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Le Sitcom 'Choufli Hal' et la vulgarisation du métier de professionnel de la santé mentale
Publié dans Leaders le 11 - 12 - 2024

Par Samir Samaâl, Docteur en médecine et jeune résident tunisien en psychiatrie, exerçant au service de santé mentale de l'hôpital Mongi Slim
Messages clés
1. Aux yeux de la société tunisienne, le métier de professionnel de la santé mentale était largement méconnu, entouré de mystères et d'intrigues, souvent associé au monde de "la folie".
2. Depuis une décennie, il y a une nette amélioration du regard social concernant ce métier, renforcée par le besoin croissant de la population tunisienne et l'influence des médias.
3. Aujourd'hui, le métier de professionnel de la santé mentale est mieux accepté dans la société tunisienne, et l'intégration de la santé mentale dans un aspect sociétal semble de plus en plus nécessaire.
4. Les produits audiovisuels peuvent jouer un rôle essentiel dans la vulgarisation de la santé mentale. "Choufli Hal" illustre l'exemple type de la manière dont une série a pu naturaliser culturellement le métier de psychothérapeute auprès du public tunisien, couvrant tous les niveaux psychoéducatifs et les différents milieux sociaux.
5. Alors que les générations précédentes, ayant grandi avant les années 2010 ignoraient largement le métier de psychothérapeute, celle d'aujourd'hui a grandi en ayant une référence culturelle populaire du métier de professionnel de la santé mentale.
6. Bien que l'effet éducatif de la série soit indirect concernant l'existence des professionnels de la santé mentale, les productions audiovisuelles nationales peuvent jouer un rôle clé dans la sensibilisation aux enjeux de la santé mentale en Tunisie et la lutte contre la stigmatisation.
Pourquoi le public aime-t-il revoir ses séries préférées?
Le phénomène de revoir ses séries préférées est observé à l'échelle mondiale, une tendance profondément ancrée dans la culture populaire contemporaine. Les spectateurs sont attirés par des productions familières qui leur offrent un refuge dans un monde en constante évolution. Les sitcoms, en particulier, créent un environnement familier et rassurant avec des personnages et des intrigues connus. Cette familiarité procure un sentiment de confort et de sécurité, particulièrement recherché lors de moments difficiles ou stressants.
L'humour, élément central de ces productions, joue un rôle thérapeutique crucial. Les sitcoms sont conçues pour être drôles et divertissantes. Pouvoir se détendre et rire en revoyant des épisodes connus est très apprécié des téléspectateurs. Un bon exemple est la série américaine Friends, qui a marqué une génération avec son humour et ses personnages humains et attachants.
Revoir une série favorite permet aux téléspectateurs de se sentir connectés à des personnages et à une communauté fictive, comblant un besoin de connexion sociale, surtout pour ceux qui se sentent isolés. Les personnages familiers deviennent une sorte de "substitut social". La nostalgie et l'autoréflexion sont aussi des aspects importants. Revoir une série peut évoquer des souvenirs et des émotions du passé, créant un sentiment de nostalgie en incitant le téléspectateur à réfléchir sur leur propre évolution depuis leur première vision de la série.
Dans le paysage télévisuel tunisien, le Sitcom 'Choufli Hal' se démarque comme une exception, étant une série que les Tunisiens ont tendance à revoir souvent. Cette série est mémorable et reste ancrée dans l'esprit du grand public. Elle a une popularité transgénérationnelle. Depuis sa première diffusion il y a 19 ans, elle a su attirer un public diversifié, transcendant les barrières sociales et éducatives voire même géographique, puisque la série est fortement appréciée par nos voisins algériens et marocains.
Au cours de la dernière décennie, la série a connu une croissance exponentielle en popularité. La chaîne Wataniya continue de rediffuser les saisons de la série, et malgré l'apparition de nouvelles chaînes et de programmes inédits, "Choufli Hal" reste la série humoristique en dialecte tunisien enregistrant les plus fortes audiences à la télévision tunisienne, même pendant le dernier Ramadan en 2024. La série attire un large éventail de spectateurs, incluant des adolescents, des enfants, des adultes, et des personnes retraitées. Pendant la période de la COVID-19, elle a été plébiscitée par les personnes en confinement. De nos jours, de nombreux étudiants universitaires se tournent également vers la série pendant leurs périodes de révision pour les examens.
Le symbolisme socioculturel dans Choufli Hal
Créée par Hatem Bel Hadj, scénarisée par feu Slaheddine Essid, et diffusée pour la première fois le 4 octobre 2005 sur Tunisie 7 (actuellement Wataniya) durant le mois de Ramadan, la série "Choufli Hal" compte 135 épisodes. Elle a été diffusée jusqu'au 19 septembre 2009 et comprend 6 saisons. La série raconte les aventures de Sboui et de son entourage, mêlant humour et critiques sociales. Elle a su trouver un écho particulier chez les téléspectateurs tunisiens grâce à son humour léger et à sa capacité à refléter les réalités socioculturelles du pays.La série utilise principalement deux types d'humour: l'humour de situation, qui repose sur des situations comiques survenant dans le quotidien des personnages, et l'humour de personnage, centré sur les traits de caractère exagérés et leurs comportements, contribuant ainsi à la comédie et à la complexité des interactions.
• "Choufli Hal", littéralement "Trouve-moi une solution", fait référence aux métiers de thérapeute, notamment en abordant les rôles du psychothérapeute et du tradithérapeute dans de la série.
• Sboui : interpété par feu Sofiene chaari. Son nom, "Sboui", signifiant "grand prématuré" en dialecte tunisien, contraste avec sa morphologie atypique, où rien ne laisse transparaître de prématuré.
• Slimen Labdiath : Psychothérapeute dans la série, Slimen Labdiath est représenté avec des cheveux blancs bizarrement placés. Il incarne la figure professionnelle de la santé mentale qui guide les autres à travers leurs problèmes psychologiques et sociaux.
La relation entre le psychothérapeute, symbole de la raison, et son demi-frère Sboui, symbole de la niaiserie, génère des situations comiques tout au long de la série.
• Jannet El 3arafa : Jouant le rôle de la voyante, et partage la même salle d'attente que le psychothérapeute. Cela représente le conflit au sein de la population tunisienne entre les pensées scientifiques rationnelles, les idées modernes et les valeurs traditionnelles, le recours aux anciennes méthodes thérapeutiques.
D'autres personnages emblématiques représentent des archétypes socioculturels populaires dans la série, comme Fadhila Labied, la mère qui défend à tout prix son fils Benjamin Sboui. On retrouve également Béji Matrix, interprété par feu Tawfik Bahri, incarnant le voisin espion. La relation conflictuelle entre la belle-mère (Mouna Nouredine) et la belle-fille (Jamila Chihi) symbolise les tensions entre la génération de femmes au foyer et celles qui aspirent à autre chose qu'à s'occuper du foyer.
Au-delà des clichés, un effet éducatif de masse
Certaines critiques pourraient estimer que ''Choufli Hal'', malgré son succès, n'a pas toujours présenté de manière sérieuse le métier de psychothérapeute, voire même qu'il a renforcé les stéréotypes et les clichés autour des troubles mentaux. Je pense que la série dans son ensemble s'inscrit dans une tonalité comique où les personnages et leurs attributs sont comiques, et le scénario est bien dosé sans être offensant à l'égard des patients qui consultent le psychothérapeute. Bien que la série ne reflète pas la réalité des maladies mentales ni les pratiques de la psychothérapie, Choufli Hal a le mérite d'introduire le métier de psychothérapeute à la télévision tunisienne.
À travers ses diffusions répétées chaque année sur plusieurs chaînes tunisiennes et sa disponibilité sur YouTube et d'autres plateformes, la série attire un large public de toutes les classes sociales, qu'il soit rural ou urbain, et de divers niveaux psycho-éducatifs et de différents âges. D'un point de vue sociologique, Choufli Hal a naturalisé le métier du psychothérapeute, à une époque où il était souvent perçu comme étranger par les Tunisiens. Il s'agit bel et bien d'une ''naturalisation culturelle'', c'est-à-dire une sorte de processus par lequel des idées, des pratiques, des concepts ou des comportements deviennent intégrés et mieux acceptés comme faisant partie normale et naturelle d'une culture donnée. Bien qu'il s'agisse d'un effet collatéral voire même indirect, la série a ainsi réussi à intégrer le métier de psychothérapeute dans la culture populaire des tunisiens.
Aujourd'hui, les personnages de Choufli Hal sont devenus des mêmes dans le monde numérique, largement partagés sur les réseaux sociaux. Ces mêmes utilisent souvent des images, vidéos ou phrases modifiées par les utilisateurs pour créer des variations humoristiques ou satiriques. Sur Internet, les utilisateurs créent, modifient et diffusent ces contenus numériques, en utilisant des motifs stéréotypés en lien avec les personnages de Choufli Hal. Cette nouvelle forme de diffusion digitale témoigne de l'impact durable de la série, notamment au sein de la nouvelle génération.
Dans les années 2000, l'image des professionnels de la santé mentale en Tunisie était largement méconnue et entachée de stigmatisation. Les psychiatres et psychologues étaient souvent perçus comme des spécialistes s'occupant des "fous" ou comme des praticiens marginalisés. En dehors des troubles mentaux sévères, les Tunisiens consultaient rarement des professionnels pour des problèmes de malaise psychologique ou des troubles anxiodépressifs, préférant attribuer ces symptômes à des causes surnaturelles ou à des explications mystiques telles que le mauvais œil et l'ensorcellement. Dès ses débuts, la série télévisée "Choufli Hal" a abordé cette réalité en mettant en scène la clientèle de Janet El 3arafa, illustrant ainsi les préjugés sociaux prévalant à l'époque.
Après les bouleversements sociétaux post-révolution et la crise de la COVID-19, la place des professionnels de la santé mentale est devenue indéniable au sein de la société tunisienne. La promotion de la santé mentale en tant que concept sociétal et sa vulgarisation deviennent essentielles, en grande partie pour répondre à la demande de la population. A mon sens, il est important d'introduire la santé mentale à une échelle plus large, en l'intégrant profondément dans la conception culturelle de notre société.
Cette évolution de la représentation des professionnels de la santé mentale va de pair avec les efforts déployés pour sensibiliser aux enjeux de la santé mentale auxquels fait face la société tunisienne, en particulier depuis 2020. Plusieurs plateformes numériques, organisations de la société civile, magazines et professionnels de la santé se mobilisent pour sensibiliser la société tunisienne à la santé mentale. Normaliser les soins mentaux tout en renforçant les efforts pour réduire la stigmatisation associée aux troubles mentaux en Tunisie. Promouvoir une santé mentale pour tous et toutes est désormais doit être pensée comme une priorité à l'échelle nationale.
Réflexions finales
"Choufli Hal" demeure une série phénoménale dans le paysage audiovisuel tunisien et du Grand Maghreb. Diffusée initialement dans un cadre familial pendant le Ramadan, elle a réussi à transcender ce cadre pour captiver un large public, des personnes âgées aux jeunes, en passant par les adolescents et même les enfants.
Au vu de sa rediffusion régulière, la série a indirectement popularisé le métier de psychothérapeute et véhiculé un message éducatif implicite : celui qu'il existe un professionnel de la santé mentale pour accompagner une personne en souffrance, marquant ainsi l'impact générationnelle de la télévision tunisienne même à l'ère des réseaux sociaux. Aujourd'hui, si l'on demande à un enfant ou à un adolescent tunisien quel que soit son milieu d'origine (urbain, rural, populaire ou résidentiel), quel est le métier qui prend en charge les personnes souffrant de troubles mentaux, il répondra sans hésiter en faisant référence à une figure culturelle populaire : Slimane Labiedh de Choufli Hal.
Depuis plus d'une décennie, rien n'unit plus les Tunisiens dans leur quotidien, au-delà de la Patrie, autant que le rire, malgré nos différences idéologiques, socioculturelles et régionales. Heureusement, en 2024, le rire est toujours gratuit et permis. L'humour, en tant que mécanisme de résilience collectif et de cohésion sociale, reste un langage culturel fondamental dans notre pays.
"L'humour a non seulement quelque chose de libérateur mais encore quelque chose de sublime et d'élevé." Sigmund Freud
Samir Samaâli
Docteur en médecine et jeune résident tunisien en psychiatrie,
exerçant au service de santé mentale de l'hôpital Mongi Slim


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