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Quand l''islamophobie tourne à l'hystérie collective
Publié dans Leaders le 26 - 08 - 2010

On aurait voulu attiser le climat d'islamophobie aux Etats Unis, on ne s'y serait pas pris autrement. Car il fallait une bonne dose de naïveté pour penser que l'annonce de la construction d'un centre culturel musulman, à quelques centaines de mètres de Ground Zero, même s'il s'agit d'un vieux projet, allait passer inaperçue à un mois de la commémoration du 11 septembre.
Les représentants de la communauté musulmane, en butte depuis longtemps, et en tout cas, bien avant l'attentat contre le World Trade Center à l'ostracisme de leurs compatriotes devaient être les premiers à le savoir d'autant que les manifestations d'islamophobie sont allés crescendo, ces dernières semaines, avec en point d'orgue cet appel d'un pasteur méthodiste, la plus importante église aux Etats Unis, à un autodafé d'exemplaires du Coran. Jamais on n'était allé aussi loin dans la haine de l'islam et des musulmans.
N'aurait-on pas gagné à temporiser en attendant que cette campagne s'essouffle pour ne pas donner des arguments à ceux qui rêvent depuis toujours d'en découdre avec les musulmans. Cela n'excuse pas pour autant cette stigmatisation de toute une communauté en raison de ses origines et ses convictions religieuses. Il faut dire que les néoconservateurs, plutôt discrets depuis le départ de George Bush, n'attendaient que cette occasion pour se rappeler au bon souvenir des Américains. Elle sera exploitée à fond et par ces néoconservateurs et par les républicains. Car il ne faut pas oublier qu'on est à quelques mois des élections de mi-mandat aux Etats Unis où il s'agira de renouveler l'ensemble des sièges de la Chambre des Représentants et le tiers du Sénat.
Pour avoir une idée du climat de suspicion contre l'islam qui règne dans ce pays, la Maison Blanche a dû démentir les rumeurs selon lesquelles le Président Obama serait musulman et réaffirmé l'attachement du chef de l'exécutif à sa foi chrétienne. Car dans cette Amérique de 2010, le simple soupçon d'appartenance à la religion musulmane est devenu insupportable. Et a fortiori, lorsque la personne soupçonnée occupe la Maison Blanche. L'équation est simple : musulman = terroriste. On est en plein délire. Le plus inquiétant, c'est qu'il ne s'est trouvé aucun américain, aucun journal ou si peu, pour dire, d'une voix audible et non seulement dans le secret des salons, à leurs compatriotes que l'extrémisme religieux a fait nettement plus de victimes chez les musulmans que chez les non musulmans, que l'Islam respecte tous les prophètes y compris Jésus et Moïse autant que Mohammed, que le mot Allah n'est que la traduction arabe du mot Dieu, le même que celui qu'ils adorent, et non une divinité exotique comme ils le croient et qu'enfin l'Islam fait partie des grandes religions monothéistes avec le judaïsme et le christianisme avec 1,3 milliard de fidèles. En fin de compte, cette hystérie collective nous rappelle une des périodes les plus sombres de l'histoire des Etats Unis, la fameuse chasse aux sorcières des années 50, conduite par le sénateur McCarthy qui avait failli vider l'Amérique de ses intellectuels et artistes les plus brillants, contraints à l'exil en Europe parce qu'ils étaient soupçonnés, injustement d'être des « cryptocommunistes ». Sauf que dans le cas d'espèce, le musulman a pris la place du cryptocommuniste. Espérons que la raison finira par l'emporter comme avec le maccarthysme.
Mais les Etats Unis n'ont pas le monopole de l'islamophobie. Beaucoup de pays européens s'y sont engagés avec le zèle des néophytes comme en témoignent les actes racistes qui se multiplient n'épargnant ni les personnes, ni les lieux de culte, ni même les carrés musulmans des cimetières. On y assiste même à une banalisation de l'islamophobie parce que pratiquée par des politiciens de tous bords au nom de la liberté d'expression. Liberté, que de crimes ne commet-on pas en ton nom. Un détail significatif : le Pakistan vient de connaître les plus graves inondations de son histoire avec des milliers de morts et plus de 20 millions de sans-abri sans provoquer le moindre émoi en occident et encore moins un élan de solidarité envers les victimes et ce, malgré les appels pressants de l'ONU. Un petit détail : le Pakistan est le deuxième plus grand pays musulman du monde. Ceci explique cela. Sont-ce les signes avant-coureurs d'un choc des civilisations?


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