Des pluies importantes attendues au nord et une amélioration du taux de remplissage des barrages    Boussi : une voix virtuelle pour sensibiliser à la fragilité du littoral tunisien    Les élèves tunisiens étudient toujours avec des manuels scolaires datant de 2004    Bonne nouvelle pour tous les Tunisiens : la circulation est revenue normale à l'entrée sud de la capitale !    Titre    Quand se joue la demi-finale aller entre l'EST et Sundowns ?    Pionnière de l'océanographie tunisienne, la Professeure Founoun Chakroun est décédée    Mohamed Salah Ben Aïssa - Hommage à un maître; quelques vérités pour l'histoire    Circulation normale rétablie à Ben Arous : fin des travaux sur le vieux pont    Tunisie : victoire convaincante pour les débuts de Lamouchi    Un dimanche sous la pluie : voici les régions concernées    Engrais: la guerre au Moyen Orient met à nu la fragilité de la Tunisie    La nouvelle direction de l'UGTT, conduite par Slaheddine Selmi, appelle à la reprise du dialogue social    L'effet Jaouadi ou le triomphe de l'excellence opérationnelle    Ce n'est plus la loi de la jungle, c'est pire, c'est la loi de Trump !    Salon des patients sous le thème 'Parlons santé, prévention, nutrition et bien-être' du 3 au 5 Avril 2026 à la Cité de la Culture de Tunis    Concours Ecole Normale Supérieure : 110 places ouvertes pour l'année universitaire 2026-2027    LG Electronics confirme son leadership mondial sur le marché des téléviseurs OLED pour la 13e année consécutive    Comar d'Or 2026 : liste des romans en langue arabe et française déposés pour la 30e édition    JAZZIT Festival 2026 : le festival de Jazz à Tunis de retour pour des moments musicaux intenses    Météo en Tunisie : temps nuageux, températures en baisse    Cette nuit, la France change d'heure : ce qui va concrètement changer    Décès de la journaliste Frida Dahmani : une grande figure de la presse tunisienne s'éteint    16es de finale de la Coupe de Tunisie : qui sera absent pour l'Espérance de Tunis ?    Frida Dahmani, une journaliste talentueuse nous quitte    Décès de Frida Dahmani, correspondante de Jeune Afrique    Arabie Saoudite : visas expirés ? Prolongation et sortie sans frais jusqu'au 14 avril    L'Université de Monastir et l'Ecole normale supérieure de Ouargla signent un accord de coopération stratégique    Le champion du monde tunisien Ahmed Jaouadi remporte la médaille d'or avec un nouveau record au championnat des universités américaines    Guerre en Iran et dans la région: éléments de décryptage    IWG ajoute un nouvel espace de travail Regus à Sfax    Allemagne : la grande opportunité pour les étudiants tunisiens    Chery, 1ère marque automobile chinoise à dépasser les 6 millions de véhicules exportés    Exposition hommage à Habib Bouabana du 28 mars au 18 avril 2026 à la galerie Alexandre Roubtzoff    Saison Méditerranée 2026 : Louis Logodin annonce une programmation culturelle franco-tunisienne    La Tunisie au cœur des grands rendez-vous franco-africains en 2026    La Société des Transports de Tunis organise des sorties culturelles pour les écoles primaires    Le fenugrec ou helba: Une graine ancestrale aux vertus multiples    Mahmoud El May - Choc énergétique global : l'entrée dans une stagflation durable    Tunisie – Grâce présidentielle : libération de 1473 détenus à l'occasion de Aid El Fitr et la fête de l'indépendance    Décès du journaliste Jamal Rayyan, figure historique d'Al Jazeera Arabic    "Monsieur Day", In memoriam    Abdelkader Mâalej: L'angliciste des services de l'information    Abdelaziz Kacem, en préface du livre d'Omar S'habou: Gabriem ou la tentation de l'Absolu    Secousse tellurique en Tunisie, au gouvernorat de Gabès ressentie par les habitants    Ahmed Jaouadi et Ahmed Hafnaoui brillent aux Championnats SEC : la natation tunisienne au sommet aux USA    La sélection tunisienne de judo senior remporte 11 médailles au tournoi international Tunis African Open    Sabri Lamouchi : Une bonne nouvelle impression (Album photos)    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Riadh Zghal: Emigration et ressources culturelles africaines
Publié dans Leaders le 05 - 08 - 2023

Qu'il s'agisse de pédagogie ou de gestion des ressources humaines, les courants de pensée actuels insistent sur le travail collaboratif en tant que moyen d'apprentissage et de préparation des nouvelles générations à l'économie de la connaissance et en tant qu'organisation du travail générateur de synergie, de motivation et de mobilisation de l'intelligence collective. Le travail collaboratif a l'autre avantage de placer les individus dans des situations où s'expriment les points de vue divergents, les différences et, in fine, impose des concessions et des arbitrages permettant de dépasser les émergentes situations conflictuelles.
Le travail collaboratif n'est pas sans rapport avec les cultures des sociétés. Il se trouve que la collaboration fait partie intégrante des cultures dites collectivistes, celles des sociétés africaines en particulier. Cela est bien illustré par ce passage du livre de Nelson Mandela Conversations avec moi-même (2010) : «En me repenchant sur ce passé, j'en viens à penser que le type de vie que je menais à la maison, mes expériences dans le veld (la grande prairie africaine) où nous travaillions et jouions ensemble, en groupe, m'ont sensibilisé très jeune à la conception de l'effort collectif. Les quelques progrès que je fis à cet égard furent sapés plus tard par l'éducation formelle que je reçus et qui mettait l'accent sur l'individu plutôt que sur les vertus du collectif. Néanmoins, au milieu des années 40, quand je me suis engagé dans la lutte politique, je n'ai éprouvé aucune difficulté à me soumettre à la discipline, peut-être grâce à mes premières années d'éducation.»
Ce sens du collectif est très présent dans l'organisation économique pratiquée dans de nombreuses cultures africaines. Les travaux de Michel Lelart (1990) et de nombreux chercheurs africains ont révélé la diversité des « tontines » pratiquées par les sociétés africaines. Ce sont des formes d'épargne collective auxquelles participent tous les membres d'un groupe selon une fréquence définie. L'argent collecté est prêté selon des règles établies à l'un des membres du groupe qui en a besoin. La tontine peut prendre une forme mutuelle, commerciale ou financière mais, dans tous les cas de figure, se lobe au cœur de la tontine la solidarité entre les individus d'un clan et entre les clans d'une même communauté. «… La communauté d'origine est comparable à une souche d'un très grand arbre à partir duquel partent une multitude de réseaux de relations lignagères et amicales, que ces relations sont créées et entretenues… comme toute branche de l'arbre, aucun membre ne gagne à se couper de la sève ou à l'empêcher de circuler vers les autres. », écrit Evalde Mutabazi.
La solidarité revient au goût du jour dans les approches économiques à la recherche de voies porteuses de création de richesse et d'emploi. Des concepts sont mis en avant tels la responsabilité sociétale des entreprises et des organisations, le partenariat public-privé, l'économie sociale et solidaire. Notre pays a promulgué des lois relatives à ces trois leviers supposés du développement économique. Or une loi sur l'économie sociale et solidaire n'en fait pas une innovation. Ce n'est qu'une tentative institutionnelle de stimuler un entrepreneuriat fondé sur la solidarité comme levier de lutte contre le chômage et la pauvreté. En revanche, les solidarités héritées par divers groupes sociaux pourraient constituer des leviers «naturels» de création de richesse si elles n'étaient pas ignorées. Une pensée politique verticale et une administration lourdement centralisée craignent de telles solidarités perçues comme une menace pour l'unité et l'hégémonie de l'Etat. Il est peut-être temps de se libérer de la tendance à chercher les solutions des problèmes économiques et sociaux dans la seule expertise scientifique et l'aide internationale qui se sont soldées par des échecs cuisants. Il est temps de revisiter les concepts et les techniques modernes, de scruter les modes de fonctionnement des sociétés minées par la pauvreté, la violence et la déperdition de leur capital social et s'interroger sur leurs richesses culturelles pouvant servir de leviers de création de richesse. On ne peut forcer une société à se défaire de sa culture, de même le développement économique et social ne peut se passer de science ni de technologie ni de leçons tirées des expériences qui ont réussi ailleurs. Le salut est dans l'interculturalité au sens où se combinent judicieusement les cultures locales et les savoirs scientifiques et technologiques du monde actuel. C'est que la modernité d'une nation se forge au rythme de sa dynamique sociale et non par le mimétisme aveugle de sociétés développées dont la modernité est le produit de leur histoire et de leurs cultures propres.
L'échec des politiques de développement dans les pays du Sud, dont le nôtre, a creusé de plus en plus profondément le fossé qui les sépare des pays du Nord. Si la fuite des compétences et l'émigration clandestine ont fleuri, on pourra y voir des tentatives individuelles de sauter ce fossé pour se retrouver au bon endroit. L'émigration clandestine est redoutée par le Nord. La fuite des compétences est redoutée par les pays du Sud car elle mine leur capital humain, particulièrement celui de l'élite éduquée et expérimentée si nécessaire à toute politique de développement sectorielle ou nationale.
L'émigration du sud vers le nord est la résultante d'une multitude de facteurs. Agir uniquement sur l'un d'entre eux, comme le refoulement des émigrés vers leurs pays d'origine ou vers un pays tampon contre quelques centaines d'euros comme s'y emploient des pays de l'Union européenne, ne peut tarir les flux migratoires. Cela revient à s'attaquer au symptôme du mal non à ses origines. Il est clair que ni le contrôle des frontières ni la détention des émigrés clandestins dans de véritables camps de concentration, ni la maltraitance et la traite des humains n'ont réussi à décourager ceux qui fuient l'insécurité, la pauvreté ou seulement l'absence de perspectives. Bien au contraire, d'année en année, ces flux prennent de l'ampleur. «Toute la sécurité du monde ne pourra écarter les travailleurs migrants qui sont déterminés à aller où se trouvent les opportunités économiques», écrit l'analyste américain des politiques d'immigration Alex Nowrasteh.
Ne pas traiter la source du mal a laissé le temps au crime organisé de se développer, aux réseaux d'organisation de l'émigration au moyen des rafiots de la mort de s'épanouir. Quand le développement d'un pays se bloque, que la misère s'installe durablement, que les perspectives d'une vie meilleure s'estompent, alors se gonflent les flux de l'émigration clandestine ou non.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.