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Riadh Zghal - L'économie : davantage de connexions que de modèles
Publié dans Leaders le 22 - 01 - 2024

Il y a aujourd'hui des concepts qui remontent irrésistiblement au premier plan des débats, ceux qui portent sur le développement, la concurrence, le partenariat, le social et la solidarité. Ce sont des concepts qui rappellent que le cœur de l'économie ce sont les transactions, autrement dit des relations entre des personnes qui représentent des institutions, qui ont des intérêts à partager, s'opposent, négocient, trouvent des arrangements et/ou subissent le coût de leurs conflits. C'est une relation qui se structure autour d'une activité. L'activité est in fine une transaction qui implique «conflit, mutualité et ordre», selon Commons (1932).
Il est significatif que de nombreux économistes récipiendaires du prix Nobel ont construit leurs théories sur les implications des relations entre agents économiques et certaines catégories sociales. En effet, en 1995 l'Académie royale des sciences a décidé d'étendre le prix à des candidats spécialisés dans les domaines des sciences politiques, de la psychologie, ou de la sociologie, dont les travaux ont un impact sur l'économie. Parmi eux il y a jusqu'à aujourd'hui au moins treize qui ont reçu le prestigieux prix Nobel. Dès 1978, c'était Herbert Simon, qui avait reçu le prix en reconnaissance de ses travaux sur les processus de décisions dans les organisations économiques. Claudia Goldin est titulaire du prix de cette année, ses travaux ont apporté un éclairage sur la situation des femmes sur le marché du travail. C'est la troisième femme après Elinor Ostrom (2009), spécialiste de la théorie de l'action collective et de la gestion des biens communs, et Esther Duflo (2019), économiste du développement. Gary Becker, spécialisé en microéconomie et en sociologie politique, a reçu le prix Nobel en 1992 «Pour avoir étendu le domaine de l'analyse microéconomique à un large champ de comportements et d'interactions humains, dont des comportements non marchands».
Depuis la nuit des temps, la création et la distribution de richesses ont fonctionné à travers des liens sociaux. « L'économie est mise en relation des acteurs », affirme l'économiste Elena Lasida. Depuis, les solidarités de groupe qui règlent le travail collectif, le partage et l'épargne, les sociétés n'ont pas cessé d'innover dans des formes multiples de transaction génératrices d'un certain ordre économique. Ce que l'on désigne aujourd'hui par « crowdfunding » et économie sociale et solidaire a déjà existé depuis des siècles sous d'autres appellations. En étudiant l'activité économique de Sfax, une ville prospère au XVIIIe siècle, l'historien Ali Zouari avait révélé que « le modèle économique » appliqué reposait sur l'éthique des commerçants, comme on les appelait à cette époque. La confiance que les gens plaçaient en eux leur permettait de collecter l'argent auprès de tous ceux qui voulaient le fructifier. C'était le crowdfunding pratiqué sans ce concept « savant» qui est arrivé deux siècles plus tard !.
Des formes traditionnelles d'organisations sociales d'entraide et de création de richesse ont existé de tout temps à travers toute la planète. Ce sont le fruit de l'imagination collective créatrice de modes d'organisation du travail collaboratif, d'épargne, de répartition des ressources sur un fond de valeurs et de solidarité. Il s'agit de répondre à des besoins communs de survie, de venir au secours d'une personne ou d'un groupe de personnes en difficulté, ou bien de mutualiser les forces et les moyens pour une tâche exigeante. Cela porte des noms : la touiza dans notre région maghrébine, les tontines diverses dans les pays africains. La touiza est surtout orientée vers l'entraide dans les grands travaux agricoles et de construction. Les tontines sont surtout orientées vers l'épargne et la disponibilité de moyens financiers pour répondre à des besoins pressants ou pour entreprendre une activité économique.
Les solidarités locales font souvent la richesse des régions comme l'a montré Arnaldo Bagnasco dont le livre La troisième Italie publié en 1977 a marqué un tournant dans la perception de la dynamique industrielle créatrice de richesse, qui n'est pas fondée sur le grand capital financier mais sur le capital social. Bagnasco a révélé une Italie centrale truffée de districts industriels constitués de petites entreprises actives dans une branche industrielle particulière (cuir, sidérurgie, habillement, construction mécanique…). Les rapports au sein de ce tissu d'entreprises concurrentes sont organisés selon des règles implicites «qui garantissent la prévalence du comportement coopératif sur le comportement prédateur.» (Emanuele Felice 2015). Le modèle des souks spécialisés dans les médinas constitue une autre forme d'organisation socioéconomique où cohabitent concurrence et coopération. Il existe à travers le monde des projets de développement économique qui misent sur le capital social pour stimuler l'entrepreneuriat, valoriser des activités artisanales, industrialiser et exporter. On a des exemples dans le modèle chinois des «township and village enterprises» ou entreprises de bourgs et de cantons, et dans le modèle japonais «one village one product».
La prise de conscience de l'importance du capital social dans la conduite des affaires a gagné les grandes entreprises qui se sont engagées dans des alliances tantôt pour affronter la grande concurrence, tantôt pour s'assurer une économie d'échelle à travers l'alliance avec des fournisseurs et des distributeurs. L'exemple le plus patent est celui des sociétés de transport aérien. Et lorsque l'innovation et la recherche et développement ont été érigées en vecteurs principaux de compétitivité dans un marché globalisé, des liens forts se sont tissés entre entreprises, universités, centres de recherches et institutions administratives et de services. Cela a donné naissance aux technopoles et aux systèmes productifs locaux.
Aujourd'hui, le champ des connexions qui suscite un intérêt croissant s'est élargi à la société dans son ensemble et prend des formes multiples. Le commerce équitable se préoccupe d'une rémunération décente des travailleurs du bout de la chaîne de valeur tels les petits agriculteurs, la responsabilité sociétale des entreprises invite à se préoccuper de la planète et de la population, les associations de business angels font bénéficier les primo-entrepreneurs de leur expérience et de leurs réseaux relationnels, l'économie sociale et solidaire aux multiples facettes s'impose de plus en plus.
En plus de leur enracinement dans l'histoire des peuples, les organisations sociales et solidaires n'ont pas cessé de se multiplier avec une riche palette d'appellations, le digital n'est pas en reste de cette dynamique : coopératives, mutuelles, organisations de la société civile, réseaux de commerce équitable, collectifs de consommateurs, associations de travailleurs de l'économie informelle, monnaies complémentaires, divers modes d'épargne collective, plateformes de logiciels libres, bases de données en accès libre, plateformes de social selling et autres groupements de développement agricole ou d'intérêt économique. L'ESS s'accommode de toutes les activités au point de s'ériger en secteur à part qui s'ajoute aux secteurs public et privé.
En revanche, toutes ces connexions ne fonctionnent pas de manière saine et efficiente si elles ne sont pas adossées à des institutions et des infrastructures performantes. «Lorsqu'un économiste dessine un diagramme de l'offre et de la demande sur le tableau noir, il n'énumère pas forcément tous les prérequis institutionnels qui se cachent derrière les deux courbes.» (Naidu, Rodrick, & Zucman ; 2019).
A cet égard, on voit combien le rôle de l'Etat est décisif. Un déficit de la prise en considération du capital social en matière d'économie ajouté à une gouvernance peu soucieuse du capital humain est dramatique pour un pays en mal d'une stratégie porteuse de développement économique et social.


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