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La bicéphalie s'installe en mode de gouvernement !
Publié dans Le Temps le 21 - 05 - 2020

Nous venons de vivre l'une des batailles emblématiques de l'histoire de la révolution de 2011. Deux semaines au cour desquelles un abcès a été savamment crevé, aux moindres frais pour la communauté nationale. L'Etat intelligent aurait-il commencé à restituer ses lettres de noblesse, sans faire appel à son arsenal répressif dans la rue ?
La Tunisie vient de vivre deux semaines pleines de rebondissements « intelligents » qui coupent avec la passivité que les institutions de l'Etat, léthargique, ont pris l'habitude d'opposer aux défis multiformes qu'une partie de la classe politique semble adopter comme arme imparable pour la conquête des rouages de l'Etat.
Une simple rétrospective chronologique dépouillée démontre que l'Etat puise désormais son intelligence non pas dans des dogmes immuables, mais dans des « stratégies » bien ficelées, qui réduisent les événements à leur valeur absolue. Et par les mêmes médias assiégés de crises et de misère, et donc incapables de percer les mystères d'une autocratie qui avance masquée, mais qui ne le peut plus.
Au lendemain des élections législatives de 2019, le parti Ennahdha présentait une posture pas très gaie, puisque l'échéance a consacré un recul significatif de ses scores. De 89 députés dans la Constituante en 2012, le parti n'a pu avoir que 52, sept ans après. La configuration étant inconfortable, la mouvance islamique sentit le danger approcher à pas de géants. Parallèlement, il y avait une conviction dans les milieux de l'islam politique, marqués et médusés par l'expérience du Soudan de 1989, selon laquelle Allah leur a offert, comme aubaine, Kaïs Saïed comme président de la république, lequel, faut-il le rappeler, avait terrassé Abdelfattah Mourou sans ménagement dès le premier tour, avant d'écraser Nabil Karoui, fraichement déconfiné en catastrophe par Ennahdha de la prison de Mornaguia.
Comment simuler la victoire avec une défaite ?!
Même si d'apparence, Kaïs Saïd manquait d'expérience dans ce nid de crabes de la politique, l'institution de la Présidence de la République, elle, n'en est pas moins dotée de systèmes de défense, pour la plupart jamais mis à l'épreuve. Devant ce tableau, Rached Ghannouchi grimpe sur le perchoir de l'ARP (Assemblée des Représentants du Peuple) où il s'installe en empereur au-dessus de l'Etat. Aussitôt « sacré », il prend un avion privé, qu'il a payé on ne sait comment ni d'où, pour survoler Carthage, vers Istanbul, où il a eu un entretien au noir avec le président turc, Recep Taieb Erdogan. L'information est tenue secrète jusqu'à ce que le site de la présidence turque la publie, mais sans piper mot sur l'ordre du jour de ce « sommet populaire » ! Le monde politique commence à se poser des questions, légitimes et légales, sur l'envergure réelle du nouveau Président de leur République. Entretemps, le nouveau chef du parlement multiplie les contacts avec le Qatar, à tous les niveaux et grades. Parallèlement, ces contacts informels, malmenant le protocole, la Constitution, et les usages diplomatiques, ont été esquivés, et les médias tunisiens se sont contentés de reproduire les « échos » du parti islamiste, au lieu d'en reproduire les tonalités originales. Pendant des semaines, le consommateur du Main Stream tunisien en est presque arrivé à gober la légitimité de ce mode d'action « révolutionnaire » inventé en Tunisie par le parti Ennahdha, et défendu publiquement par le parti et ses tentacules folkloriques, comme la coalition El Karama, et autres nouveaux mercenaires de Qalb Tounes fraichement reconvertis à la prière et aux ablutions.
Une fois de retour à Tunis, le chef du parlement, s'étant assuré quelques cadeaux de pacotille, a vite donné ses ordres pour que soient déterrés deux textes de lois qui avaient toute l'apparence d'un prolongement des apartés que Ghannouchi avait eu et continue d'avoir avec d'une part le président turc, et de l'autre la hiérarchie des renseignements Qataris. La remise en selle des deux textes a provoqué des remous, voire un tollé au sein de l'ARP, où le block du Parti Destourien Libre (PDL), dirigé par la bruyante Abir Moussi, ont crié au scandale quant à ces pratiques qui rappellent de tristes souvenirs aux Tunisiens, notamment la signature en 1881, par le Bey turc, de l'accord du protectorat, un accord de cession de la Tunisie à la colonisation française. A vrai dire, durant cet épisode, Ghannouchi est apparu plus que jamais seul. Au niveau de son parti, où des voix se sont élevées contre sa reconduction à la tête du parti, lors du congrès remis aux calendes grecques, mais aussi au niveau de l'ARP. Le paroxysme de cette solitude a été atteint le jour où des pétitions commencent à circuler, au sein de l'ARP et au-delà, réclamant, ni plus ni moins, la destitution de Ghannouchi de la présidence de l'ARP. Un sujet tabou chez les islamistes aliénés depuis 1928 par l'allégeance absolue à la personne du Morchid, mais qui a été désacralisé au bout de deux mois de « diplomatie parlementaire » surplombant tous les textes régissant le travail de l'ARP.
La solitude d'un diplomate artisan
Au niveau justement de l'ARP, et durant cette scène inédite, Ghannouchi n'a pu gagner aucune voix en sa faveur, en dehors de celles de son block d'Ennahdha et de celui d'El Karama. Qalb Tounes commença, sans retour, sa chute dans le gouffre qui a englouti un jour un certain Nidaa Tounès. En même temps, certains blocks considérés comme partenaires d'Ennahdha dans le gouvernement Fakhfakh ont ostensiblement pris distance de ce scénario qui menaçait non seulement leurs postes, mais leurs réservoirs électoraux respectifs.
Durant toute cette période, la Présidence de la République a affiché une réserve des plus gênantes. Sur ces mêmes colonnes, nous nous sommes tant inquiétés de la prolifération des agissements du chef de l'ARP, portant atteinte au statut du Président de la République, ainsi qu'aux institutions relevant de ses compétences. Nous nous sommes bien gardés d'incriminer les Etats étrangers dans un enchainement initié au Bardo.
Et les fruits de cette diplomatie parallèle ne tardèrent pas à « pleuvoir ». Un manège d'avions turcs qui demandent l'autorisation d'atterrissage après l'arrêt des réacteurs sur le tarmac des aéroports tunisiens (Djerba, surtout), avec des cargaisons adressées ouvertement au gouvernement Sarraj de Tripoli, désormais sous perfusion turco-qatarie, en armes et en troupes de mercenaires.
Le littéralisme juridique primitif d'Ennahdha n'a pu contenir la vague de protestations tous azimuts que ces atteintes à la souveraineté du pays ont provoqués. C'est le Conseil National de Sécurité qui a fini par prendre en main ce dossier des ingérences de plus en plus scandaleuses dans les affaires d'un pays qui tient encore, et qui sait tenir devant des forces autrement plus maléfiques. La présidence publie un bref communiqué où elle impose sa responsabilité souveraine aux avions et aux cargaisons turques à bord.
Plus à l'ouest, le Président de la République arrive presque à l'improviste, afin d'inaugurer « l'hôpital de campagne » dont le Qatar a fait don à la Tunisie, par temps de corona virus. C'est désormais l'armée tunisienne qui le gère, seule et en exclusivité.
Voilà, la messe est dite. La Tunisie aura rééquilibré ses relations régionales par ses propres institutions, et sans l'assistance de personne. L'on est donc devant des errements d'une personne (Rached Ghannouchi), vite corrigés et repris par les institutions de la République. L'évaluation du bilan de ce processus interventionniste revient derechef au Conseil National de Sécurité, et à son chef direct, le Président de la République, seul maitre à bord.
Ni les sorties de quelques illuminés, bien payés, sur les médias, ni leurs diatribes démentielles, ni l'ouverture de fonds de la Zakat, ne parviendront à arrêter ce processus de « tunisification » de la Tunisie.
Moralité, fusse-il un « Cheikh », la République ne reconnait que ses citoyens authentiques. La lie, elle sera déversée dans un puits de perte, quelque part, dans le désert de l'histoire.


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