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Ammar Mahjoubi: L'esclavage à Rome
Publié dans Leaders le 23 - 12 - 2021

L'esclavage existait dans toutes les civilisations autour de la Méditerranée, depuis les temps les plus reculés ; mais avec des formes diverses qu'il est nécessaire de distinguer pour comprendre son rôle et l'évolution de son «mode de production». Sur la définition de l'esclave, la concordance existe entre les textes anciens. Ne disposant ni de sa force de travail, ni de son corps, il appartenait tout entier à quelqu'un d'autre, ne jouissait pas de sa «liberté». Il était vendu et acheté au même titre qu'un objet, tout en étant assimilé en quelque sorte au bétail et défini comme «un instrument animé ». Pour le droit romain, l'esclave est un être dépourvu de personnalité (Digeste, IV, 5, 3, 1), objet et non pas sujet de droit (Gaius, II, 13). L'influence de certaines idées morales ainsi que l'évolution des mœurs avaient, néanmoins, amené le législateur à atténuer les conséquences de cette définition et à considérer l'esclave comme un être humain, dont la «valeur instrumentale» était telle qu'elle lui permettait de représenter son maître pour certains actes.
Aujourd'hui, grâce à l'étymologie, relayée par la sémantique et l'anthropologie structurale, de nouvelles perspectives sont ouvertes sur les origines de l'esclavage romain et sur son intégration dans les rapports sociaux. Captivus, mancipium, servus, autant de mots pour désigner en latin l'esclave. Les deux premiers introduisent l'idée de guerre, de prise, ou aussi de transactions, car « mancipium » dérive de « manus », de mainmise. Quant à « servus », il relève peut-être d'un fonds étrusque et marque l'antagonisme ethnique et civique entre l'esclave et le citoyen romain. Il introduit aussi l'idée que certaines « races » sont prédestinées à l'esclavage : Juifs, Syriens, Cappradociens et, de façon générale, les « barbares ». Ce qui est une façon d'excuser le recours à l'esclavage par l'invocation d'une supériorité culturelle et ethnique du Romain, qui vit dans une cité du monde civilisé. Justification que développe Cicéron (De Republica, III, 37), mais qui était déjà avancée par Platon et Aristote dans le monde grec.
A l'époque la plus ancienne, le nom latin de l'esclave était aussi «puer», ce qui montre une intégration dans les systèmes de parenté. En appartenant au maître, l'esclave se trouvait sous sa « puissance », avait droit à sa nourriture et s'intégrait donc à sa famille, d'une manière certes très inférieure. Et lorsqu'ils sortaient de l'esclavage par l'affranchissement, les esclaves ne pouvaient qu'être, d'une manière ou d'une autre, intégrés dans la cité, car ils étaient liés à leurs anciens maîtres par des liens assimilés à des attaches de parenté ; c'est pourquoi ils prenaient les noms de ces maîtres devenus leurs patrons. L'esclavage n'était donc pas un fait simple ; soumis comme tous les faits sociaux à toutes les variations imposées par le temps, les origines des esclaves comme leurs rôles étaient différents selon les époques.
De la fin du IIIe à la fin du Ier siècle avant le Christ, l'importance de l'esclavage s'était considérablement accrue en Italie, comme s'était aussi accru de façon concomitante, le danger potentiel que représentaient les masses serviles, tant pour les maîtres que pour la cité. Entre ces deux limites, en effet, entre 250 et 56 av. J-C., les grandes victoires romaines et les grandes conquêtes grossirent prodigieusement dans l'agriculture le nombre des esclaves; barbares occidentaux en Italie et majoritairement des orientaux en Sicile. La réduction en esclavage des vaincus était un fait constant et général dans l'Antiquité, et l'arrivée massive de ces prises de guerre permit le développement d'une agriculture de type nouveau, avec une grande concentration des propriétés ; ce qui avait accentué les conflits entre les grandes propriétaires possesseurs d'esclaves et les petits propriétaires dépossédés.
Avec les prises de guerre et la reproduction des esclaves, le commerce autorisé (même s'il concernait, à l'origine, des victimes de la piraterie ou du brigandage) était l'une des trois sources possibles de l'esclavage. Il était pourtant qualifié d'inhonestum et abondamment péjoré et moqué dans les comédies de Plaute. Ce qui en tout cas ne nuisait guère à sa prospérité. Strabon, dans un passage célèbre, avait fixé à 10 000 par jour le chiffre des ventes d'esclaves atteint par le marché de Délos (XIV, 2, 5). Tout propriétaire pouvait acheter ou vendre des esclaves ; mais sévissait, aussi, en même temps, le trafic des pirates étoliens, illyriens, crétois et surtout ciliciens. Dès le IIe et, en particulier au Ier siècle avant le Christ, se développèrent également d'autres genres de commerce : celui des lanistes, entrepreneurs des combats de gladiateurs et celui des marchands spécialisés dans un commerce de luxe. Ils sélectionnaient les esclaves cultivés ou bien élevés, qu'ils destinaient au service des grandes familles ; parmi eux se trouvaient également des artistes, dont les prix pouvaient atteindre un chiffre énorme, de même que des comédiens et des grammairiens.
Plus difficiles à apprécier étaient la reproduction naturelle des esclaves et, d'autre part, l'esclavage pour dettes. Contrairement à Caton et Plutarque, Varron recommandait les mariages d'esclaves pour favoriser les naissances, ce qui explique le nombre de vernae (esclaves de naissance) au Ier siècle av. J.-C., dans les inscriptions, et se justifie, peut-être, par l'augmentation considérable du prix demandé pour les esclaves de luxe. Les prix étaient affectés également par la répression de la piraterie, qui tarissait cette source appréciable. On sait aussi que, dans certains cas, la servitude pouvait résulter de la condamnation pour dettes d'un homme libre. Il s'agissait, semble-t-il, d'une vieille pratique d'origine orientale, selon laquelle le maître achèterait, en fait, la force de travail en achetant la personne. Cette forme d'esclavage existait dans le monde grec archaïque et Rome l'avait connue jusqu'à son abolition en 326 av. J.-C. ; mais elle ne semble pas avoir disparu, car elle était encore attestée en 216 comme en 63 av. J.-C. (Tite Live, XXIII, 14, 3 et Cicéron, De Orat, I, 38). Une dernière forme de servitude apparut aussi à la fin de la République : la possibilité pour un homme de se faire gladiateur ou de se vendre.
Les différences de condition et de fait entre les esclaves dépendaient essentiellement du secteur économique où ils étaient utilisés, mais pouvaient aussi varier selon les époques. Leur plus forte concentration était dans le travail des mines. Cette main-d'œuvre servile, en grande partie pénitentiaire, subissait l'exploitation la plus pénible et la plus inhumaine, exigeante jusqu'à la limite de la résistance physique. L'emploi servile était aussi massif dans les champs, où le travail le moins spécialisé était le plus dur, avec un nombre considérable d'esclaves étrangers dont une partie au moins était enchaînée, pour éviter les fuites. Autant que la rudesse des tâches, la fréquence des mauvais traitements, surtout ceux des grands propriétaires grecs de Sicile, explique les grandes révoltes serviles en Italie et dans les campagnes de l'île, vers la fin du IIe et au début du Ier siècle avant le Christ. Mais parmi la main-d'œuvre rurale servile opéraient aussi des tâcherons spécialisés, vignerons, muletiers, porchers… mieux traités. Ils étaient autorisés parfois à posséder un petit bétail, et leur valeur marchande était plus élevée. L'espoir des esclaves ruraux était, surtout, de s'élever dans la hiérarchie du domaine, de devenir villicus (métayer) ; et même si les affranchissements étaient moins fréquents qu'en ville, on sait que les immenses propriétés de la fin de la République, ainsi que la partie la plus importante des domaines impériaux, dans les provinces de l'Empire, étaient exploitées sous l'autorité des tenanciers, anciens esclaves qui auraient bénéficié de l'affranchissement.
Meilleure, en principe, était la condition des esclaves urbains. On a noté dans les comédies de Plaute, au début du IIe siècle av. J.-C. , que la domesticité servile, nettement moins nombreuse que les esclaves ruraux, était souvent qualifiée et pouvait même jouer un rôle important auprès du maître. Parmi ces esclaves domestiques, certains faisaient fortune et se permettaient alors de donner un vicarius (esclave d'un esclave) à leur maître, pour les remplacer. Dans les grandes maisons princières, des domestiques coûteux, cuisiniers et coiffeurs, grammairiens et artistes, côtoyaient des « administratifs », secrétaires, comptables et caissiers. Les liens qui se tissaient avec l'esclave lui assuraient alors, dans la cité, un statut proportionnel à celui du maître. Avec la familia Caesaris de l'époque impériale, ce statut atteignit une échelle telle que César, à l'orée de cette époque, plaça des esclaves à la tête de l'atelier monétaire romain.
A un autre niveau des catégories sociales, les esclaves de l'artisanat et du commerce étaient aussi indispensables que nombreux. Grâce à l'épigraphie, on a pu constater que 75 % des ouvriers potiers, dans les grands ateliers d'Arrezzo, étaient des esclaves. Leurs signatures sur cette vaisselle, exportée dans un grand nombre de provinces, étaient une preuve indéniable de leur qualification et, aussi, de leurs responsabilités. La grande masse des ouvriers et des artisans était cependant employée par l'Etat dans les arsenaux, la construction et l'entretien des aqueducs… Quant aux esclaves employés dans les petits ateliers, les textes ont révélé que certains se détachaient de leurs maîtres, devenaient des boutiquiers indépendants et accédaient même à une situation avantageuse ; mais la plupart étaient une source de revenu pour les propriétaires, même lorsque ces derniers n'étaient pas concernés par les activités qu'ils exerçaient en tant que commerçants ou artisans établis à leur compte. Les textes mentionnent aussi, par ailleurs, une masse d'esclaves turbulente et incontrôlée, mobilisable à Rome par quelque ambitieux. Entretenus par des chefs politiques et des personnages influents, ces bandes de gladiateurs et de fiers-à-bras étaient prêtes à intervenir, vers la fin de l'époque républicaine, pour servir, à la limite de la légalité, les intérêts de leurs maîtres.


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