une porte et de concéder à les faire rentrer par l'autre. Une question de logique politique, voire d'éthique intellectuelle. L'idée que l'islam politique soit présent dans un gouvernement laïque et moderniste effrayait tous ceux qui ont eu à combattre l'islamisme et ses méfaits depuis la révolution, voire qui en ont subi son ire.
N'exagérons pas les choses et restons dans la mesure. Un ministre et trois secrétaires d'Etat n'impliquent pas l'islam politique au gouvernement, surtout dans un Etat dirigé par un parti séculier disposant de la majorité au Parlement, de la présidence et de la direction du gouvernement. Il n'y a pas d'alliance en bonne et due forme entre Ennahdha et Nida Tounès dans le gouvernement Essid, qui vient juste d'être désigné. Il y a eu certes un semblant d'alliance électorale, très informelle d'ailleurs, entre Nida, Afek Tounès et l'UPL sur quelques points très vagues pour une action urgente. Mais Ennahdha n'était pas associé à cette entente électorale, même si on n'ignorait pas ses échos dans l'antichambre préélectorale.
Si Ennahdha voulait faire une alliance avec Nida Tounès, il n'aurait pas accepté si peu, c'est-à-dire l'entrée au gouvernement juste d'un seul ministre et de trois secrétaires d'Etat, alors même qu'il représente presque la moitié de l'électorat du pays et un poids sociologique indéniable. Ghannouchi lui-même parlait d'une « participation symbolique » d'Ennahdha au gouvernement, montrant par-là que l'essentiel pour son parti était qu'il ne soit pas trop marginalisé, entendons qu'il ne soit pas la cible principale du gouvernement. Si Ennahdha voulait réellement conclure une alliance, elle aurait demandé une meilleure part du gâteau. Elle aurait demandé, outre les portefeuilles, un programme commun, qui puisse tenir compte de ses grands choix idéologiques. Une alliance formelle d'Ennahdha avec Nida Tounès et ses alliés aurait d'ailleurs gêné ses propres partisans dont une bonne partie n'a pas accepté l'idée d'une « participation symbolique » au gouvernement, qui ne sied pas au poids d'Ennahdha dans le pays. De toutes les manières, Ennahdha s'attachait dur comme fer moins à une quelconque alliance qu'à un gouvernement d'union nationale, mieux acceptable par ses propres troupes, et mieux à même d'édulcorer l'impact de Nida Tounès dans le pays.
Qu'est-ce alors que le gouvernement Essid ? C'est une coalition de cinq partis représentant plus des 3/4 du Parlement. Une coalition qui correspond potentiellement à 180 députés, même si 167 d'entre eux seulement ont voté la confiance. Si bien que l'opposition ne représente plus que 38 députés sur 217. Le gouvernement est composé de 41 membres : 25 membres représentant les partis politiques associés, mais 16 membres d'entre eux sont désignés pour leur profil indépendant, y compris dans les ministères de souveraineté. Au vu de l'ensemble de ces données, le type de gouvernement qui apparaît à nos yeux, avec force, s'identifie davantage à un gouvernement d'union nationale qu'à un gouvernement d'alliance. L'opposition est ici marginalisée, même si elle sera vraisemblablement peu accommodante. Dans un tel gouvernement de presque union nationale, le poids d'Ennahdha, réel ou potentiel, sera plus ou moins dispersible, lui aussi, dans les nécessités de l'union.
En somme, il ne s'agit ni de faire un choix entre l'islam politique et la sécularisation, ni d'un quelconque « compromis historique » entre deux postulats contraires qui s'excluent. N'exagérons pas. On n'aura pas affaire à Ennahdha majoritaire et arrogant de la Troïka, mais à Ennahdha minoritaire au profil bas par la force des choses. Personne n'est dupe. Ennahdha a besoin de se recomposer en s'associant au gouvernement. Il souhaite « acheter » une trêve politique lui permettant de se réorganiser et de se réadapter au nouveau contexte. Personne n'abandonne ses postulats.
De quoi s'agit-il alors ? Il s'agit juste de « gouverner », au sens plein du terme, de créer un gouvernement de presque union nationale, un gouvernement de combat, non idéologique, qui aura à affronter de grands défis dépassant la taille d'un seul parti : le terrorisme, le jihadisme, la misère, le développement, la drogue, le marché parallèle, la mafiocratie, la mise en place des institutions et réformes vitales. Pour cela, il fallait en payer le prix politique. C'est la loi du genre.
Face à de tels défis gargantuesques, un gouvernement doit être prêt à gouverner, même avec le diable s'il le faut, si cela peut pacifier un pays, permettre la survie d'une société, la sécuriser, la stabiliser, la mettre sur les rails et lui redonner confiance et espoir. Si jamais Ennahdha voudrait revenir à ses « premières amours », en cherchant à imposer de nouveau la tradition moyenâgeuse au gouvernement et dans le pays, il serait invité à quitter le gouvernement. S'il s'avère dans ce cas difficile de constituer une nouvelle majorité, on peut toujours recourir à l'arme de la dissolution. La dissolution, un procédé très coûteux, il est vrai, fera réfléchir deux fois élus et partis.
On ne choisit pas ses alliés (Ennahdha était l'adversaire d'hier), on ne choisit même pas toujours ses adversaires (Al-Jabha est un allié culturel à l'opposition). C'est la conjoncture et la contrainte politique qui s'en chargent. Les démocrates ne peuvent pas, d'un côté, appeler de leurs vœux la mutation des islamistes, réclamer leur transformation dans une orientation plus politique, plus démocratique, moins théologienne, et refuser, d'un autre côté, de collaborer conjoncturellement avec eux, lorsqu'ils acceptent de participer à un gouvernement d'union nationale, de faire des compromis et des concessions. Même si la vigilance à leur égard reste, à l'évidence, impérieuse.
Il faut rappeler que, depuis la révolution, la Tunisie a résolu tous ses graves problèmes politiques par des compromis et des consensus : la Haute instance de Ben Achour, le gouvernement Essebsi, la Constitution, le Dialogue national, le gouvernement Jomâa. Le gouvernement Essid ne fait pas exception. Ennahdha a été associé dans toutes ces phases, pourquoi ce qui était accepté hier ne l'est plus aujourd'hui?
En tout cas, un ministre et trois secrétaires d'Etat, non seulement ce n'est pas l'islam politique au gouvernement, mais, en plus, lorsqu'ils permettent d'obtenir d'un coup 180 voix de soutien au Parlement, ce n'est pas si mauvais que cela pour Nida Tounès, en termes de pertes et profits. Même si Ennahdha peut toujours abandonner le navire et ne pas suivre le cap.
A chaque jour suffit sa peine
(* Professeur de science politique)


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