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Budget 2013 : Quelle politique de relance choisir?
Publié dans Leaders le 16 - 08 - 2012

Le Gouvernement Tunisien a commencé la préparation du projet de budget pour 2013. La grande question qui se pose est la suivante : est-ce que l'économie est sortie de sa crise ou pas encore, et faut-il donc adopter un budget de crise ou un budget normal ?
Comme les statistiques sont publiées avec un certain retard, seuls les responsables du gouvernement peuvent répondre exactement à cette question.Toutefois, les indices semblent indiquer que la crise n'est pas encore passée. Donc, ce projet de budget se baserait sur des choix de politique de relance économique à court terme. Quelle sera le type de politique expansionniste à adopter ? Rappelons ici que la politique de relance vise uniquement la reprise de l'activité économique normale après une crise (rupture de la production économique); elle diffère de la politique à moyen et long termes qui vise à provoquer une croissance et un développement économique.
Pour ce choix ,il est important de tirer les leçons des expériences d'autres pays, mais plus important encore de tirer les leçons de notre propre expérience. L'année 2011 a été instructive à cet effet. Maintenant que toutes les statistiques de 2011 (même celles qui mesurent l'effet décalé de certaines décisions, comme l'inflation) sont disponibles, une analyse objective peut être faite de la performance de la politique de relance économique entreprise en 2011.
Diagnostic de la cause de la crise et politique choisie:
Après Janvier 2011, les gouvernements Ghannouchi / CaidSebsi ainsi que la Banque Centrale ont diagnostiqué que la cause de la crise économique était une « rupture de la demande ». Donc, la politique expansionniste adoptée a visé l'encouragement de la demande qui entrainerait une augmentation de l'offre, et donc une reprise économique. Cette politique connue comme « Go and Stop »se réfère à la politique adoptée aux USA par le Président Roosevelt après la dépression de 1930. Cette politique consiste en une augmentation importante des dépenses gouvernementales pour :
- L'achat de biens produits localement (aux USA, c'étaient surtout les armes)
- L'investissement dans des projets économiques (aux USA, c'étaient uniquement les projets d'infrastructure à cause du choix idéologique capitaliste de laisser les projets de production uniquement au secteur privé)
- Le financement de chantiers de chômage, même si les ouvriers sont appelés à creuser des fossés et à les boucher le lendemain, rien que pour leur verser des salaires
Il s'agit donc de distribuer l'argent aux ménages pour encourager la demande de consommation, et aux entreprises privées pour encourager la demande de biens d'investissement.
Le financement de cet excès de dépenses gouvernementales peut se faire par :
- Une taxe spéciale pour la période de crise (la meilleure solution dans la littérature économique)
- La dette intérieure
- La dette extérieure
- L'augmentation de la masse monétaire, connue sous le nom de « planche à billets ».
Cette politique est désignée sous le nom « Go and Stop » parce qu'il faut arrêter ces dépenses gouvernementales excessives dès qu'il y a reprise de l'activité économique, sinon elles peuvent avoir des effets très négatifs.
Cette politique qui a réussi dans les années 30 aux USA, a échoué à relancer l'économie en Tunisie en 2011. Pourquoi ?
Indices de performance de cette politique en 2011 :
En 2011, les dépenses du gouvernement ont augmenté de 24% (27ù pour les dépenses de gestion et 13% pour les dépenses en capital). Dans ces dépenses on trouve les augmentations de salaires, les augmentations d'allocations de chômage, la prime Amal pour les chômeurs diplômés, et autres…Il est curieux quand même, de voir les dépenses d'investissements directs productifs augmenter uniquement de 0,6%.
Comment a été financée cette augmentation ? Par une augmentation des emprunts intérieurs de 110% et une augmentation des emprunts extérieurs de 98%. Les emprunts publics ont donc doublé par rapport à l'année précédente.
De son côté, la Banque Centrale a augmenté la masse monétaire de 9,3%. En particulier, la planche à billets a bien fonctionné : la monnaie fiduciaire (billets et monnaie en circulation) a augmenté de 23,5%. Les crédits de la Banque Centrale à l'économie ont augmenté de 1088%.
Il est clair qu'il y a eu injection importante de fonds pour encourager la demande : demande de biens de consommation et demande de biens d'investissement.
Résultat curieux : au lieu de reprise économique, on a abouti à une récession avec baisse du PIB de 2%.
La consommation a effectivement augmenté (+8% pour la consommation privée et +11% pour la consommation publique). L'investissement a, par contre, diminué (-10% pour la formation brute de capital fixe). La production industrielle a aussi baissé de 8%.
Si l'investissement et la production industrielle ont baissé, comment s'est faite l'augmentation de la consommation ? Par l'inflation d'un côté (qui est passée de 3,5% en 2011 à 5,6% en 2012, car l'effet de la politique monétaire sur l'inflation se fait avec un retard de 6 mois ou plus), et par les importations de l'autre. Les importations ont augmenté de 5% en précisant que les importations des biens d'alimentation ont augmenté de 28%, alors que les importations des biens d'équipement (qui servent l'investissement) ont diminué de 8%.
L'impression est que ces politiques fiscale et monétaire adoptées en 2011 ont servi des pays exportateurs vers la Tunisie, plutôt que de servir la relance de l'économie nationale.
Quelles leçons faut-il tirer ?
Il n'y a pas de doute que ces politiques fiscale et monétaire ont eudu succès sur d'autres plans que la relance de l'économie (réduction de certains malaises sociaux, sauvetage de certaines banques d'un effondrement à cause du manque de liquidités, en premier lieu). Quant à la relance économique, ce fut un échec.
Pourquoi cette politique de « Go and Stop » a-t-elle réussi aux USA dans les années 30, et échoué en Tunisie en 2011? Deux raisons à avancer :
1- Dans les années 30, l'économie des USA était presque une économie fermée ; les exportations et importations ne représentaient qu'une petite proportion du PIB. Par contre, en Tunisie, les transactions avec l'extérieur représentent une grande partie du PIB. Il est donc facile que la demande en Tunisie s'oriente vers les importations plutôt que vers les produits nationaux.
2- Le diagnostic de la cause de la crise économique était faux: ce n'est pas la rupture de la demande qui est la cause de cette crise; c'est plutôt la rupturede l'offre avec les grèves en série et les sit-ins, avec l'absence de sécurité et les troubles politiques. Quand le diagnostic est mal fait, le remède est mal choisi. D'ailleurs pour reprendre l'exemple des USA, lors de la crise économique des années 70 dans ce pays (crise avec taux d'inflation élevé et taux de chômage élevé en même temps: stagflation), la politique expansionniste d'encouragement de la demande n'a pas donné de résultats. Le gouvernement a dû changer de politique et opterpourl'encouragement de l'offre : supply-sideeconomics, politique qui a donné des résultats.
Pour le budget de 2013, si le gouvernement Jebali entend continuer une politique de relance de l'économie, il est recommandé de veiller :
- A une coordination efficace de la politique fiscale avec la politique monétaire pour atteindre des objectifs communs, sinon une politique peut effacer complètement les effets de l'autre politique.
- A orienter, autant que possible, une bonne partie des dépenses gouvernementales vers des investissements directs productifs. Il y a certainement beaucoup de pression sur le gouvernement pour satisfaire les besoins sociaux des ménages; une bonne partie des dépenses iraient probablement encore vers la consommation. Mais la prudence est recommandée sur ce plan.
- A orienter la politique monétaire vers un encadrement du crédit en vue d'encourager l'investissement plus que la consommation.
Abdelhay Chouikha, Consultant Financier

Tribune publiée également sur le journal Le Temps du 16 août 2012


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